‹ Histoire de Don Quichotte de la MancheChapitre 157 sur 310 · PARTIE II. CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

PARTIE II. CHAPITRE XXXVI

plaisance de compter, et de m'avertir si je m'en donne trop ou pas assez. Il ne sera pas nécessaire de vous avertir de ceux qui seront en plus, répondit Merlin, parce qu'au moment même où vous atteindrez le nombre fixé, soudain madame Dulcinée se trouvera désenchantée, et viendra aussitôt remercier le bon Sancho, et surtout le récompenser d'une aussi bonne onivre. Ainsi il n'y a pas à se préoccuper sur le plus ou le moins, et que le ciel me préserve de tromper personne, ne fut-ce que d'un cheveu. Allons donc et à la main de Dieu, dit Sancho, je consens à ma malaventure, c'est-à-dire j'accepte lapénilence, sous les conditions convenues. A peine avait-il prononcé ces derniers mots, que la musique recommença à jouer, les arquebuses à tirer, et Don Quichotte se jeta au cou de Sancho, le baisant mille fois au front et sur les joues. La duchesse, le duc, tous les assistants, témoignèrent toute leur satisfaction. Le char se remit en marche, et, en passant, Dulcinée fit une inclinaison de tète aux seigneurs, et une grande révérence à Sancho.

Cependant, l'aube s'avançait riante et fraîche, les petites Heurs des champs relevaient leurs têtes et semblaient renaître : le liquide cristal des ruisseaux murmurant à travers les cailloux blancs et gris portait son tribut aux rivières qui l'attendaient : la terre riante, le ciel clair, l'air pur, la lumière sereine, tout présageait que le jour annoncé par une si belle aurore serait calme et brillant. Satisfaits de leur chasse, et d'avoir si bien réussi dans leur projet, le duc et la duchesse retournèrent au château, bien résolus à ne pas terminer là leurs plaisanteries, car il n'y avait rien pour eux qui pût leur donner plus de plaisir.

Page 1