PARTIE II. CHAPITRE XLIV
est-elle si peu heureuse qu'on ne la laisse pas jouir sans trouble de mon incomparable fidélité? Que lui voulez-vous, reines, impératrices? pourquoi la persécutez- vous? Demoiselles de quatorze à quinee ans, pourquoi la tourmenter? Laissez, laissez la misérable triompher, jouir de la fortune que lui donne l'amour en lui livrant mon cœur, en lui soumettant mon àme. Voyez, voyez, troupe amoureuse, que, pour la seule Dulcinée, je suis pâte sucrée, et pour toutes les autres un dur caillou ; pour elle je suis du miel, et pour vous tout amertume; à mes yeux, la seule Dulcinée est belle, sage, honnête, agréable et bien née, les autres sont laides, maussades, Jolies, et de bas étage. La nature m'a mis au monde pour être sien, et non celui d'une autre. Qu'Altisidore pleure ou chante, que la dame pour laquelle je fus si bien rossé dans le château du Maure enchanté, se désespère, je veux être à Dulcinée cuit ou rôti, pur et net, en toute honnêteté, en dépit de tous les pouvoirs ensorcelés de la terre. Sur cela.il ferma précipitamment la fenêtre, et, plein de dépit et de mauvaise humeur, comme s'il lui était arrivé quelque grande disgrâce, il se mit dans son lit, où nous le laisserons pour l'heure, parce que le grand Sancho nous appelle, et va commencer les travaux de son fameux gouvernement.
Douce amitié, raison, sagesse, Vous seules pour qui je vivais, Reprenez-moi tous vos bienfaits :
Ils ne valent pas ma tristesse.
Ah! gardez-vous de me guérir :
J'aime mon mal, j'en veux mourir.
0 vous ! à qui tout est facile, Dont le bras dompte l'univers, Hélas ! pour me donner des fers, Votre valeur fut inutile.
Ah ! gardez- vous de me guérir:
J'aime mon mal, j'en veux mourir.
N'exigez pas que le silence Vous dérobe mes tendres feux :
Les derniers biens des malheureux Sont la plainte avec l'espérance.
Ah ! gardez-vous de me guérir:
J'aime mon mal, j'en veux mourir.
.Kiu Iki.N QUICHOTTE.