II
et lui disant que ta grosse panse et toute ta personne n'est qu'un sac rempli do proverbes et de malices. Seigneur, répliqua Sancho, si vous croyez que je ne suis pas propre au gouvernement, dès ce moment je L'abandonne : j'aime mieux lu, plus petite parcelle de mon âme que tout mon corps. Je vivrai tout aussi bien, resté Sancho, avec du pain et des oignons, que, gouverneur, avec des perdrix et des chapons. D'ailleurs, quand nous dormons, tous sont égaux, grands et petits, pauvres et riches, et, si vous y songez bien, vous verrez que c'est vous qui m'avez poussé à être gouverneur : car, moi, je ne sais pas plus gouverner des îles qu'un vautour. Si vous pensez que pour être gouverneur le diable doive m'emporter, j'aime mieux aller au ciel simple Sancho, que gouverneur en enfer. — En vérité, Sancho, par ces dernières paroles que tu viens de dire, je juge que tu es digne de gouverner mille îles : tu as un bon naturel, sans lequel il n'y a science qui vaille. Recommandetoi à Dieu, et tâche seulement de ne point errer dans la première intention : je veux dire sois toujours ferme et résolu de toucher au but dans toutes les affaires qui se présenteront à toi, parce que le ciel favorise toujours les bonnes intentions. Allons dîner, car je crois que ces seigneurs nous attendent.