PARTIE 11. CHAPITRE XVII. lf«r
pour l'irriter et le faiie sortir. Je m'en garderai bien, répondi1 celui-ci, car, si je le faisais, je serais le premier qu'il mettrait ei pièces. Seigneur chevalier, contentez-vous de ce que vous ave; fait, c'est le dernier terme de la valeur, ne tentez pas une seconde lois la fortune, le lion a la porte ouverte, il ne tient quï lui de sortir ou de ne pas sortir; et, puisqu'il n'est pas son tout à l'heure, il ne sortira pas maintenant de tout le jour. L grandeur du courage de votre seigneurie a bien clairemen éclaté; nul brave combattant, suivant moi, n'est tenu à plu qu'à défier son ennemi et à l'attendre en rase campagne : s'i ne vient pas, l'infamie est son partage, et celui qui l'a attendi n'en obtient pas moins la palme de la victoire.
Tu as raison, ami, répondit Don Quichotte ; ferme la porte d la cage, et donne-moi, dans la meilleure forme que tu pourras une attestation de ce que tu m'as vu faire, c'est-à-dire que ti as ouvert au lion, que je l'ai attendu, qu'il n'est pas sorti ; qui je l'ai attendu encore, qu'il n'a pas voulu sortir et s'est recouché : je ne suis obligé à rien de plus. Arrière, les enchanteurs- Dieu protège la raison, la justice, la vraie chevalerie. Ferme te dis-je, pendant que je ferai signe aux fuyards, pour qu'il apprennent de toi ce fameux exploit. Le gardien obéit, et Doi Quichotte, plaçant au bout de sa lance le linge avec lequel i s'était essuyé la figure barbouillée de fromage, se mit à rappeler ceux qui ne cessaient de fuir, retournant à chaque pa la tête, et conduits en troupe par le gentilhomme. Sancho, 1 premier, aperçut le signal du mouchoir blanc. Que je meure dit-il, si mon maitre n'a pas déjà vaincu les bêtes féroces : l voilà qui nous appelle. Ils s'arrêtèrent tous et virent que celu qui leur faisait des signes était bien Don Quichotte. Perdar alors une partie de leur crainte, ils se rapprochèrent petit , petit, et entendirent distinctement les cris de Don Quichotte qui les appelait. Enfin, ils arrivèrent au chariot, et Don Quichotte, s'adressant au charretier : Attelle tes mules, frère, lu; dit-il, et poursuis ton voyage, et toi, Sancho, donne-lui deux écus d'or pour lui et pour le gardien des lions, en dédommagement du temps que je leur ai fait perdre. Je les donnerai de bon cœur, dit Sancho ; mais que sont devenus les lions? sontils morts ou vivants? Alors le gardien des animaux se mil à
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conter successivement et de point en point tout ce qui s'était passé, exagérant le plus qu'il pouvait le courage de Don Quichotte, dont la vue, disait-il, avait tellement épouvanté le lion, qu'il n'avait pas osé sortir de sa cage, qui était restée longtemps ouverte ; il ajouta qu'il avait représenté à Don Quichotte que ce serait tenter Dieu que d'irriter le lion comme il le voulait pour le faire sortir de force, de sorte qu'il avait enfui permis hien contre son gré que la porte fût refermée. Que te semble de cela, Sancho? dit Don Quichotte; y a-t-il enchanleurs qui puissent quelque chose contre le vrai courage? Ils peuvent bien m'ôter le succès, mais le courage et la résolution, c'est impossible. Sancho donna les écus, le charretier attela, le gardien des lions baisa les mains de Don Quichotte pour le remercier, et lui promit de raconter ce vaillant exploit au roi lui-même, quand il serait arrivé à la cour. Si Sa Majesté demande qui l'a fait, lui dit Don Quichotte, vous lui direz que c'est le chevalier des Lioiss, car je veux désormais changer pour ce nom celui de chevalier de la Triste Figure, que j'ai porté jusqu'à présent. En cela je suis l'antique usage des chevaliers errants, qui changeaient de nom quand ils voulaient ou quand l'occasion s'en présentait. Le chariot se remit en inarche, et Don Quichotte, Sancho, le gentilhomme habillé de vert, poursuivirent leur route.
Pendant tout ce temps-là, don Diego de Miranda n'avait pas dit un seul mot, occupé qu'il était de noter les actions et les paroles de Don Quichotte : le chevalier lui paraissait un sage fou ou un lou tirant sur la sagesse'. La première partie de son histoire n'était pas encore venue à sa connaissance, s'il en eût pris lecture, il ne se serait plus étonné de ses faits et de ses discours, parce qu'il aurait été instruit du genre de sa folie; mais il l'ignorait, et tantôt le regardait comme fou, tantôt comme sage, car ses discours étaient purs, élégants, raisonnables, et ses actions inconsidérées, folles, téméraires. Quelle
i Un everdo loco, y un lorot/up liralia a cuerdo.
<>it'' antithèse rappelle l'épitaphe que BtCailhava sur le tombeau de J.-J. KoU5scau;
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