PARTIE I. CHAPITRE XXXIV. 3f
Je sens que je meur», et si tu ne me crois pat, sadie que je suis mssi si)r de mourir, que je le suis de me Toir à tes pieds, 6 ingrate beauté! plutôt mort que repentant de mon amour pour toi !
Je me verrai plongé dans l'oubli , privé de vie, de bonheur, et sans laisser de regrets. On verra alors combien ton beau visage était profondément gravé dans mon cœur.
C'est le secours que je garde pour me prot^r dans le malheur dont me menace ma persévérance , ai^fnientée par tes rigueurs.
Malheur à celui qui navigue sous un del obscur, à travers une mer inconnue et périlleuse, sans étoile qui le guide, sans port où se réftigieri
Anselme ne loua pas moins ce second sonnet qae le premier r c'était ainsi qu'il iQOutait anneau sur anneau à la chaîne où s*attachait scm déshonneur. Plus Lothaire le déshonupôt^ phis U croyait gagner en considération. Les pas que Camille fiûsait ver»^ la honte, la conduisaient aux: yeux de soh miyri au faite de Itt gloire et de la bonne renommée.
Or, un jour que Camille se trouvait seule avec sa snivaiite : J'ai grand regret, lui dit -die, ma chère Léondle^ de m^ètre sitôt abandonnée à Lothaire, et de ne lui avoir pas fait acheter, par une plus forte résistance et* de plus l<mgs services, la pos* session de ma 'personne et Fémpire que je lui ai donné sur mavolonté. Je crains qu'un succès^ aussi prompt ne m'expose au^ mépris, et qu'il ne Tattribue à maiégèreté-sans tenir compte de la force avec laqudle il a surmonté^ma résistance. Ne vous mettez point en peine de cela, réponcUt Léonelle; ce n'est point ainsi que se mesurent les affections; les choses pour être accordées promptement ne perdent point de leur valeur : si ce qui se donne est bon et mérite effectivement d'être estimé ^n'a-t-on pas coutume de dire que donner vite c'est donoer deux fois? Oui, répondit Camille; mais on dit aussi que ce qui coûte peu s'estime ^encore moins. Ceci ne peut s'appliquer à vous, dit Léonelle : l'Amour, ainsi que -je l'ai ou! dire, tantôt vole et tantôt v^heminant; avec les uns il court, il marche lentement ^vec d'autres; tiède avec ceux-ci, il embrase ceux-là; tantôt il frappe, tantôt il tue; parfois. un ibéme instant voit naître et
satifaire ses désirs; si le matin il livre Fassaat à une forteresse , le soir même elle est (d)ligée de se rendre, car il n'est force qui puisse lui résister. De quoi vous étonnez-vous donc? et que cradgnez-vous, si Lothaire en a fiiit autant que vous, si TÂmour avait marqué, pour Tinstant de son triomphe, le temps de Tabsence d^AnselmePNe Mait-il pas bien que ce qu'il avait déterminé s'accomplit, sm& donner, comme on dit, le temps au temps? Car Anselme pouvait à tous moments revoir, et, par sa ^présence, arrêter le succès. L'Occasion est le meilleur ministre qu'ait l'Amour pour faire exécuter ses arrêts : il s'en sert dans toutes ses aitreprises, et smrtoul dans les eommencanents. Tout ce que je vous dis , je le sais par expérience bien plus que par oub-dire ; je vous en entretiendrai qudque jour, car enfin je sute de ehair et d'os comme une autre. Quant à vous, madame, je ne vois point que vous vous soyez rendue si promptement que vous n'ayez pu voir toute l'ame de Lothaire dans ses yem^ dans ses soupirs, dans ses présents et dans ses promesses , et reconnaître combien toutes ses qualités le rendaient digne d'être aimé. S11 en est ainsi, pourqJk)i vous remplir l'imagination de vains scrupules et de fâcheuses pensées? Soyez certaine qu'il vous estime autant que vous l'estimez; qu'il vit content et satisfait deison amoureuse chaîne; que non-seulement il justifie les quatre S que Ton dit être la loi de tous les loyaux amants ^, mais qu'il remplit à lui seul l'alph^t entier; si vous ne le croyez, écoutez-moi, je vous le dirai par cœur : il me parait à moi. Agréable, Bon, Chevaleresque, Dcmnant, Enamouré, Ferme, Gaillard, Honoré, Illustre, Loyd, Merveilleux, Noble, Obéissant, Puissant, Qualifié, Riche, les quatre S que j'ai dites, Tranquille, Véridique, Zélé pour votre honneur; l'X est une lettre rude qui ne compte pas, et l'Y forme la liaison ^,
* C'est ici une expressioD particulière à la langue espagnole ; cc>s quatre S sont : Sabio, Solo, SoiicUo, y Secreto. éjj^
Sage, Solitaire, Sollicitant, Secret. ^
Voyez le quatrième chant des Lagrtmas de AngeUca, de Louis di Soto. > Voici les dix-neuf adjectifs espagnols .* Agradecido, Bueno, Cabattero, Dadivoso, Enamorado, Firme, Gallardo, Honrado, Ulustre, LetU, Mozo, Noble,.