PARTIE I. CHAPITRE XXXUI
rhermine , et ne pas leur mettre devant les yeux rwdure des présents et des sollidtatkms des amants, parcequepeut^èdre, et même à coup sûr elles n*ont pas assez de force naturelle pour éviter par elles-mêmes de pareilles embûches; il faut les leur éviter et ne leur montrer que la beauté de la vertu^ et le charme attaché à une bonne renommée. La femme honnête est un miroir de cristal briUant et poli, que la moindre haleine obscurcit et rend terne : on doit ^ user comme des reliques, Fadorer et ne pas la toucher, la considérer comme un beau jardin |riein de fleurs et de roses , où le propriétaire ne parmet pas de cueillir une rose, mais dont on admire, à travers un treillagpe , Télégance et la fratcheur. Â ce propos , je veux te fapj^orter quelques vers d'une comédie moderne qui me l'evient à la mémoire, le sujet me parait analog^ a celui que nous traitois. Un sage vieillard conseille â un père de bien garder sa fille, de la surveiller, de renfermer. Entre autres raisons, il lui dit :
La femme est semblable au verre; il n'est pas prudent d'essayer s'il peut ou non se casser, car tout est possible.
Ck)mme il peut se briser très facUement, il est fbu de s'exposer ft rompre ce qu'on ne peut resooder.
Cest l'opinion de tout le monde, et je la trouve très fondée, que s'il y a des Danaé , il y a aussi des pluies d'or.
Je ne t'ai- parlé jusqu'ici,* cher Anselme, que de ce qui te touche : tu me perm^tras bien mamtenant de te dire un mot sur ce ({d me concerne ; si mes discours te semblent trop Im^, excuse-moi; il ne fimt guère moins de paroles pour te retirer du labyrinthe dans lequel tu t'es jeté. Tu me regardes comme ton ami , et tu me veux ravir Thomieur, procédé contraire ^ l'amilié:nonrseidanmt tu me le veux ravir, mais tu demandes que je te l'^e à toi-même : que tu veuilles me déshonorer, iè fait est évident, car, lorsque Camille verra que je cherche à la séduire , ainsi que tu le desires , elle me regardera comme un homme sans délicatesse , sans honneur, devoir pu concevoir un projet aussi odieux, aussi contraire à notre commune amitié;
que tu veuilles aussi que je te désbcmore, la chose n'est pa:; moins certaine; (îamiUe aura lieu de penser que j'ai défXHiyert en elle qudque faiblesse qui m'enhasdit à lui parler de mon amour; le déshonneur que je verserai sur elle ne retombera-t- H pas sur toi, puisqu'elle f appartiait? Voilà d'oii vient le mé^ p*is que Ton a pour le mari de la femme adulte. D peut ignorer son malheur, n'y avoir point donné lieu par sa conduite, s-ètre vu dans l'impossibilité de l'empêcher, il n'en est pas moins rev^u d'un nom ridicule et méprisé. Ceux qui connaissent la mauvaise conduite de sa fenmie le traitait avec dédain , an lieu de le plaindre, quoique cette disgrâce provienne plus des mauvaises inclinations de sa femme que de sa négligence. Je veqx te dévelqiper ici la raison pour laquelle le mari de la femme infidèle est déshonoré , quoiqu'Q ignore son malheur, qu'il n'en soit point la cause , et n'en ait point fourni l'occasion. Ne sois point ennuyé de m'entendre ; c'est pour ton bien que je parle.
Lorsque Dieu, dit la sainte Écriture , eut créé notre premier père, et l'eut placé àssA le paradis terrestre, il envoya le sommeil à Adam , et , pendant qu'il dormait , il lui enleva, du côté gauche, une côte dont il forma notre mère commune, Eve. Adam se réveilla, Taperçut et s'écria r Foici lavhàirde ma chair et l'os de mes os. Dieu ajouta : FoUà pourquoi l'homme quittera son père et sa mère , et tous deux ne feront qu'une chair. Ainsi fot institué le divin sacrement du mariage, avec des liens si étroits que la mort seule peut les dénouer ; ce sacrement mystérieux a tant de force et de vertu qu'il fait de deux êtres différents une même chair; c'est plus encore, dans les unions heureuses, deux âmes n'ont qu'une même volonté : c'est donc parceque la chair de la femme ne fait qu'une avec celle du mari, que les fautes et les imperfections de cdle-là retombent sur celui-ci , quoiqu'il n'y art point, comme je l'ai dît, donné lieu ; de même qu'une douleur au pied ou dans quelque autre membre se fait sentir par tout le corps, de même que la douleur de la cheville se fait sentir