PARTIE II. CHAPITRE XXXIII
la duchesse, et lui dit : Des grandes daines on doit attendre de grandes faveurs ; celle que vient de m'accorder votre seigneurie ne peut se payer que par le désir que j'ai de me voir armé chevalier errant, pour employer tous les jours de ma vie à servir une si haute dame. Je suis laboureur, je m'appelle Sancho Pança, je suis marié, j'ai des enfants, je sers comme écuyer : si par quelqu'une de ces choses je peux me rendre utile à votre grandeur, je tarderai moins à obéir que vous à commander. On voit bien, Sancho, dit la duchesse, que vous avez appris à être courtois à l'école môme de la courtoisie ; on reconnaît, ai-je voulu dire, que vous vous êtes formé près du seigneur Don Quichotte, qui doit être la fleur des cérémonies ou cirimonies, comme vous dites l, la crème de la politesse. Loués soient tel maître et tel serviteur, l'un la boussole de la chevalerie errante, l'autre l'étoile des écuyers fidèles. Levezvous, ami Sancho; je reconnaîtrai votre courtoisie, en pressant le duc, mon seigneur, d'accomplir, le plus tôt possible, la promesse qu'il vous a faite d'un gouvernement. Là cessa la conversation. Don Quichotte alla faire la sieste, et la duchesse engagea Sancho, s'il n'avait pas trop envie de dormir, à venir passer l'après-diner dans une salle fraîche, avec elle et ses demoiselles. Sancho répondit que, quoiqu'il eût à la vérité pour habitude de faire une sieste de quatre ou cinq heures l'été, il s'efforcerait, pour répondre à ses bontés, de ne pas dormir cette fois et se rendrait à ses ordres : il s'en fut. De son côté, le duc donna de nouveaux ordres pour que Don Quichotte fût traité en chevalier errant, sans s'écarter en un seul point des formes que l'on raconte avoir été usitées à l'égard des anciens chevaliers.