‹ Histoire de Don Quichotte de la MancheChapitre 217 sur 310 · LETTRE DE SANCHO PANÇA · texte numérisé non relu

LETTRE DE SANCHO PANÇA

A Don Quichotte de la Manche.

« L'occupation que me donnent mes affaires est si grandi; que «je n'ai pas le temps de me gratter la tète ni même de me « couper les ongles: aussi je les ai si longs que puisse Dieu y « apporter remède. Je vous dis ceci, mon cher maître, afin que « vous ne vous étonniez pas si, jusqu'à cette heure, je ne vous « ai point informé si je me trouve bien ou mal dans mon gou- « vernement, où j'endure une faim plus grande que lorsque « nous courions ensemble les forêts et les déserts.

« Le duc, mon seigneur, m'a écrit, l'autre jour, pour me « donner avis qu'il était entré dans File certains espions avec « l'intention de me tuer. Jusqu'à présent, je n'en ai pas décou- « vert d'autre qu'un certain docteur, salarié dans cette île pour « faire périr tout autant de gouverneurs qu'il en viendra : il « s'appelle le docteur Pedro Recio, et est natif de Tirteafuera. « Votre seigneurie verra par ce nom si je n'ai pas raison d'ap- « préhender de mourir de ses mains. Ce docteur dit lui-même, « et de lui-même, qu'il ne guérit point les maladies quand on « les a, mais qu'il les prévient <'t les empêche de venir; sr-s re-

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