PARTIE I. CHAPITRE XXX. SÔf
dit-elle, et je nepaisepas qu'à présent il lae soit besoin d'att"" cun secours; j'espère mener à bon port le récif fidèle de ma déplorable histoire. Vous saurez donc que le roi mon père , qui se nommait Tînacrio le Savant , fut très versé dans ce qu'on appelle Fart magique, et connutpar sa science que ma mère, h reine XaramiUa , devait mourir avant lui; qu'il la suivrait de près , et qu'ainsi je demeurerais orpheline de père et de mère: n disait que cela l'affligeait moins cpie la péniMe certitude où il était qu'un démesuré géant , souverain d'une grande île voisine de notre royaume, et nommé Pandafilando aux yeux louches (c'est une chose avérée que, quoique ses^ yeux soient droits dans leurs orbites , il regarde toujours de travers, comme s'il était bigle, et cela par malice -et pour effirayer); mon père, dis-je, savait que ce géant, me voyant orpheline , devait envahir mes États avec de nombreuses troupes, et s'en emparer en totalité, sans me laisser un méchant village pour m'y retire^ ; cependant je pouvais éviter cette ruine si je voulais consentir à l'épouser; mais, autant qu'il en pouvait juger, mon père ne pensait pas que j'acceptasse un marii^e aussi inégal : en cela, il prévoyait la pure vérité, car jamais il nte m^est venu daàs la pensée d'épouser ce géant , ni aucun autre, quelque grand et démesuré qu'il pût être. Mon père me conseilla^ lorsque après sa mort je verrais Pandafilando entrer "dans mes États , de ne point m'a^ muser à me mettre en défense j ce qui serait tout perdre, et de
lui laisser librement le royaume. (?était le seul moyen d'éviter la mort et l'entière destruction de mes bons et loyaux sujets car il serait impossible de résistei* à k force endiablée de ce gémit ; que j'eusse inccmtinent à me mettre en route pour les Espagnes, avec quelques-uns des' miens , et que là je trouv^ais le remède à mes maux, dans la rencontre d'un chevelier errant dont la r^ommée serait en ce temps-là répandue par tout le royaume ; il devait s'appeler, si j'ai bonne mémoire. Don Azote ou Don Gigote. Dites Don Quyote , madame, interrompit Sancho Pança , ou , sous un autre nom , le chevalier de k Triste Figure. C'est k vérité, reprit Dorothée. I^.me dit encore que ce
chevalier devait être de haute stature , tnaigre de visage, et qne, sar le calé, au-dessous de l'épaule gauche f ou tout auprès, il aorait un sigue gris recouvert de poils semblables à des crins. OonQuqote, eotcndant ces mots, dit à son écuyer : Vi^is ici, Seodio , mon iils , aide-moè^â me^éshabiHer : je veux voir si je sois le cbevaliér prédit par ce sage roi.1V)urquoî donc votre se^^urie veut-dle se déshabiller? dananda Dorothée.— Pour voir si j'ai ce sigae dont a fait mmtion votre père. Il n'est pas aécessaipe d'èter vos h^dnts , dit Sancho; je sait? que vous avez an miliettde Tépinedu dosun signe de cette espèce, qui est indice d'un homme vigoureux. Getasuttt, dît Dorothée, entre mnison ne doit pas regarder à pei| deehose : que oe signe soit à f épaule ou sur l'^^ne du dos , peu importe; il suffit qu'il y en ait un; qu'il soit où il voudra, c'est toujours la même chah*. &ns contint, mtm père a fort bien rencontré d»is toutes ses prédîotîons , et moi j'ai rencontré coumie lui , en me reeonmiandant au seigneur Dcm Quijote , qui est bîai eelm qui me fut anncocé : car les signes de la %ùre s'a«cordent parfeit^nent ainsi que la bonne rencnaimée qu'a acquise ce chevalier, non-seulement en Espagne , mais dans toute la Manche. En effet , à peine débarquée â Ossuna, j'entendis raconter de lui de tels exploits que le cœur me dit aussitôt qu'il était celui que je venais chercher. Gmnment votre sdgneuricr a^t-elle pu débarquer à Ossuna ? demanda Don Quijote; cette ville n'est point un port de mer. Avant que Dwothée pût répondre , le curé prit la parole et dit : La princesse veut dire qu'après être débarquée à Malaga , la première ville où elle entendit parler de vous fut Ossuna. C'est ce que j'ai voulu dire, reprit Dorothée. Cest aussi la vérité, i^outa le. curé : que Votre majesté daigne poursuivre. Je n'ai rien à ajouter, dit Dorothée, sinon que j'ai été assez heureuse pour rencontrer le seigneur Don Quijote , et que déjà je me regardé comme reine et souveraine de tous mes États ; puisque, par sa courtoisie et sa magnanimité , il m'a promis le don de m'accorapagner partout où je le mènerai , ce ne sera pas ailleurs que devant Pandatilando aux yeux louches, afin qu'il le