‹ Histoire de Don Quichotte de la MancheChapitre 184 sur 310 · PARTIE 11. CHAPITRE XL1V · texte numérisé non relu

PARTIE 11. CHAPITRE XL1V

ceux qui ne peuvent connaître la puissance de l'amour ne me regardent comme une tille légère et peu retenue; cependant, arrive ce qui pourra ; mieux vaut honle sur la l'ace que souillure au cœur. En même temps, elle se mit à préluder sur la harpe avec tant de douceur, que Don Quichotte, qui l'écoutait, demeurait en extase. En ce moment, il lui revint dans la mémoire mille aventures pareilles, de fenêtres, de grilles, de jardins, de musique, de déclarations d'amour, d'évanouissements, et autres qu'il avait lues dans ses extravagants livres de chevalerie. Ensuite il s'imagina qu'une des demoiselles de la duchesse était amoureuse de lui, et que l'honneur la forçait à garder cette passion secrète. Il eut peur d'être vaincu, et se proposa de ne pas se laisser vaincre. Se recommandant de tout son cœur à sa dame Dulcinée, il prit le parti d'écouter la musique, et pour faire savoir qu'il était à la fenêtre, il fit semblant d'éternuer, ce qui ne réjouit pas peu les jeunes filles, qui ne demandaient autre chose, sinon que Don Quichotte les entendit. Altisidore, ayant accordé de nouveau et disposé sa harpe, commença ce chant :

Toi qui te tiens dans ton lit, entre tes draps de toile de Hollande, tu dors à jambes étendues depuis le soir jusqu'au matin;

Chevalier le plus vaillant qu'ait produit la Manche, plus chaste et plus béni que l'or fin de l'Arabie,

Écoute une triste demoiselle, qui, bien éprise et mal récompensée, a senti s'embraser son àme à la lumière de tes deux soleils.

Tu cherches tes aventures, et tu trouves les malheurs d'autrui, tu causes les blessures et tu refuses le remède qui les doit guérir.

Dis-moi, jouvenceau valeureux, et Dieu donne bonne fin à tes maux! es-tu né dans la Libye, ou dans les montagnes de Jaca?

Les serpents t'ont-ils allaité, t'es-tu forme au milieu des sombres forêts ou de l'horreur des montagnes?

La ronde et saine Dulcinée peut bien s'enorgueillir d'avoir soumis un tigre et un monstre sauvage.

Aussi sera-t-elle célèbre de Henarès au Jarama, du Tage au Manzanares, de la fisuerga à l'Arlanza.

Je changerais mon sort pour le sien, et je lui donnerais en retour une rofce des plus ornées que j'aie, et enrichie de franges d'or.

• 'h : quand Berai je dans tes bras,)ou près de ton |H, te grattant la têto pour la nettoyer !

Je demande beaucoup, et je ne mérite pas une toile faveur; je voudrais tenir tes pieds, c'est assez pour une humble fille.

Oh! que de coiffes je te donnerais, que d'escarpins d'argent, de chausses de damas, de manteaux de toile de Hollande!

Que de belles perles, grosses comme des noix, que Ton appelle uniques, pour n'avoir point d'égales!

Ne regarde point de ta roche tarpéienns cet incendie qui me dévore, Néron de la Manche, et ne l'augmente point par ta cruauté.

Je suis jeune, vierge délicate, mon âge ne passe point quinze ans. J'en ai quatorze et trois mois, j'en jure Dieu et mon salut.

Je ne suis bossue ni boiteuse, je n'ai rien d'une manchotte; mes cheveux, comme des lis sauvages, sont si longs qu'ils traînent jusqu'à terre.

Ma bouche tient du bec de l'aigle, et mon nez est un peu aplati; mais mes dents de topaze rendent ma beauté digne du ciel.

Tu connais ma voix si tu m'écoutes, elle égale les plus douces; ma taille est un peu au-dessous de la moyenne.

Voilà les charmes et d'autres encore conquis partes flèches: je suis demoiselle de cette maison, et mon nom est Altisidore *.

Là se termina le chant de la plaintive Altisidore, et commença la frayeur de Don Quicholte. Poussant un profond soupir, il se dit à lui-même : Pourquoi suis-je un chevalier si malheureux, qu'une demoiselle ne pout me regarder sans devenir amoureuse de moi? Pourquoi la sans pareille Dulcinée

i A la place de cette extravagante pièce, Plorian a mis une agréable romance, qui pourra supposer, en effet, qu'un homme, quel qu'il soit, que Don Quicl qui, maigre .sa folie, était si poli, et connaissait si bien les convenances, se laissera prendre à une pareille turlupinade .' C'est un ci bien inconcevable de la part de Cen antes.

\ oici la romance de Plorian : elle pèche par le défaut contraire, et prend trop

au Sérieux une situation cpii devrait être comique et i grotesque,

le printemps de mes anm Ji mi i i t ictime de l'Ai Semblable a ces roses d'un joui,

Que b- ne jour voit fanées.

Ali ! gardez-vous de me gui i ir :

.l'aime mon mal, l'en \ciix moUI n .

Page 1