‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 35 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE VUI · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE VUI

plaindre qfland tous avez du mal. Pour moi, je dois dire que je mé 'plaindrais du plus petit ;^ moins que la défense ne s'entende des écuyersdes chevaliers errants, aussi bien que de leurs maîtres. Don Quijote ne put s'empêcher de rire de la sùnplicité de sou écuyer, et l'assura qu'il polirrait se plaiodi^ quand et cranme il le voudrait, qu'il'eo eût sujet ou non, qu'il n'avait encore rîea lu de contraire ^ cela dans les livres de chevalerie. Sauclio observa alors-qu'il était heure de manger. Son maître repartit qu'il n'en sentait pas le besoin i>our le moment , mais . qu'il .mange&t quand it en aurait envie.' Avec cette permission, Sancho s'àccomoioda le mi^x qu'il put sur son àne , et , tirant du bissac ce qu'il avait apport^ il allait ipangeant tout à son aise derrière son maître , levant de temps en temps sa gourde avec tant de plaisir, qu'il eût donné envie au plus avide buveur de Mal^a '. Pendant qu'il allait ainsi pressant les coups, il ne se souvenait plus des promesses de son maître, et, loin de trouver le ibétief pénible, il regardait comme un vrai délassement la recherche des aventures, quelque pérîHeuses qu'elles fussent. Ils passèrent la nuit sous des art>res. Don Quijote en airacha - une branche sèche, assez forte pour lui servir de lance, et il y .^mit le fer qu'il avait .â|A de l'autre. Toute cefte nuit ilnedor-

*^^|^<^t pas ; il soi^eait S Dulcinée, pour uniter Ce qu'il avait lu dans ses livres, où les chevaline ,' passant de nombreuses nuits

ï- danslesforëtsetdanslesdéserts, s'oilfetiennent du souvenir de leurs dames. Sancbo ne la passa pas ainsi. ComnJe il avait l'estomac plein de quelque chose de mieux que l'eau de 4^çbrée , il ne fit qu'un siMome; et lesrayms du sbleil qui ft'aïqniaU sa fi^rure n'auraient pas'SufH pour l'éveiller, non (dus que le chant des nambreux oiaeanx qui;salualent gaiement la naiS' sauce dujour, si son maître ne l'avait appelë. En se levant,'il donna ime atteûtte à son outa%, et la trouva moins tendue que le seir précédent; il s'en affligea an. feod du cœur, car il lui parut qu'ils ne prenaient pas le chemfai d'y porter remède de^ sitât. Pour DoDÛutJDte, il avait assez, pour se soutenir, de ses

■ £1 mm régamiû bodifonero it Hfalaga.

6i DON QUIJOTE.

savoureuses pensées, etiï ne voidut point déjeHner.lls reprirent le chemin duPôrt Làpice, qu'ils découvrirent après trois heures de marche. Cest ici, ami Sancho, s'écria Don Qui^jôtè, que nous pouvons mettre le I^as jusqu'au coude dans ce qu'on appelle aventures. Mais garde-toi de mettre la main à tcm'épée pour me défendre, quand tu me verrais dans le phis grand péril du monde , à moins que je ne fosse attaqué par de la canaille; dans ce cas, tu peux bien me secourir : contre -des chevaliers, cela ne t'est aucunement permis par les lois de là cheval^ie, jusqu'à ce que tu sois armé chevalier. Tenez- vous pour certain, «eigneur, d'être bien obéi en cela, d'autant plus que je $uis, de mon naturel, fort padfique, et fort éloigné de me mêler dans les dispûtes et querelles. Il est vrai que s'il s'agit de défendre ma per> sonne, je ne tiendrai pas grand compte de vos lois, puisque toutes les lois divines et humaines permettent à chacun d^ se défendre- contre qui l'attaque. D'accord, dit Don Quijote; mais, quant à me secourir contre des chevaliers, il faut mettre '-un frein à ton impétuosité naturelle. J'ai dit que je le ferais, répartît Sancho, j'observerai ce précepte aussi fidèlement que le dimanche.

En s'entretenàrit ainsi , ils virent v^fr vers eux , montés sur des dromadaires, leurs mules en avaient bien la taille, deux religieux de Tordre de Saint-Benoit, avec leurs parasols et des lunettes de voyage. Derrière eux était un coche, afvec quatre ou cinq cavaliers pour l'accompagner, et deux valets de mules à pied, n y avait dam le coche , à ce qu'on a su depuis , une dame de Biscaye, qui allsut trouver son mari à SéviUe, d'ob il devait passer dans les Indes avec un emploi considérable. Les religieux n'allaient pas avec eUe, mai^ ils suivaient le mémie chemin. ^ peine Dcm Quijoté les eut41 aperçus, qu'il dit à son écùyer : Je suis bien trompé, ou voici la plus fameuse aventure qui se soit jamais vue : ces fantémes noirs qui paraissent là-bas doivent être, et sont sans nul doute des enchanteurs qui emmènent dans ce coche quelque princesse qu'ils ont enlevée; je dois employer tout mon pouvoir à réparer ce tort. Ceci , dit Sancho,

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