‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 41 sur 216 · PARTIE m, LIY. If CHAP. XII · texte numérisé non relu

PARTIE m, LIY. If CHAP. XII

quand ils crurent voir de loin deux cavaliers qui venaient à leur rencontre. IL faut se tenir prêt, dit don Quichotte , ceci m'a la mine d'aventure. Prenons donc sur la gauche , monsieur , dit Sancho f car j'ai toujours ouï dire que les aventures ne sont point bonnes si matin. As-tu d^jà peur, Sancho ? demanda don Quichotte. C'est ce que nous verrons tantôt , répondit Sancho : je ne l'ai pas dit pour cela, ajouta-t-il; mais qui sait si ces gens-là sont chevaliers? et nous ne devons point nous battre contre d'autres. Quelque temps après, Sancho remarqua que c'étaient deux hommes de pied qui touchai^it quelques animaux devant eux; et se rassurant sur ce qu'il les prit pour des vorturîers , il n'en fit pas semblsuat , et dit à don Quichotte : Monsieur, vous m'avez déjà cent fois fait voir que vous m'aimiez , je veux aussi que vous m'estimiez; donnezrmoi , je vous prie , cette aventure. Je te ta donne , répondit don Quichotte , s'approchant de lui pour l'embrasser; va, je t'estime déjà, et à tel point que je me tiendrai toujours à l'écart, pour être seulement témoin du combat.

En même temps Sancho part de la main au grand trot de sa jument, et quand il fut près de ces hommes: Qu'avez-vous là, dit-il, voleurs? qu'on me le montre! Monsieur, répondirent ces gens, bien étonnés d'une si étrange figure,

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ce sont des autruches, et nous ne sommes-point des voleurs. Des aujruches? dit Sancha , qui n'en avait jamais TU : sont-elles de la maisoa d'Autriche? si cela est, je les respecte, sineo,. je sais bien ce que j'ai à faire. Elles ne sont pas de la maison, monsieur, répondirent-ils, mais- elle» sont pour la maison ; c'est le gouverneur d' Arache qui les. envoie d'Afrique, pour mettre dans la, ménagerie du roi notre seîg;neur, comme une- chose curieuse. Que je- les envisage , dit Sancho. !Mious sonïmes pressés,, monsieur, dirent^ils, elles n'ont pas« déjeûné ^ et nous ayons huit lieues à faire aujourd'hui^ Est-ce que f'ài déjeûné, moi? repartit Sancho en colère; tant mi#ux, tant mieux, la partie sera égale ^ nous combattrons tous à jeun. En disant cela^ il corn-mença à brandir sa lance , et ces pauvres gens découvrirent aussitôt les autruches.

On n-en avait jamais vu de si belles en Espagne ; elles étaient d^une grandeur prodigieuse ^ surtout le mâle, qui avait l'air furieux. Ce fut à lui que Sancho s'adressa : A moi, dit-il, desautruches! tâchant toujours d'imiter don Quichotte en tout ce qu^L lui avait vu faire; à moi! oh je sais bien qui me les envoie, et je vais les lui renvoyer plus vite que la poste : en même temps il met la lance en arrêt, invoque sa dame, la première venue, et donnant des deux,, il court sur

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