PARTIE I. CHAPITRE XXVli
néci|sslté de ma présence en tout événement je me ranimai le plus que je pus , j'entrai dans la maison. Je connaisëais paifeiitement les êtres, et dans la confusion qui régnait, personne ne m'aperçut. Je me cachai dans le creux d'ané fenêtre, reopuvert d'une donble tapisserie, qui me permettait de voir, sans être vu , tout ce qui se passait dans la chambre. Qui ponrMdt peindre les battements démon cœur, les pensées qui m'agitèrent, les réflexions que je fis? je ne saurais les exprimer, et ce tableau est peu nécessaire. Don Femand entra dans la salte àiec ses habits ordinaires, conduit pas un cousin germain de Lnciude. Aucune personne du dehors ne s'était réunie anx gens de la maiscm. Quelque temps après, Lucinde sortit d'une chirtnbré, accompagnée de sa mère, et suivie de deux demoisdlesquila servaient : sa parure, répondait à' sa qualité, ett la perfection de sa beauté. J'étais trop troublé pour ta bien remarquer. Je tie vis que les couleurs de l'étoffe incarnate et blanche, et l'édat des pierreries dont elle était couverte, moins brillantes pourtant que ses beaux cheveux blonds dont l'éclat attirait lés regards plus que les diamants et les flambeaux qui éclairaient la salle. O souvenir cruel, ennemi de mon repos, pourquoi me représeHtes-'tn si fidèlement l'tnccmiparable beauté de l'infidèle que j'adore? Retrace-moi plutôt ce que je lui viS foire, afin que, sous l'impression d'une trahison si noire, je puisse ine venger, ou du mbin^ perdre la vie. Ne vous reButez point, seigneurs, de mes continuelles digressions : ma peine n'est pas de celles que l'on peut raconter sans interruption; chaque dr^ constance me parait mériter ion -long discours, ije curé lui répondit que non-séulement ils ne se lassaient point de Feutendre, mais que les détaûsqn'îl leur donnait les intéressai^t vivement , ^ méritaient autant d'attention que Thistoii^a prinoipale. Je vous disais , poursuivit Gardenio , que , sur ces entrefaites , arriva le curé de la paroisse : il prit les mains déiâancés, comme l'exige cette cérânonie, et demanda à Lndnde, rèee-. vez-tous pour époux, ainsi que rofdonnè lllglise, dan Fernand y UA présent Ep ce moment , favaiiçai M tête hors de la
tapisiserie, et Famé troublée, ForeiUe attentive , j'écoutai ce^qlie Lucinde allait dire, attendant sa^ réponse comme Tarrèt deona vie on de ma mort. Oh ! si j'avais eu le courage de sortir alors, et de m'écrier : Lucinde , Lucinde! prends garde à ce que tu vas faire; considère ce que tu me dois; pense que tu es à moi , que tu ne peux appartenir à un autre. Songe <pie dire oui, c'est terminer ma vie d'un seul mot. Ah ! traître don Fendand, voleur de ma gloire , assassin de ma vie , que cherches-tu P que prétends-tu? Considère que tu ne peux chrétiennement satîsfairie tes désirs , pui^ue Lucinde est mon épouse, et que je suis son mari. Insensé que je suis ! maintenant que je suis loin d'elle et, de cet àfFreux)n(»nent, je dis ce que je devais faire et ce que je ne fis pas; maintenant que je me suis laissé dérober ce gage précieux , je maudis le ravisslseur,- tandis que ie pouvais me venger de lui, si j'avais eu le courage dek faire comme j'ai celuideme plaindre. Enfin, puisque je fus lâche et sot, qu'importe que je prisse maintenant honteux, repentant et insensé? Le prêtre attendait la réponse de Lucinde, qui fut i(mgtemps à la faire; et, quand je m'imaginais qu'eUevallatt tirer son poignard pûhr se délivrer, ou délier sa langue pour accuser la «irérité, je Tent^dis répondre, tl'une voix faible et mal assurée vOui, je le reçois ; don Fernand ayant répondu de même , lui donna l'anueau du mariage, et il furent unis pour jamais. Le marié s'approcha pour embrasser son épouse; mais elle, mettant la main sur son cœur, tomba évanouie entre les bras de sainère.
n ipe reste maintenant à dire ce que je devins , en voyant par ce oui fatal toutes' mes espérances trompées, les promesses de Lucinde violées, et le bonheur perdu en un instant , impossible à recouvrer. Je ne sus que résoudre; je me crus abandouné'du ciel, l'objet de l'inimitié de la terre qui me portait , je crus que l'air refusait l'haleine à mes soupirs, l'eau des larmes à mes yeux ; le feu seul s'accumul^ de telle sorte dans mon sein, que jebrûlàis de rage et de jalousie. L'évanouiss^nent de Lucinde troubla toute l'assemblée; et, sa mère l'ayant délaéé^ pour lui donner