‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 161 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XXXII

cette queue pour vous faire une barbe : vous me la Fendrez tout à rheure, car le.... je veux dire le peigne de mon mari que « j'avais coutume de trouver à cette bonne quepe est toujours traînant par terre. Le barbier ne voulait pas la rendre, bien que Thôtesse tirât de toutes ses forces, jusqu'à ce que le licencié dit à maître Nicolas de la dooner, qu'il n'était plus besoin d'user de cette industrie, et qu'il pouvait se découvrir et montrer sa àgure; qu'on dirait à Don Quijote que,* lorsque les forçats les avaient dépouillés, le barbier s'était sauvé dans l'hôtellerie; que, s'il demandait après l'écuyer de la princesse, on lui dirait qu'elle lui avait fait prendre les devants pour donner avis à ceux de son royaume de sob retour sous l'escorte de son libérateur. Sur cela, maître Nicolas rendit la queue à l'hôtesse, et en même temps on lui restitua les bardes qu'elle avait prêtées pour délivrer Don Quyote. Tous ceux qui étaient dans l'hôtellerie s'émerveillèrent de la beauté de Dorothée, et de la bonne mine du jeune Gardenio. Le curé s'occupa de faire préparer pour le dîner ce qui se trouvait dans l'hôtellerie, et l'hôte, espérant être mieux payé qui; l'autre fois , leur prépara un repas assez passable. Pendant ce temps-là. Don Quijote dormait, et l'on fut d'avis de ne point l'éveiller, car on pensa que le sommeil jfzi ferait plus de bien que de manger. Durant le dîner, ils parlèrent deva|l l'hôte, sa femme, sa 611e, Maritorne et tous les voyageurs, de l'étrange folie de Don Quijote, et de la manière dont ils l'avaient retrouvé. L'hôtesse leur conta tout ce qui s'était passé entre lui et le muletier,. puis cherchant si Sancho était là et ne le voyant pas, elle raconta aussi comment il avait été berné, ce qui réjouit fort toute la société. Et, comme le curé ajoutait que les livres de chevalerie que Don Quyote avait lus lui avaient tourné la tête, l'hôte reprit : Je ne sais pas comment cela peut se feire, car, en vérité, autant que j'en puis juger, il n'y a pas de meilleure lecture au monde. J'en ai là deux ou trois parmi d'autres papiers, ils m'ont véritablement donné la vie, non^-seulement à moi, mais à plusieurs autres. Quand vient le temps de la moisson, il se rassemble ici les jours

de fête beaucoup de moissonneurs , parmi lesquels il s'en trouve « toujours qudqu'un qui sait lire : il prend un de ces livres^ nous nous itiettons plus de trente autour de lui, et fécoutons avec tant de plaisir qu'il nou^ôte mille cheveux blancs ^. Pourlnoi, je vous dirai que, quand j'entends parler de ces furieux et terribles coups que donnent le» chevaliers , il me prend envie d'en faire autant, et j'écouterais cette lecture nuit et jour. Et moi demème, dit Thôtesse, car je ne peux avoir un b<m moment dans la maison , que quand vous écoutez lire : vous y êtes si attentif que vous ne vous souvenez-plus de crier. Cest la vérité, dit Maritorne ; et , de bonne foi , je prends aussi bien du plaisir à entendre lire toutes ées choses qui sont bien belles, surtout quand on raconte que l'autre dame est sous des orangers, entre les bras de son. chevalier, tandis qu'une vieille du^ne fi^it le guet tout en mourant de peur et de jalousie. Je dis que ce sont choses bien douœs ^. Et à vous, mademoiselle, que vous en semble? dit le curé , en ^'adressant à la fille de Thôte. Je ne sais, sur mon ame, seigneur, répondit-elle, je les écoute, et, en vérité, quoique je ne les comprenne pas, je prends plaisir à les entendre. Je n'aime pourtant pas ces coups qui plaisent tant à mon père; mais je m'intéresse aux lamentations des chevaliers absents de leurs dames : en vérité, ils me font quelquefois pleurer, tant j'en ai compassion. Vous vous laisseriez donc attendrir, mademoiselle, dit Dorothée, s'ils pleuraient pour vous? Je ne sais ce que ie ferais , répondit la jeune fille ; je sais seulement* que quelques-unes de ces dames sont si cruelles que les chevaliers les appellent tigres , lions et de mille autres vilains noms. Jésus! qu'est-ce donc que ces femmes, sans ame et sans conscience, qui , sans égard pour un homme d'honneur, le laissent mourir ou devenir fou ? Je ne sais à quoi servent ces façons qu'elles font ; si c'est par sagesse, que ne se marient-elles avec ces chevaliers, puisqu'ils ne demandent pas autre chose? Tais-toi, petite, dit l'hôtesse, il semble que tu sais

< Il noittrsûeuQit ' ^

• Cosa de mieles.

Page 1