‹ Histoire de Don Quichotte de la MancheChapitre 266 sur 310 · PARTIE 11. CHAPITRE LXIII · texte numérisé non relu

PARTIE 11. CHAPITRE LXIII

qui m'en "donnera trois maravédis, et croira encore me faire une grâce ? Je n'imprime pas pour me faire une réputation, car je suis assez connu par mes ouvrages , je cherche le profit ; sans le profit, je ne donnerais pas une obole de la bonne renommée. Dieu vous donne bonne réussite, dit Don Quichotte, et il passa à une autre casse où il vit que l'on corrigeait une feuille d'un livre intitulé : Lumière de l'Ame1. En le voyant, ce sont là, dit-il, les livres qu'il faut imprimer, quoiqu'il y en ait déjà beaucoup, car les pécheurs sont en grand nombre, et il est besoin de beaucoup de lumières pour éclairer tant d'aveugles. Passons plus loin. Il vit corriger un autre livre. Il en demanda le titre. C'est, répondit-on, La seconde partie de l'ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche, composée par un tel, natif de Tordesillas. Je connais déjà ce livre, dit-il, et, en vérité, sur ma conscience, je croyais qu'on avait brûlé et réduit en cendre cet impertinent ouvrage.... Mais la Saint-Martin viendra pour lui comme pour les cochons. Les histoires feintes sont d'autant meilleures et délectables, qu'elles se rapprochent davantage de la vérité, et les véritables, d'autant plus dignes d'estime, qu'elles sont d'une vérité plus parfaite. En disant ces mots, il sortit de l'imprimerie avec quelques signes de mécontentement. Ce même jour, don Antonio résolut de le mener voir les galères qui étaient sur la plage ; Sancho en fut très joyeux, parce qu'il n'en avait vu de sa vie. Don Antonio fit avertir le commandant des galères qu'il lui mènerait le soir son hôte, le fameux Don Quichotte de la Manche, qu'il connaissait déjà de réputation, aussi bien que les habitants de la ville. Dans le chapitre suivant on verra ce qu'il arriva.

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