‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 166 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XXXIII

à xuie femme, ajoutait-il, d'être bomie, si persomie ne lui domie sujet d'être mauvaise? Est-ce merveille que celle-là soit craintive et retirée, à qui Ton ne fournit pas Foccasion de s'affranchir, et si, d'ailleurs, elle sait qu'à la première faute son mari est capable de lui ôter la vie ? Ainsi, celle qui n'est sage que par crainte ou défaut d'occasion, ne saurait dans mon estime égaler la femme sollicitée, persécutée , qui sort du combat avec la couronne du triomphe. Par ces raisons, et beaucoup d'autres que je pourrais t'alléguer pour justifier mon opinioU ^ je désire vivement que Camille, mon épouse, passe par ces épreuves, qu'elle s'>épure au feu dés sollicitations et des poursuites d'un homme qui ait assez de mérite pour exciter ses désirs. Si, comme je l'espère, elle en sort à sa gloire, j'estimerai ma félicité sans égale, je me verrai au comble de mes vœux, je dirai que le sort m'a donné la femme -forte dont le sage a dit : Qui la trouvera? Sll en arrive autrement que je ne pense, le plaisir d'être convameu de la vérité de mon optiBion ' me fera supporter la peine qu'aura dû me causer une épreuve aussi coûteuse. Maintenant, cher Lotfaaire, certain qu'aucune des raisons que tu pourrais m'alléguep ne serait capable de mc^étoumer de l'exécution de mon dessein, je te demande de te disposera être l'instrument de cette épreuve, objet de mon désir. Je te fournirai tous les moyens de la mettre à exécuticm, sans oublier rien de ce que je croirai capable d'émouvoir une femme honnête, honorée, tranquille et désintéressée. Ce apA me détermme surtoift à te choisir pour cette entreprise difficile , c'est que, si tu viens à triompher de Camille, j'ai l'intime persuasion que tu n'abuseras pas de la victoire, mais que tii regarderas comnïe fait ce que tu auras eu le pouvoir de fiiire : si bien que je ne serai offensé que d'mtention, mon injuce demeurera ensevelie grâces à ton silence , et je sais qu'en ce qui me regarde 9 sera éternel comme celui de la mort Ainsi, mon ami , si tu veux que je jouisse de ce qu'on peut appieler la vie, il faut que dès ce moment tu commences ce combat amoureux, mais sans froideur, sans négligence, et avec toute la 1. 19

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chaleur et la dlligoice qu'exigent mon désir et la confiance ue me donne notre amitié.

Tel fut le discours d'Ansekneà Lothaire, qui Técootait avec f ' tant d'attentifm quil n'ouvrit la bouche que pour prcmoncer le pea de paroles 91e nous avons rapportées. Lorsque Ansdme eut cessé de parler, son ami le considéra longtemps, comme on regarde une chose qa*on n'a jamais vue , et qui vous frappe d'étonnement et de stupeur. Enfin il lui dit :

Je ne saurais me persuader, cher Anselme , que tout ce que tu viens de dire ne soit une plaisanterie : car, si j'avais pensé (pie tu parlasses sérieusement , je ne t'aprais pas laissé aller si Idn, et en n^ t'écoutant pas j'aurais mis fin à ta longue harangue, ie suis tenté de croire que tu ne me connais pas encore, ^ttk ou que, moi, je ne te connais pas. Mais non, tu sais bien que '/ je suis Lothaire , et je sais que tu es Anselme. Mais, hélas! j'ai bien peur que tu ne. sois plus l'Anselme d'autrefois , et tu as cru s^ns doute que je n'étais «plus le même homme; car les propos que tu m'as tenus ne sont point de mon ami, et les pro- '4iositions que tii me fai&ne peuvent s'adresser au Lothaire que tu Glanais ? On éprouve ses amis , on ciHnpte sur eux , comme Ta dft on poète , usque ad ar^z^ Jusqu'à l'autel, ce qui signifie qu'on ne doit jamais les employer contre les lois divines. Si cette vérité fut sensible pour un païen, combien plus enc(H*e doit-elle l'être au chrétien, qui sait qu'aucune affection ne doit nous faire perdre de vue nos devoirs envers Dieu; si l'homme est càpaUç d'oublier ce qu'il doit au ciel pour ne s'occuper que de son ami , ce doit être du moins pour ce qui peut compromettre son honneur ou sa vie , et non pour des choses frivoles et de peu d'importaùce. Dis-moi donc, Anselme, quel est .ce péril qui menace ton honneur ou ta vie, pour que je sois obligé de te complaire en faisant une chose aussi détestable que celle qud tu me demandes ? Aucun, sans doute, n'existe. Mais je vois, au contraire, que tu me demandes de t'6ter l'honneur et la vie , et de sacrifier moirmème l'un et l'autre 1 car, t'ôter l'honneur, c'est t'ôter la vie, puisqu'un homme sans honneur est pire qu'un

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