PARTIE 1. CHAPITRE XLl
la barque et qu'on se mettait en devoir de ramer, souffrant de voir son père et les autres Maures attachés , pria le renégat de me demander la liberté de son père, et que Ton déliât les Maures, ajoutant qu'elle se jetterait plutôt à là mer que dé voir emmener captif .et à cause d'elle un père qui la chérissait si tendrement. Le ren^t me communiqua cette prière : j'y souscrivis de. bon cœur ; mais il m'observa qu'il n'était pas encore temps, parceque, si nous les relâchions dans cet endroit , ils appelleraient au secours , ameateraient les gens de la ville , qui nous donneraient b chasse avec quelque bâtiment léger , de manière que nous ne pourrions éviter d'être pris ; que tout ce que nous pouvions frire était de leur rendre la liberté quand nous serions arrivés à la première terre des chrétiens. Nous nous rangeâmes à cet avis , et Zorayde elle-même s'y soumit aussitôt. qu'dle fiit instruite de nos raisons. Ainsi donc, nos braves rameurs mirent la main à l'oeuvre en silence et pleins de joie, se recraamandjmt à Dieu de tout leur cœur , et nous nous dirigeâmes vers l'fle de Mayorque , le premier pays chrétien. Mais, la tramontane ^ ayant légèrement soufflé et la mer étant un peu agitée, il ne nous fiit pas possible de suivre cette route, et nous nous vîmes portés en longeant la côte vers Oran, â notre grand regret , craignant d^ètre aperçus de Sargel , qui ^st sur cette côte tout au. plus à soixante milles d'Alger. Nous redoutions aussi de rencontrer dans ces parages quelque galère de odles qui reviennent de charger â Tetuan : cependant , chacun de nous était bien résolu, si nous rencontrions quelque bâthnent chargé de marchandises, et non ^rmé en course , nohseul(»nent de ne pas se laisser prendre, mais, au contraire, de nous emparer de ce bâtiment , qui nous servirait â terminer notre voyage avec beaucoup plus de sécurité.
Pendant que nous yc^uions, Zorayde avait sa tète dans mes mains pour ne pas voir son père, et j'entendais qu'elle invoquait Léla Marien. Nous avions bien fait trente milles quand le jour nous prit à trois portées d'arquebuse de la terre. Elle
• Le vent du nord.
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nous parut déserte, et nous n'aperçûmes personne qui pût noas découvrir. Cependant nous fimes force de rames pour gagner un peu plus au large, la mer étant agitée, et deux lieues plus loin les matelots eurent ordre.de ramer chacun leur tour, tandis que nous prendrions quelque nourriture : car la barque était bien pourvue. Mais les ranoeurs nous dirent qu'il n'était pas temps de se reposer; que ceux qui ne ramaient pas^pou-
vaient s'occuper de ce soin , mais que pour eux ils. ne voulaioit pas quitter la manœuvre. Il se leva bientôt un bon vent ^ qui ' nous obligea de tendre la voile et de laisser Faviron, toujours dans la direction d'Oran , puisque nous ne pouvions pas tenir une autre route. Les manœuvres s'exécutaient avec promptitude : la voile nous faisait courir huit milles à l'heure, sans autre crainte que celle de rencontrer qudque bâtiment armé en course. Nous donnâmes à mangejr aux Maures ^..Le renégat les. consolait, en leur disant qu'ils. n'étaient point captif, et qu'on, les mettrait en liberté à la première occasion. 11 en dit autant au père de Zorayde , mais celui-ci répcmdit : Je pourrais , chrétiens, croire toute autre chose et l'espérer de votre libéralité; mais la liberté , nç me croyez pas assez simple pour l'attendre : vous ne vous êtes pas exposés à un si grand péril pour me l'ôter avec l'intention de me la rendre si généreusement , sachant surtout qui je suis et ce que vous pouvez gagner à me la faire recouvrer. Si vous voulez fixer un prix à ma rançon , je vous offre, dès ce moment , tout ce que vous exigerez pour moi et pour ma malheureuse fille, ou même pour elle seule, qui est la meilleure et la plus grande partie de mon ame. En disant ces mots, il se mit à pleurer si amèrement qu'il nous émut tous de compassion. Zorayde ne put se contraindre, et, le voyant en cet état, elle se sentit si émue, qu'elle courut l'embrasser, colla son visage contre le sien, et tous deux confondirent leurs larmes avec tant de tendresse que beaucoup d'entre nous ne purent
» ytento largo.
« Los Moros bagarinos, ou bogarinos. On appelait ainsi les Maures employés jtura bogar, c'c8t-à-(liie à ramer.