‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 170 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XXXIII

jusqu'à la tète parceque ce n'est qu'une même chair , de même Tépoux partage le déshonneur de sa femme, parcequ'ilne Mt qu'un avec elle. D'ailleurs, comme tout ce qui est honneur ou déshonneur .au monde, et, par conséquent , les déportements de la femme adultère proviennent du sang et de la chair, le mari en a sa part inévitablement , et est tenu pour déshonoré , quoiqû^illes ignore. Vois, Anselme, à quel danger tu t'exposes eu cherdiant à troubler la tranquillité dans laquelle vit ta digne épouse; vois combien est vaine et iippertinente la curiosité qui te pousse à émouvoir l^umeur paisible de cette femme chaste; réfléchis que ce que tu peux gagner est peu de chose , et ce que tu perdrai au-dessus de toute expression. Si tout ce que je t'ai dit n'est pas suffisant pour te détourner de ton mauvais dessein, tu peux bien chercher un autre instrument de ton infortune et de ton déshonneur : je me refuse à l'être , dussé-je perdre ton amitîé, ce qui serait pour moi la perte la plus sensible ^

Le vertueux et prudent Lothaire se tut. Ansehne,' confus et pensif, demeura longtemps sans pouvoir lui répondre une parole; enfin il reprit : Tu as vu; cher Lothaire, par l'attention avec laquelle j'ai écouté tes raisonnements , tes exemples^tes conpiparaisons, combien j'approuve ta grande discrétion, et l'extrême et sincère amitié que tu me portes; j'avoue même que, si je ne suis point tes conseils, et me laisse entratuer à mes idées , je fuirai le bien pour courir au mal : cela pos^magine que j'ai une maladie semblable à celle de certaines 'femmes qui mangent de la terre, de la cendre , du charbon , et autres choses pires à voir et encore plus à manger : aiRsi, il est - ; nécessaire de s'employer â me guérir , et cela est facile , si tu

^ FUIean et les antres traducteurs ont supprimé la plus grande partie de ces deux discours, qui peut-être ont en effet paru un peu longs au lecteur, car Cervantes n'est pas â l'abri du reproche de prolixité. Mais ,. ayaût formé le dessein de faire connaître en France son livre tel qif il Ta écrit , nous n'avons dâ nous permettre aucun retranchement. C'^ ainsi qu'au chapitre xiy ci-dessus, nous avons rapporté dans son entier le discours de Marcelle pour sa défense, discours que les autres traducteurs ont également abrégé.

veax sealemieat te prêter à sollicîter GanûUe , ne fût-ce que foibtement et par feinte. EUe n'est pas si faible qu'à la première tentative son honneur s'évanouisse, et je demeurerai content de e^ essai. Pour toi, tu auras acquitté ce que ta dois à Tarnîtié, nim-seulement en me donnant la vie, mais encore en me donnant la conviction de l'intégrité de mon honneur. Une raison doit seule te déterminer à ne me pas refuser, c'est que, résolu comme je le suis à tenter cette preuve, tu ne souffriras pas que j'aille confier ms^ folie. à un autre, et compromettre mon honneur, que tu crains de me voir perdre. Quant an tien, tu ne dois point t'arrèter à la mauvaise opinion que Camille pourra prendre de toi en te voyant lui faire la cour ; car, aussitôt que nous aurons connu le résultat de l'épreuve que nous voulons tenter, tu seras libre de lui découvrir l'artifice , et alors elle te rendra toute l'estime qu'elle avait pour toi. Ainsi , puisque tu risques si peu dans cette tentative , qu'il est en ton pouvoir de me rendre si satisfait , ne me refuse pas, quelque difficulté que tu y trouves , car, je te Tai dit , tu n'auras pas plutôt essayé , que je regarderai la diose comme terminée.

Lotbaire, voyant la ferme résolution d'Anselme, ne sachant plus quelles raisons lui objecter , quelles remontrances lui faire, entendant sa menace de communiquer sa folie à un autre , résolut, pour éviter un plus grand mal, de le ecmtenter, avec le projet bien arrêté, toutefois, de se conduire de manière à satisfaire Anselme, sans altérer les honnêtes sentiments de Camille. U le pria donc de ne communiquer son dessein à personne, qu'il se diargerait , lui , de l'entreprise , et la commencerait quand il voudrait. Anselme l'embrassa tendrement , et le remercia mille fois, comme s'il lui eût rendu le meilleur office du monde. Il fut convenu que, dès le jour suivant, on mettrait la main à l'œuvre, qu'Anselme procurerait à Lothaire Foccasion d'entretenir Cmnille tète à lète, et lui fDumirait l'argent et les bijoux qui-devaient lui être offerts, nconseilla aussi à son ami de donner des sérénades à Camille, de lui adresser des vers, ajoutant que, si Lothaire ne voulait pas prendre la peine dé les faire, il

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