PARTIE I. CHAPITRE XXXVI. 33S
dez-vous , cependant , de croire que c'est Tidée de mon déshofineh'r qui m'amène ici Je n'y suis conduite que par la douleur et le chagrin de me voit oubliée. Vous avez désiré que je fusse à tous, et tel fut* le résultat de vos vœux, qu'encore qu'ils aient chstiiéé, V9ÙS ne pQuvez. cesser d'être à moi. G)nsidérez, seigneur, queïexl^essiyç aff^tion que je vous porte peut contrebalancer la noblesse et laleaûté de celle pour qui vous m'aban-
doùneZv. Vous ne' pouvez appartenir àLucinde, puisque. Vous été3 à IQOÎ ; Ludnde ng saurait vous appartenir, puisqu'elle s*est donnée à GardciÀio : il vous .sera bien plus facile de revenir à celle qui vou^ 'adore , que d'amraer à vous aimer une femme qui n'a^ur i^us que de Favcrsion. Vous qu'avez conjurée de vous écouter, vous. m'avez demandé le sacrifice de mon* honnêteté^ vous n'avez pas ignori ma condition, vous savez bien de quelle
manière j'ai cédé à vos deâirs, vous n'avez aucun sujet de vous plaindre d^avoir été trompé. S'il en est véritablement ainsi , si vous êtes (fiirétîen aussi \Am que chc;yalier, pourquoi tant différer de me rendre aussi heureuse à la fin que vous l'aviez fait au comn^cement? Si vous ne voulez pas de moi pour votre légitime épousé, et reconnaître meâ<droits^ permettez au moins que jd sois votre esclave : pourvu que je vous appartienne, je Qi'estïmerai trop heureuse. Ne souffrez pas que votre abandûn me rende l'objet de .la censure pulilique ; ne remplissez pas d'»mertume'les vieux jgiir&de mes parents, c'est une récompense que n'ont point méritée les loytux services qu'ils ont toujours rendus à Votre famille, comme de bons vassaux. Si vous pensez avoir avili votre sâhg en le mêlant au mien, réfléchissez qu'il n'est aucune aoblesse au monde; ou peu du moins, qui n'aient .<^uivi la mèftie route, et que celle qui vient des femmes tiè compte point dans les grandes généalogies : d'ailleurs, la véritable noblesse consiste dans la vertu; si vous n'obéissez point h sa voix en me rendant ce qui m'est dû, je serai donc plus noble que vous. Enfin, seigneur, que vous le vouliez ou noo^ je suis votre épouse : vos serments, qjji ne sauraient être fimx, en sont témoins, si mous vous enorgueillissez véritablement df^
ce qui me rabaisse à vos yeux. J'en prends epco{*e*à témpin la promesse (j[ue vous m'avez faite par écrit, el le jciel que^vôus avez pris pour garant de Votre parole : qfuand toutes ces preuves me manqueraient, votre propre conscience'ne cesseiFait dé réclamer pour moi; au milieu des plaisirs ^ sa voix reteiîti^ait' dans votre ame, %t y prœlamèrait la yérît^que j'atfeste*devant
vous. " ' ■ • : '
La triste Dorothée avait ^ parlé avec tant 'd'émotion et*dê* . larmes que ceux mémeâ qui accompajpigiént don Eermnd;, et - • les autres, assistant» ne purent sVmpêcher de^jgjeurer avec iile..
' Don Fernand l'écoutà sans répqpdre^ Un, seul mot , jusqu'^ ce • qu'elle eut cessé ses plaintes pour né plus faire ehtfendr e^uë jles soupir», et des sanglots: un 'cœur de bronze.était^seul capable de voir son affliction sanis en être attendri Luciniïe plaignait sa douleur, admirait sa beauté^ sa sagesse; elle aurait' voulu s'approcher de l'in^rtùnée , et lui donner quelque ^consolation, mais don Fernqpd la retenait' toujoiârs: t&M^ après avoir longtemps coniSdéré Dorothée* plein dé tvoubleet de confusion , il buvre les bfas, rond à^Lucinde la libeitfé,' et s'^ crie : Tu as vaincu , Dorothée , tu as vaincu.' il est impossible de. résister plus longtemps à de telles vérités. Ludndp^X]ui n'était pas «entièrement revenue de sa faiblesse, se trouvant sans appui, serait tombée à terre, ci Gardenio, quiiS'était placé derrière don Fernand pour n'^n être poîôj; vu, ne se f iW trouvé tout près, et bannissant toute aatr« considération ^ ne Tc^ût retenue dans ses bra^. Si le ciel pitoya'ble daigne enfin t'acéOrder quelque repos, lui dit-il, digne , loyale et i^ourâgeuse épouse, eu aucun lieu tu ne le trouveras plus heureusement qde dans
. cÉjkbras qui te reçoivent maintenant et qui te ïeçùrent autre^ S;^ ibis, quand il me fut permis de t'appeler mienùe. A ces mots,
Lucinde lève les yeux sur Gardenio, ses regards achèvent une reconnaissance que la voix avait déjà préparée, et sans ^tre retenue par aucun respect humain, elle se jette à son cou et s'écrie: Oui, vous êtes le seul arbitre de mes destinées; oui, je suis votre captive ^ miilgré tous les obstacles et toutes les