‹ Histoire de Don Quichotte de la MancheChapitre 179 sur 310 · PARTIE II. CHAPITRE XLI1I · texte numérisé non relu

PARTIE II. CHAPITRE XLI1I

pour bien peu de chose. A qui diable cela nuit-il que je me serve de mon bien? je n'en possède pas d'autre, je n'ai d'autre richesse que mes proverbes, *et encore des proverbes. Dans ce moment il m'en vient quatre à la bouche qui arrivaient là tout à point, ou comme poire en panier; mais je ne les dirai pas, car pour se taire on nomme Sancho. — Tu n'es pas ce Sancho-là, dit Don Quichotte, car non seulement tu ne sais pas te taire, mais tu parles et t'opiniàtres à tort et à travers. Pourtant, je voudrais bien connaître ces quatre proverbes qui se présentaient à toi et venaient si fort à propos : j'ai beau chercher dans ma tète, qui n'est pas mauvaise, je n'en trouve aucun. Et quels meilleurs proverbes, dit Sancho, peut-il y avoir que ceux-ci : Ne mets jamais les doigts entre deux dents mâchelières ; à, videz la maison et que demandez-vous à ma femme, il n'y a rien à répondre ; si la cruche frappe la pierre, ou la pierre la cruche, malheur à la cruche! tous proverbes qui viennent bien à propos. Que personne ne s'attaque à son gouverneur ou à celui qui commande, car il s'en retournera froissé comme celui qui met le doigt entre deux dents ; et, si elles ne sont pas mâchelières, qu'importe, pourvu que ce soient des dents? A ce que dit le gouverneur, on ne doit pas répliquer, non plus qu'à celui qui vous dit : Videz la maison, que demandez-vous à ma femme ? Quant au proverbe de la cruche, un aveugle en voit l'application. Il faut encore que celui qui voit la paille dans l'œil de son voisin voie la poutre dans le sien, afin qu'on ne dise pas de lui : La morte a peur de la décapitée. Et vous savez bien que le fou en sait plus dans sa maison que le sage dans celle d'autrui. — Non, Sancho, le fou ne sait rien dans sa maison, ni dans celle d'autrui : attendu que, sur le fondement de la folie, on ne saurait asseoir aucun édifice de sagesse. Mais brisons là ; si tu gouvernes mal, à toi sera la faute, à moi la honte ; mais je me console, car j'ai fait ce que je devais, puisque je t'ai conseillé avec toute la vérité et la sagesse possibles. Avec cela, je suis quitte de ma promesse et de mon obligation. Dieu te conduise, Sancho ; qu'il te gouverne dans ton gouvernement, et m'ôte le scrupule qui me reste : je crains que tu ne tombes sens dessus dessous avec ton île. C'est une chose que je pourrais éviter en découvrant au duc ce que tu es,

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