‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 36 sur 278 · PARTIE 1. CHAPITRE Vlll · texte numérisé non relu

PARTIE 1. CHAPITRE Vlll

sera pis -que les moulins à vent : observez que ce sont là des frères de Saint-Benoît, et ce coche est su» doute à des voyageurs; regardez bien à ce que vous allez faire, et que le diaUe ne vous induise pas en erreur. Je t'ai déjà dit, Sancbo, reprit Don Quijote, que tu sais peu de choses en fait d'aventures ; ce que je te dis est certain, et tu le verras tout à Theure. 11 dit, s'avance et se place au milieu du chemin que suivaient les moines ; quand ilies jugea assez rapprochés de lui pour Tent^dre : Race^endiablée, 4eur cria-t41, mettez sur-le-champ en liberté les hantes princesses que vous emmenez contre leur volonté dans ce coche ; sinon prépareas-vous à recevoir «ne prompte mort en punition de vos mauvaises actions. Les frères arrêtèrent leurs mules, ^ non moins surpris de T^ange figure de Don Quijote que de ce discours : Seigneur chevalier, répondirentils, nous ne sommes point gens endiablés', mais bien des religieux de Saint-Benott, qui suivons notre chemin sans savoir s'il y a ou non dans ce coche des princesses qu'on enlève. Je ne me paye pas de belles paroles, dit Don Quijote, je vous connais bien, canaillcnnaiidit^ et paqure. Sans attendre d'autre réponse, il pique Rossinante, et, la lance baissée, court contre un des religieux avec taiH de furie que, si le moine ne se fût promptement jeté à terre, il l'y aurait renversé malgré lui, dangereusement blessé, ou peut-être mort : l'autre religieux, voyant son compagnon traité de la sorte, donne des deux à samule,€t j^ipend sa course dans, la camps^e, plus vite que le vent. SMÉMiib nie vit pas plutôt le religieux à tehre , qu'il descendît proiil|^lement de dessus* son âne, accourut et se mit en devoir de le dépouiller; maïs les deux valets, 'qui suivaient les moines, étaient arrivés , et lui dopandèrent pourqnoMl le mettait ainsi nu. Gda m'appartient légitimement , dît Saneho* comme étant les dépouilles de la bataille que Don Quijote mon maître vient de gagner. IjCS valets, qui ite plaisantaient pas et n'entendaient point les mots de dépouilles^, et de bataille, voyant d'ailleurs Don Quijote assez loin, en conversation avec les persoimes de la voiture , se jetèrent sur Saneho, le renversèrent , le

routreni de coups , et sans épargner un poil de sa barbe, le bàS' gèrent là privé de sentiment. Cependant ft bénédictin remonte promptement sur sa mule , et sans s'arrêter un instant , court pâle et tremblant àprËs son compagnon qui , assez loin de là , Vêtait arrêté pour l'attendre; puis, sans se soucier de connaître la fin de l'aventure , tous deux poursuivirent leur route , taisant plus de signes de croix que s'ils avaient eu le diable à leurs trousses.

Don Quijote était, comme noasl'avons dit, en convenatioa avec la dame du coche , et lui disait: Votre beauté., madame, peut, taire désormais de sa personne tout ce qu'il lui plaira ; mon bras vient de châtier l'audace de vos ravisseurs;et^pour que vous ne soyez pas en peine du nom de votre libérateur, sachez que je m'appelle Don Çiuijote de la Manche, chevalier errant , l'esclave de la belle et incomparable Dulcinée du Toboso. Pour pris du service que vous avez reçu de moi, je ne vous demande antre chose que de vous rendre au Toboso , de vous présenter de ma part devant cette dame, et de lui apprendre ce que j'ai fait pour votre liberté. Utf écuyer biscayen, de eeuï qni acctHupagnaient le coche, écoutait ce que disait Don Quijote : comme U vit qu'il ne voulait pas laisser passer le coche, et qu'il s'opiniatrail a lui faire prendre la roule duToboso/ils'approcha de lui, le tira par sa lance , et lui dit en mauvais castillan m^ de biscayen pire encore : Va-t'en, chevalier, tu t'égares; pu Bien qui m'a créé , si tu ne laisses le coche , je tctuecuma suis Biscayen. Don Quijote l'entendit bien, et lui répoodit vement : Chétîve créature, si luélais chevalier, GomiBelu l'es pas , j'aurais déjà clifltié ta folie et Ion iawlenco. Je ne pas chcvalierP repartit le Biscayen; je jure Meu. butant que l'ait fait jamais aucuu lance et tires l'épce, je (e ferai Biscayen sur terre, et tu mens si lu àf&-

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