PARTIE I. CHAPITRE XXXIII
les ferait pour lui. Lothaîre promit tout ce cpi'on voulut , mai» avec des intentions bien différentes de celles d'Anselme. Les choses ainsi convenues , les deux amis revinrent chez ce dernier, et trouvèrent Camille fort inquiète de ce que son épopx tardait plus que de coutume à rentrer.
Ansehne resta aussi satisfait que Lothaire, deTetour chez lui, se trouva pensif et embarrassé, ne sachant comment s'y prendre^ pour se tirer convenablement d'une aussi impertinente affaire. Il rêva toute la nuit au moyen de tromper Anselme sans offenser Camille. Le lendemain, il alla dtnet* chez son ami, et fut bien reçu de sa femme, qui lui témoignait d'autant plus d'amitié qu'elle connaissait son intime liaison avec Anselme. Le dtner fini, celui-ci pria Lothaire de tenir compagnie à Camille, jusqu'à ce qu'il fût revenu d'un endroit où une affaire indispensable le retiendrait pendant environ une heure et demie. Camille l'engagea à rester, Lothaire s'offrit à l'accompagner; mais tout fut inutile , il recommanda à sa femme de ne pas laisser Lothaire seul, et insista pour que ce dernier l'attendit, parcequ'il avait è lui parler d'affaires importantes. Enfin, il sut si bien colorer la nécessité de son absence, qu'il eût été difficile d'en pénétrer le motif. Voilà donc Camille et Lothaire seuls à tabte, car les gens étaient allés dtner. Ce dernier se trouvait , suivant le désir d'Ansefane^ en présence d'un ennemi qui , par sa seule beauté, eût pu triompher d'un escadron ^e chevaliers armés de pied en cap. Lothaire pouvait bien se trouver intimidé : ce qu'il trouva de mieux à faire fut de s'accouder sur le bras de son fauteuU, la main sur sa joue, et, s'excusant auprès de Camille de lui faire isi mauvaise compagnie, il lui demanda la permission de reposer un peu jusqu'au retour de son ami. Camille lui répond qu'il sera beaucoup mieux sur des oreillers que dans mt fauteuil, et l'engage à s'y placer ; mais il refusa, et se mit à dormir jusqu'au retour d'Anselme. Celui- ci trouve Camille (jians sa chambre, Lothaire endormi, et pense que, son absence ayant été longue, Lothaire a eu le temps d'entretenir Camille, puis, après de s'endormir. U attend avec impatience le réveil de
Lotbaire , pour le suivre à son départ , et s'informer de ce qui s'est passé. Lorsqu'il fut éveillé, ils sortireut. Lothaire lui dit qu'il n'a pas jugé convenable de se découvrir tout-à-fait le premier jour ; qu'il s'est borné à louer Camille sur sa beauté, lui diisant que, dans toute la viUe , il n'était l>ruit que d'elle, de ses charmes , de ses rares qualités ; c'était un bon début , ajoutaitil, pour s'insinuer dans ses bonnes grâces et la disposer à l'écouter avec plaisir : il convient de se servir de l'artifice du démon, qui , lorsqu'il veut tromper un mortel en garde contre ses en4)ûches, se transforme en ange de lumière, quoiqu'il soit l'ange des ténèbres, le séduit sous de flatteuses apparences, et à la fin se découvre et vient à bout de son dessein, si, dès le principe, on n'a déjoué ses projets. Ces détails plurent à Anselme. 11 dit à Lothaire que , sans sortir de sa maison , il lui procurerait tous les jours les mêmes facilités, et quMl s'y prendrait de manière à ne donner à Camille aucun soupçon de leur artifice. Plusieurs jours s'écoulèrent. Lothaire, sans parlera Camille, répondait aux questions d'Anselme, qu'il l'avait sollicitée sans pouvoir obtenir d'elle la moindre marque de faiblesse, ou même une ombre d'espérance : elle le menaçait, au contraire, 4jsait-il, d'avertir son mari, s'il n'abandonnait ses projets coupables. Voilà qui va bien, dit Anselme .jusqu'ici Camille a su résister aux paroles; il faut voir maintenant si elle résistera aux actions. Je te donnerai demain deux mille écus d'or que tu lui offriras, et deux autres mille pour acheter des joyaux dont tu • lui feras présent pour la mieux séduire. 11 n'est rien que les fem- ' mes, quelque chastes qu'elles soient, préfèrent à la parure, surtout quand elles sont belles. Si Camille résiste à cette tentation , je serai satisfait et je ne te tourmenterai plus. Lothaire répondit que, puisqu'il avait commencé, il voulait aller jusqu'à la fin, et qu'il espérait bien en sortir las et vaincu. Le jour suivant, il reçut les quatre mille écus, et en même temps quatre mille soucis, car il ne savait plus quels nouveaux mensonges inventer. Enfin, il se détermina à dire que Camille résistait aussi bien aux dons et aux promesses qu'aux protestations d'amour, et