‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 42 sur 216 · PARTIE ni) UV. I, CHAP. XII. 8g · texte numérisé non relu

PARTIE ni) UV. I, CHAP. XII. 8g

le mâle qui l'attendit de pied ferme avec de grands sifflemens. Sancho n'était pas encore trop adroit^ ou le cou de l'autruche était trop mince ; quoi qu'il en soit, il faillit d'atteinte, et ébranlé par le grand effort qu'il venait de faire , son casque , quin'était pas bien attaché , tomba ; et Tautruche qui. vit sa tête nue ,. lui donna un si grand coup de bec dans l'endroit où il était chauve, que le malheureux chevalier alla par terre tout en sang et presque sans mouvement. Ce dangereux animal poursuivit sa victoire ^ et lui donna quantité de coups de pied, dont il l'aurait brisé ^ s'ils n'eussent tous porté dans la cuirsâsë ; .mais il ne laissa pas d'en essuyer trois ou quatre, dont il se sentit assez long-temps. Sanoho ,. fetigué de tant de coups, revint ^e sdn étourdis^ement, en croyant qu'on lui* voulait faire rendre les armes, qu'il n'était pas en état de disputer. Je te les rends, dit-il , chevalief , et me confesse vaincu : je suis tout prêt à m'aller présenter dev^t ta dame , si ta en as une ; o^^est à toi de commander, et à moi d' obéit.

Les conducteurs des autnichesy voyj^t l'acharnement du mâle sur Sancho , faisaient tous leurs efforts, pour le reprendre , et ils en vinrent enfin à bout; mais en quittant sa proie, il lâcha un rude coup de pied dans le ventre de Sancho, qpi, s'imaginant qu'il lui demandait

go 1X>K QUICBOTTE.

son nom: CheValier, dit^il, je m'appelle Sancho, chevalier de Malencontre.

Dans ce temps-là, don Quichotte, 4iui avait toujours regardé de loin ce qui se passait, et n V vait point voulu donner d£ secours à Ssi^cho , tant qu'il n'avait vu qu'un chevalier contre lui , les voyant remuer tous tout d'un coup, et croyant qu'ils voulaient l'achever pendant qu'il était à terre, fondit sur eux la lance en arrêt,, et Allait faire un terrible carnage, quand il vit que c'étaient des gens de pied et sans armes. Il leur demanda qui avait jeté ce chevalier par terre ; ils lai en firent l'histoire tout tremblans, disant qu'ils en étaient bien fâchés ^ et qu'ils tueraientffeux^mémes les autruches, si elles n'étaient point pour le roi* Don Quichotte leur donna coilgé, et alla tâcher de relever Sancho , ce qu'il ne trouva pas fort facile. Il avait la tête tout en sang; et quand il voulut le remuer, il le trouva si pçsant, qu'il n'en put venir à bout.

Qu'y a-t-ii, ami Sancho? lui demanda doo Quichotte. Ce qu^il y a, chevalier, répondit Sancho^ l'espritsi troublé qu'il ne reconnaissait pas son maître y si vous êtes chrétien, sauvez le roi, les Africains bnt gagné la bataille ^ il n'y a plus rien â la lance ^ j^ ^uis blessé à mort. Bon courage , bon courage y lui cria don Quichotte ; les Sarrasins s'enfuient, lève-toi seulement^ et

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