‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 236 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XLIV

danger. La princesse la lui accorda de bonne grâce; et lui, tout aussitôt embrasse son écu, met Tépée à la main, et court à la porte de ThôteUerie , où les deux hôtes continuaient de battre le tavernier. Mais, tout à coup, il s'arrête et reste immobile, malgré les cris de Maritorne et de Fhôtesse qui lui demandent ce qui Fempèche de leur donner du secours. Je m'arrête, répond Don Quijote, parcequ'U ne m'est* pas permis dé me mesurer avec desécuyers ; mais appelez Sancho, mon écuyer : c'est à lui qu'appartient cette défense. Cette scène se passait à la porte de l'hôtellerie, où les coups de poing et les gonrmades pleuvaient sur lé malheureux hôtelier, au grand désespoir de Maritorne, de l'hôtesse et de sa fille, qui se désespéraient de la couardise de Don Quijote, et des coupsque recevait. le mattre de la maison.

Mais laissons-le là pour u^ moment : il ne mancpiera pas de gens pour le secourir, sinon apprenne à se taire celui qui veut entreprendre au delà de ses forces. Retournons à cinquante pa» de là : et sachons ce que répond don Louis à l'auditeur, qui loi demande la cause de son voyage, sous un vêtement aussf ignoble. Le jeune homme lui serre fortement les mains , comme pour montrer tout son saisissement; puis, versant un torrent de larmes, il lui dit : Seigneur, je ne puis vous répondre autre chose, sinon que depuis l'instant où le ciel et notre voisinage ont permis que je visse dona Clara, votre fille, je la fis souveraine de ma volonté; et, si la vôtre, ô mon père! ne s'y oppose, elle sera dès aujourd'hui mon épouse. C'est pour elle que j'ai quitté la maison de mon père, que j'ai pris ce déguisement afin de la suivre en tous lieux, comme la flèche cherche le but et le marin son étoile. Elle ne sait de mon amour que ce qu'ont pu lui en apprendre mes larmes. Vous connaissez, seigneur, la noblesse et la fortune de mes parents, vous savez que je suis leur unique héritier : si ces titres vous paraissent suffisants pour consentir à faire mon bonheur, acceptez-moi promptement peur votre fils. Si mon père, t>réoccûpé de quelque autre dessein sur moi, ne sait pas apprécier le bien que je me serai procuré, le

temps est plus puissant que b volonté des hommes pour changer ks choses. Le jeune amoureux se tut , et rauditeur, surpris , resta tout interdit de Tavoir entendu, admirant les teihaies modestes et sages dont s'était servi don Louis pour lui découvrir ses sentiments, et ne sachant quel parti pr^dre dans une circonstance aussi imprévue. D se contenta donc de lui répondre de se tranquilliser ;*d'obtenir des gens de s<m père de ne point remmener ce jour-là, afin d'aviser aux moyens d'arranger les choses pour le mieux. Don Louis lui baisa les mains, les arrosa de ses larmes, ce qui eût attendri des cosurs de marbre, à plus forte raison cdui de Fauditeur, homme prudent et si^, qui avait reconnu combien ce mariage offrait d'avantages à sa fille. Mais il eût fort désiré obtenir le consenteuftnt du père de don Louis, qu'il savait avoir Tintention d'obtenir uh titre pour scmfils. « . .

CepmdaOnt les hôtes avaient fait la paix avec le tavemier et Tavaientpayé, plus par les conseils de Don Qu^ote que par ses menaces. Les valets de don Louis attendaient la fin de la c<mférence de l'auditeur et la résolution de leur maître, qtfànd le diable, gui ne s'endort pas, fit entrer dans rhôtellerie lé barbier à qui Don Quijote avait pris l'armet de Mambrin, et*Sancho Pança le harnais de son àné, qu'il troqua contre le sien. Le barbier, menant sa bête à l'écurie, voit Sancfao qui accœnmodc quelque chose à ce bât ; il le reconnaît sur-le-champ, se jette sur Sancho et lui dit : Ah! je vous tiens, don larron; rendezHuoi tout-à-l'heure mon bassin et mon bât, avec tous mes harnais qde vous m'avez volés. Sancho, se voyant attaqué à l'improviste , et chargé d'injures, retient le bât d'une main, et de l'autre donne au barbier un coup de poing qui lui met toutes les dents en sang. Celui-ci ne lâche pas prise, et se met à crier si haut que tous les gens de l'hôtellerie accourent au bruit. Justice, dit-injustice au nom du roi ! Ce larron, ce voleur de grands-chemins, m'a pris mon bien , et il veut m'assassiner. Tu en as menti , répond Sancho; je ne suis point un voleur de grands chemins : c'est de i)oune guerre que mon maître a gagné ces dépouilles. Don Qui-

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