‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 239 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XLV. 4t · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XLV. 4t

bier, mais en est aussi loin que lé blanc Test dii noir, la vérité du mensonge : j'sjoûte que c'est un armet, mais qui n'est pas entier. Non, certes, dit Don Quijote, il en manque la moitié qui est la mentonnière. C'est la vérité^ dit le curé, qui avait aisé- .ment saisi Tintention de maître Nicolas. Cardenio, don Fernand et ses conq)agnons fureut du même avis, et l'auditeur, sans doute, l'eût aussi confirmé, s'il n'eût été tout occupé de l'afPaire de don Louis, ce qui lui taisait prêter peu on point d'attention à toutes ces plaisanteries. Dieu me soit en aide! s'écrie le barbier doit on se moquajt ; est-il possible que tant d'honnêtes gens disent cpie cec'^ est un armet et non un bassinP II y aurait de cpioi étonner la plus savante université. IMais, si le bassin est un ârmet , le bât, sans douté, sera un harnais de cheval, comme l'a dît cet antre. A moi, il me paraît un bât, dit Don Quijote; mais je vous ai déjà dit que je ne m'en mêlais point. S'il est bât ou harnais , c'eét au seigneur Don Quijote à prononcer là-dessus, reprend le curé; en fût de chevalerie, nous déclarons, tous tant que nous sommes, que nous lui cédons l'avantage. Par Dieu, seigneurs, répond ce dernier, il m'est arrivé de si étrange^ aventures dans ce château, en deux fois que j'y ai logé, que je n'ose décider afinrmativement de rien de ce qui peut s'y rencontrer ; je suis persuadé que tout s'y fait par enchantement. La première fois, je fus fort travaillé par un Maure enchanté qui s'y trouvait , et Sancho ne fut ^èrç mieux traité par des gens de sa séquelle; cette nuit, je me suis vu suspendu par le bras, pendant près de deux heures, sans savoir comment, ni ce qui a pu m'attirer cette disgrâce. Ainsi^ m'exposer à donner mon avis, sur des choses aussi confuse», serait, porter un jugement téméraire. Je vou? ai déjà dit mon opinion sur l'armet ; mais je ne me hasarderai point à décider si ceci est un bât ou un harnais : je m'en rapporte, seigneurs, à votre jugement. Peut-être, n'étant pas armés chevaliers comme moi, les enchantements seront-ils sans pouvoir sur vous : vous aurez l'esprit libre, et pourrez juger sainement de ce qui se passe dans ce château, les choses seront pour vous ce' qu'elles

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sont réeUement, et non telles qu'dles me paraissent 11 n'y a point de doute à cela y dit; don Fernand : comme Tobserve très judicieusement le seigneur Dùa Quijote, c'est à nous qu'appartient la décision de cette affaire; pour procéder avec plus de sûreté, je vais recueillir secrètement les voix de chacun de nous, et je ferai connaître religieusement le résultat Cette scène était un grand sujet de divertissement pour ceux qui connaissaient lliumeur de Don Quijote; mais les personnes qui n^étaient point initiées, n*y voyaient que la pli^s grande absurdité du monde, entre autres les quatre domestiques de ^n Louis, don Louis lui-même, et trois nouveaux venus quf paraissaient être des archers, et qui Tétaient en effet. Le barbier seul se désespérait de voir, sous ses yeux, son bassin devenu armet de Mambrin^ et de penser que, sans doute, le bât allait devenir un riche harnais de êheval. Les uns et les autres riaiait de voir don Fernand recueillir les voix et parler à ToreiUe de chacun, afin que Ton pût prononcer en secret si l'bbjet de ce grand difiGérend était un bât ou un harnais. Enfin, ayant consulté tous ceux qui connaissaient Don Quijote, il dit à haute voix : Bon homme, je suis las de recueillir tant d'opinions, je ne consulte personne qui ne me réponde que c'est folie d'appeler ceci un bât d'âne, tandis que c'est vérita))lement un harnais de cheval, et même de cheval de bonne race ^ : ainsi, prenez patience; car, en dépit de votre âne et de vous, ceci est un harnais et non un bât. Voas avez mal contesté et mal fourni yos preuves. Que je -n'aie jpmais ma part^du ciel, s'écria le pauvre barbier, si toutes vos seigneuries ne se trompent , et qu'ainsi paraisse mon ame devant Dieu , comme il me parait que voici un bât et non un harnais ! Mais ainsi vont les lois.... Je n'en dis pas davantage. U est pourtant bien sûr que je ne suis pas ivre, car ie n'ai point encore déjeûné , si ce n'est dé péché. Les naïvetés du barbier ne prêtaient pas moins à rire que les folies de Don Quijote, qui se mit â dire : Il ne reste plus rien à faire, sinon que chacun reprenne ce qui lui appartient. Ce que Dieu a donné, que saint Pierre le bénisse.

> Castizo.

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