‹ Histoire de Don Quichotte de la MancheChapitre 257 sur 310 · PARTIE II. CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

PARTIE II. CHAPITRE LX

mettre promptement les quatre-vingts écus auxquels elle était taxée ; déjà les capitaines avaient donné leurs soixante ; les pèlerins allaient donner leur chétive bourse, mais Roque leur dit de rester tranquilles. Puis, se tournant vers ses gens: Sur cette somme, dit-il, deux écus reviennent à chacun de vous ; il en reste vingt : que dix soient donnés à ces pèlerins, et les dix autres à ce bon écuyer ', afin qu'il puisse dire du bien de cette aventure. En même temps on apporta ce qui était nécessaire pour écrire, dont Roque était toujours pourvu ; il donna par écrit des sauf-conduits pour ses lieutenants, et, prenant congé des voyageurs, il les laissa aller en liberté, pleins d'admiration pour sa noblesse, sa bonne mine et son étrange manière d'agir, le regardant plutôt comme un Alexandre le Grand que comme un brigand reconnu. Un des hommes de la troupe dit en son langage gascon et catalan : Notre capitaine est plus fait pour être moine que bandit; s'il veut à l'avenir se montrer libéral, que ce soit avec son argent et non avec le nôtre. Le malheureux ne parla pas si bas que Roque ne l'entendit. Aussitôt il tire son épée, et lui fend presque en deux la tête, en disant : C'est ainsi que je punis les insolents et les téméraires. Tous restèrent interdits, et aucun n'osa souffler, tant Guinart savait se faire obéir. Il se plaça ensuite à l'écart, et écrivit une lettre à un de ses amis, habitant de Barcelone, pour le prévenir qu'il avait auprès de lui le fameux Don Quichotte de la Manche, ce chevalier errant dont on racontait tant de choses, il l'avertissait que c'était l'homme à la fois le plus amusant et le plus instruit ; que, sous quatre jours, c'est-à-dire celui de la Saint-Jean-Baptiste2, il le conduirait au milieu de la plage, devant la ville, armé de toutes pièces et monté sur son cheval

1 II paraît que c'est Sancho Panea que Cervantes désigne par ces mots : este buen escudero.

2 On a eu tort de voir une étourderie dans la désignation de la fête de saint Jean-Baptiste, il n'y a que défaut d'explication précise. On a vu ci-dessus (chapitre xxxvi) que la lettre que Sancho écrivit à sa femme, du château du duc, était datée du 20 juillet 1644. Dans le chapitre xlvii, celle par laquelle le duc avertit Sancho que les ennemis doivent s'introduire dans l'île est datcc du G août, et maintenant Don Quichotte doit entrer dans Barcelone le jourde la Saint-Jean- Baptiste, c'est-à-dire le 21 juin. Il aurait fallu dire, et c'était sans doute l'intention de Cervantes, le jour de la décollation de saint Jean-Baptiste, le 29 août.

,i I DON QUICHOTTE.

Rossinante, avec son écuyer Sancho l'aura monté sur un àne. Il L'engageait à Caire part de cette nouvelle à leurs anus les Niarros, afin qu'ils en eussent tout le plaisir, dont il aurait bien voulu que les Cadells, leurs ennemis, ne profitassent pas : mais

la chose était impossible, car la sagesse et la folie de Don Quicholie, et les agréments de Sancho, ne pouvaient manquer d'amuser tout le monde. Roque expédia cette lettre par un de ses écuyers qui, changeant son costume de bandit en celui d'un paysan, entra dans Barcelone et la remit à son adresse.

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