PARTIE III, LIV. I, CHAP. VIII
vemante les fit Tendre au marché , pendant que TOUS étiez si malade qu'on vous croyait flambé ; et notre historien n*a pas aussi manqué de dire que TOUS étiez mort , et beaucoup de gens l'en ont cru; maistCMit cela fait bien voir que tout' ce qui est moulé n'est pas TÉTangile.
A propos de l'historien, monsieur, ajouta Sancho, je rirais Uen s'il allait continuer notre histoire , et qu'il y mît tout ce que nous^ venons de dire; mais je l'en défie, où diantre le prendrait^il, quand il n'y a ici que vous et moi, si ce n'est mon âne qui paît là sans songer à nousP mais il n'est point rediseux , et je lui dirais mon secret comme à un capucin : aussi je l'aime tant que je ne voudrais pas m'en défaire ; il servira à porter nos provisions , et il me suivra comme un barbet, parce qu'il m'aime aussi. Mais, dit don Quichotte, je n'ai point lu que les chevaliers fissent mener des provisions , non pas que je croie cela absolument contraire aux bonnes mœurs , mais il ne faut point fair^ de coutumes nouvelles. Je vous tiens, monsieur, cria Sancho : ne vous souvenez-volis plus des chevaliers errans d'église , que vous -étrillâtes si bien , et qui avaient des mulets si bien fournis ? mon maître , l'église ne fait rien qu'à propos, et il fait bon la suivre ; et puis une marque que les ch^ valiers errans ont des montures riui les suivent,
VOUS m'avez parié souvent ijiun don Lelène de Dace, qui était quelquefois battu comme un autre , et après avoir perdu son cheval , il prenait son luth pour se désennuyer; et où diantre le prenait-il , si ce n'est qu'un autre cheval le portât ? et pui3 où mettraient41s leur baume et mille autres ingrédiens dont ils ont affaire à toute heure ? mon maître , la défiance est mère de sûreté. Don Quichotte assura qu'il pourvoirait à tout, et qu'après dîner ils régleraient ensemble le jour et le lieu pour armer Sancho chevalier.
PARTIR m, UV. I, CaAP. IX. ^