‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 137 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XXVIIL · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XXVIIL

les esprits troublés , et allège les travaux qui exigent de Fappli-^ cation. Ainsi s'écoulait ma vie au sein de la maison paternelle. Si- je suis entrée dans ces détails, ce n'est point par vanité, ni pour foire parsnlede mes richesses, mais afin de prouver que ce n'est point par ma faute que je suis tombée de cet état fortuné dans la situation malheureuse où je me tjrouve. Paidant que je passais ma vie au milieu de ces occupations et dans une retraite qui ne peut se comparer qu'à celle des couvents , croyant n'être vue que des gens de notre maison, sans sortir que pour allar à l'église, mais de grand matin, accompagnée de ma mère «t des sa*vantes , et si soigneuse de me cacher que je voyais à peine au delà de la terre où posaient mes pieds, les yeux de J'amour bu phttM ceux de l'oisiveté^' plaa perçants que cemitti lynx, me découvrirent à don Femand, c'est le nom du second* âls drduc dont jevous ai parlé. Au nom de don Femand , Gardenio changea de couleur, et donna des marques d'une si grande altération que le curé et îebarbier, qui le virent , appréhendèrent qu'il n'entrât dans ces furieux accès dont ils 'avaient entendu parler, et qui le prépaient- de temps en temps; maïs heureusement il demeura tranquille, tout en sueur, considérant la belle paysanne, que son imagination devinait. Quant à die, sans prendre garde aux mouvements de Gardenior elle continua ainsi son histoire. Don Farnand ne m'eut pas plutôt vue, dit-elle , qu'il sentit, à ce qu'il m'a répété depuis, cette passion violente dont les preuves éclatèrent j^z.'Mais, pour achever premptement Fhistoire de nies malheurs irréparables , je pass^ rai sous silence tontes les tentatives qu'il fit pour me déclarer son ambur. H suborna tous les, gens de notre maison , fit mille oEIres à mœi père. Tous les jours furent des jours de fête danS' notre rue; et les nuits, des sérénades y tenaient tout le monde éveillé. Les billets qui, 'je ne sais comment, tombaient sans cesse entre mes mains, étaient-pleins d'offres et de tendres sentiments, et contenaient moins de lettres que de serments et de promesses; tous ceà empressements, loin de m'atte^drir, m'irritaient comme s'ils ftassent vepus d'un ennemi-, et tous ces

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efforts pour me plaire produisaient Teffet opposé. Ce n*est paèi qu'il me déplût dalis sa personne, ni que ces galanteries pi'importunassent : j'éprouvais une. certaine satisfaction de me voir aimée d'un homme de cette qualité, et les louanges qu^il me donnait dans ses lettres .flattaient mon amour-propre ; quelque laides que nous soyons, nous autres femmes, nous aimons toujours à nous entaadre appeler belles. Mais À tout cela s'opposait mon honneur et les continuels avis que me donnaient mes parents, qui avaient aisémoit pâiétré les intentions de don -Fernand , car il se mettait 'peu en peme qu'on les connût . Ib me disaient que c'était à mon honnêteté, à ma vertu, qu'ils cooflaient- leur honneur et leur réputation; .que je considérasse rtaiégalité de condition qui était entre don Femand et moi ; que par là je reconnaîtrais que, malgré ses protestations, ses pensées tondaient plus à la satisfection de ses^ désirs, qu^à mon avantage; que^ si je voulais lui opposa* un obstacle qui le fit renoncer i ses poursuites,. il$. me marieraient promptement , avec qui je voudrais des [Principaux de l'aidroit ou dldentonr^ car leurs richesses et ma bonne réputation me permettaient de dioisir. Avec cette assurance, convaincue de la solidité de leurs raisons, je persistais dans ma retenue, et jamais je ne répondis à d|m Femand une seule parole qui pût lui donner l'espérance même la plus éloignée d'en venir à ses fins. -Toutes ces précautions, qu^l devait' prendre pour du mépris, irritèrent ^sans doutée ses coupables désirs, je suH bien obligée de nommer ainsi le motif de ses poursuites , car, s'il eût été honnête^, vous n'entendriez pas mes plaintes, puisque je n'aurais pajs à en faire. Enfiù., don Fernaqd apprit que mon père allait me marier pour lui ôter toute espérance ou du moins me donner 'On définm seur de plus; cette nouvelle ou les soupçons qu'il cmiçut le firent résoudre à l'action que vous allez entendre.

Une nuit que j'étais dans ma chambre, sans autre compagnie que celle d'^ne jeime allé qui me.servait , et ma porte bien fermée^* pour qu'aucune néglig^ce ne mit mon honneur en danger ; sans imaginer comment cela s'était fait, malgré tant de

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