‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 5 sur 216 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

CoDTertatîon d'imfKMtaoee de don Quichotte et de SaDcho.

Trois jour» après, don Quiehotte se trouvant plus fort^ il envoya quërirSancho dès le matin, et lui ayant demandé si le temps ëtait propre pour la chasse, il répondît qu'il était beau à merveille , qu'il n'y avait qu'à boire deux coups de chaque main , et s'en aller. Ils déjeûnèrent et partirent, et comme ils étaient en chemin , don Quichotte dit à Sancho : Mon fils , mène-nous en quelque lieu écarté , afin qu'on ne nous vienne point interrompre. Ah, ah, monsieur, s'écria Sancho , vous m'appelez encore comme quand nous étions chevaliers errans. C'est, mon ami, que je ne t'aime pas moins que je t'aimais pour lors , dit don Quichotte. Je vous remercie , monsieur, repartit Sancho, mais cependant je n'ai pas ouï parler depuis des trois ânons que vous m'aviez donnés par votre lettre de change? Tu n'as rien perdu pour attendre, dit don Quichotte, car ils sont toujours à toi , et tu les auras en état de. te rendre service, sans que tu aies le soin de les nourrir. Monsieur, dit Sancho, j'aurais bien

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une chose à vous dire , mais je n'ose , parce qu'il me semble que le temps en est passé , et je crains que vous ne vous fâchiez. Si la chose est bonne , répondit don Quichotte , il est toujours temps de la dire , et tu peux toujours me dire tout ce que tu voudras , pourvu que nous ne soyons que nous deux. Eh, mardi, monsieur, voilà ce que je demande, dit Sancho, car je ne veux point vous parler devant mademoiselle, votre nièce , et encore moins devant la gouvernante , qui ne fait que piailler,, et qui m'a reproché plus de cent fois que c'était moi qiii vous avais débauché ; et n'était l'affection que je vous porte , il y a plus de six mois ^quç je ne mettrais pas les pieds dans la maison : mais au bout du compte , vous êtes bon conune le bon jour, et j'ai mangé votre pain ; je ne saurais vous fausser compagnie,, et qu'elles en disent tout ce qu'elles voudront, je ne changerai pas pour elles; je suis tout d'une pièce; qui me voit une fois, c'est comme s'il m avait vu cent ans; si elles s'imaginent que je me mouche du pied , ma foi, elles se trompent; qu'elles amassent pour plaisir ce que je jette, nous verrons ce qu'elles y gagne^ ront, et qu'elles y viennent....

C'est assez , dit don Quichotte , mais qu'avais* tu à me dire? Je veux dire , monsieur, dit San-' cbo, qu'il y a bien plus d'un an que vous gardez

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la maison, et que tous marchez sans aitnes, comme vous l'avez promis au chevalier de la planche Lune , et que vos ennemis diront peut* être que c'est la peur qui vous empêche de sortir. Pour mes ennemis, répondit don Quichotte, ils peuvent calomnier ma réputation par d'autres impostures, mais pour cela ils n'oseraient le dire : j'ai assez fait voir que je ne m'effraie pas aisément; et quand à ma retraite, outre que c'était une des lois de notre combat, c'est une chose assez libre , et je ne serais pas le premier chevalier qui aurait mis les armes au croc : mais est-ce qu'on en parle dans le monde , Sancho , ou si c'est de toi-mémè que tu le dis? Par ma foi, monsieur, il n'en faut point mentir, dit Sancho , je le dis de moi-même ; depuis que j'ai goûté des chevaleries , je ne saurais me mettre à d'autre métier, et pourvu que nous couchassions un petit plus souvent dans les hôteUeries ou chez des ducs, ou seulement des princes, je serais ravi de chercher encore une fois nos aventures ; que diable est-ce que nous faisons ici , que dé nous enrouiller le corps et l'âme ? vous mangez votre bien , et moi le mien ; et à toujours prendre et ne rien mettre , tout s'en ira à la fin. Songes-tu bien à ce que tu dis , Sancho ? demanda don Quichotte ; ne serait-ce point là un discours qu'on t'aurait prié de me faire? Je vous ai déjà

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dit, monaieur, repartit Sancho, que personne ne me fait poirier que moi-même; que je le dis tout de ma tête , et qui que ce soit au monde ne sait ce que j'ai dans Tesprit, si ce n'est peut-être Tenchanteurquia écrit notre histoire, car pour celui-là il en a bien écrit d'autres. Mais, dit don Quichotte , que dirait ta femme? crois-tu qu'elle fût d'hmneur à te laisser aller? Oh ! par ma foi, monsieur, ce n'est pas là ce qui me met en peine; Thérèse fait de son côté ce qu'elle veut, et moi j'en fais tout de même râliez, allez, la bonne pièce ne demande pas mieux que de voir mes talons. Il y a plus de deux mois qu'elle me reproche que je lui avais promis de la faire aller en carrosse, et de la mener à la cour, et qu'au bout du compte elle va encore laver la lessive , et ne porte que des sabots. Elle dit aussi que notre fille est grande , et que si je ne vais bientôt lui gagner son mariage, elle la baillera à qui voudra, plutôt que de la garder, quand ce ne serait qu'à madame la duchesse. Mardi, elle est jolie la petite; l'avez-vous vue, monsieur? elle est déjà plus grande que la mère ; elle court , elle va dans les bois toute seule , elle grimpe sur les arbres comme un chat, et ne craint non plus les garçons que rien. Ils sont toujours là trois ou quatre auprès d'elle qui la courent , mais elle s'en moque : ma foi , c'est le vrai fait d'un che-

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