PARTIE 1. CHAPITRE XXXVI
joie, les autres pav sympathie, qu'on les eût dits tous firappés de quelque grand événement. Sancho lui-même pleurait ; mais il a avoué depuis que c'était pour avoir bien vu que Dorothée n'était pas la reine de Micomîcon , dont il espérait de si grandies récompenses. L'étonnement et les larmes durèrent quelque temps. Enfin, Lucinde et Gardenio furent se jeter aux genoux de don Femand , et le remerôièr^t de sa générosité, dans des termes si expressifs que, ne sachant que leur répondre, il les releva et les embrassa tendrement. Il pria Dorothée de lui ' apprendre comment elle était venue dans un lieu si éloigné de ehez elle. Elle lui raootita en pe|i de mots tout ce qu'elle avait dit précédemment à Gardenio ; don Femand et sa suite prirent taiit d'intérêt à son récit, qu'ils eussent désiré qu'il fût plus long, tant elle le débitait avec grâce. Don Femand leur raconta ensuite ce qui lui était arrivé après avoir trouve dans le sein de Lucincleb papier par lequel elle se déclarait l'épouse deGardenio; il là votilait tuer, disait-il, et l'eût fait si ses parents nel'en eussent èfopêché ; il sortit alors de la maison , résolu de remettre sa veù^ geance à un moment plus favorable. Mais il apprit le lendedàalJQ €[ue Lucinde avait quitté la i^spn paternelle, sans que Ton stà ce qu'elle était devenue; enfin, quelques mois après, H sùt qu'elle s'était retirée dans mi monastère, avec l'intention d'y demeurer toute sa vie si elle ne pouvait la passer avec Garïfenfo; aussitôt qu'il en fot informé, il se fit accompagner de trofe cavaliers, et se rendit auprès du couvent qu'elle h2d>itait :il n'avait pas voulu la voir,.de crainte que le sachant là, ta ne se tînt sur ses gardes au jo^onàstère; mais un jour, ayant attefuh que la î)orte fût ouverte , il laissa c^ux des siens pour la garder, et lui-même , escorté par l'autre, entra dans le couvent pour chercher Lucinde; ils la trouvèrent dans le cloître, parïàiiii avec une religieuse; Tenleyèrént sans lui donner le temps de se reconnaître, et la conduisirent dans un lieu où ils se procnrèrent tout ce qui était nécessaire pour levoyage;celaleur avait été d'autant pluâ facile que le couvent était éloigné de la ville. Il ajouta que, lorsque Lucinde s'était vue en son ppuvoir, elle avait perdu
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tout sentiment, et depuis n'avait fait que pleurer et soupirer sam dire un seul mot; ainsi , dans le silence et les larmes, ils étaient arrivés à rhôteUerie, et, pour lui, c'était être arrivé au ciel, où aboutissent xCt se terminent toutes les infortunes de la terre.
CHAPITp XXXVII.
Suite de l'histoire de Tillustre infante Micomicona , et autres aventures.
Sancho, cependant, écoutait tout, non sans ressentir une vive douleur de voir s'évanouir et s'en aller en fumée ses espérances-, la belle princesse Micomicona devenue Dorothée, le géant devenu don Femand, et que, pendant (put ce tanps-là, son maître dormait sans s'embarrasser de rien. Dorothée, de son côté, prenait son bonheur pour un rêve, Gardenio et Lucinde n^étaient pas plus rassurés. Don Ferïiand rendait grâce au ciel de ses faveurs, et de l'avoir retiré d'un labyrinthe oùàl avait.été sur le point de perdre son ame et sa réputation. Enfin, tous ceux qui se trouvaient dans l'hôtellerie étaient joyeux de l'heureuse i^ue qu'avaient eue des événements si embrouillés y et qui pr&entaient si peu d'espoir de succès. Le curé, en- homme prudent, surveillait tout, et félicitait chacun du bien qui lui était arrivé. Mais celle qui montrait le plus de joie était l'hôtesse, à qui Gardeniq et le curé avaient pr(Hnis de payer les dommages et intérêts du dégât qu'avait .x^usé Don Quijote. Sancho seul, comme on l'a dit, était triste, mélancolique, désolé. Aussi, avec une contenance triste, entrat-il chez son maître, qui venait de s'éveiller, et lui dit : Seigneur chevalier de la Triste Figure, votre seigneurie peut bien dormir tant qu'il lui plaira, sans s'inquiéter de tuer aucun géant et de remettre là princesse sur son trône, car tout est déjà fsdt et conclu. *Jè le crois bien, répondit Don Quijote, puisque j'ai livré au géant le plus terrible combat que j'aie jamais eu l'occasion de soutenir, et que d'un revers, pan ^, je
^ lot.