PARTIE I. CHAPITRE XLI
de s'assurer des Maares, dont la plupart dormaient et ne se doutaient de rien; nous lui communiquâmes notre incertitude, et son avis Fut que le plus important était de nous rendre d*abord maîtres du bateau, ce que nous pouvions faire aisément et sans péril; qu^ensuite nous irions vers Zorayde. Cet avis nous pajfut le plus sage; et sans plus de retard, nous le suivîmes au bateau : il y sauta le premier, tira son cimeterre, et cria en langue moresque : Qu'aucui^ de .vous ne fasse un mouvement, sous peine de la vie! En même temps, les chrétiens se présentèrent : les Maures, gens de peu de courage, qui n'avaient que peu d'armes, entendant parler ainsi leur patron, restèrenb immobiles et pleins d'effroi, sans même avoir recours à leurs armes, dont ils étaient mal pourvus, et se laissèrent lier les mains par les chrétiens, qui les menacèrent de les tuer s'ils jetaient le moindre cri. Cette mesure prise, nous laissâmes la moitié des nôtres pour gaider le bateau; puis, toujours guidés par le raiégat, nous marchâmes vers le jardin d'Agi Moralo. Nous nous approchâmes pour enfoncer la porte; mais le hasard voulut qu'elle s'ouvrit avec la plus grande facilité,, comme ^i elle n'avait point été fermée : ainsi, nous nous avançâmes en silence vers la maison , sans être entendus de personne.
La belle Zorayde nous attendait à une fenêtre : elle noas aperçut et demanda à voix basse si nous étions Nazaréens ^, ce qui veut dire chrétiens. Je répondis que oui et qu'elle descendit; elle me reconi^ut , descendit aussitôt, ouvrit la porte, et parut & nos yeux si belle et si magnifiquement vêtue qiiè je n'essaie pas de le décrire. Je lui baisai 'la main, tous les autres en firent autant : ils ignoraient les détails de l'entreprise et nous imitaient croyant que nous lui rendions grâces de notre liberté. Le.renégat lui demanda, en langue maure 5 si son père était4ans le jardin. Oui , répondit-elle , il dort. Il serait nécessaire de le réveiller, de l'enmiener avec nous , repartit-il, et d'emporter tout ce qu'il y a de bon dans ^ce jardin. Non , dîtelle , je ne veux pas qu'on touche à mon père. Il n'y a dans la
* IVizarani.
maison que ce que j'emporte, et il y en a assez pour vous rendre tous riches et contents: attendez un moment. En disant ces mots, elle rentra, nous recommandant le silence, ajoutant qu'elle allait revenir aussitôt. Je demandai au renégat le scyet deTentretien et il me le raconta. Je le conjurai de ne rien fiaire contre la volonté de Zorayde, qui reparut bientôt chargée d'un coffre plein d'or , si lourd qu'à peiiie pouvait-elle le porter. Le malheur voulut que son père s'éveillât dans ce moment; il entendit du bruit dans le jardin, parut à une fenêtre, et , reconnaissant une troupe de chrétiens , se mit à crier en arabe : Aux chrétiens! aux chrétiens ! aux voleurs! Ces cris nous causèrent une frayeur eïtrëme; mais le renégat , voyant le pérO où nous étions , et combien il importait de terminer notre entreprise avant d'être découverts , monta rapidement où était Agi Morato , avec quelques-uns des nôtres ; pour moi , je n'o^ quitter Zorayde , qui s'était évanouie dans mes bras. Ils s'y prirent avec tant d'adresse que nous les vhnes descendre un moipàit après avec Agi Morato, qui avait les mains liées et un mouchoir sur la bouche , le menaçant de le tuer s'il poussait le moindre cri. Quand sa fille l'aperçut , elle mit sa main sur ses yeux pour ne le pas voir, et lui, resta interdit, ne sachant pas que sa volonté seule l'avait mise entre nos mains ^ Mais, les moments étant précieux , nous nous jetâmes en diligence dans la barque , où les autres nous attendaient , craignant déjà qu'il ne nous fût arrivé quelque malheur. 11 était à peine deux heures de nuit quand nous nous trouvâmes tous réunis dans la barque.* Alors, on délia les mains d'Agi Morato , on lui ôta le mouchoir de dessus la bouche , mais le renégat lui renouvela la menace de le tuer s'il disait un seul mot. Mais , à la vue de sa fille, il se mit à soupirer tendrement , surtout quand il remarqua que je la tenais étroitement embrassée , et qu'elle restait calme , sans se défendre ni se plaindre; toutefois, craignant les menaces du renégat^ il n'osait parler. Cependant, Zorayde, se voyant dans
1 En nuestras manot; mat enfonces siendo mas neceisarios los pies. Toqj^irs lies jeux de mots.