‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 56 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XIII

ordonnées contre la raison : César Auguste n'en eût-il pas manqué s'il avait souffert qu'on exécutât ce que le divin Mantouan ordonnait par sont estament ^? Ainsi, seigneur Ambrosio^ si vous rendez à la terre le corps de votre ami, ne livrez point ses écrits à Voubli. Ce qu'il ordonna dans sa douleur, il y aurait indiscrétion à l'accomplir; en donnant la vie à ces vers, éternisez la cruauté de Marcelle, pour servir d'exemple aux hommes à venir, afin qu'ils se gardent de tomber dans de semblanles précipices. Pour nous qui savons l'histoire de votre ami, son amour et son désespoir, nous connaissons votre attachement pour lui, la cause de son trépas , et ce qu'il a ordonné en mourant; cette lamentable histobe fait assez juger quelle fut la cruauté de Marcelle, ramonr du berger, la fidélité de votre amitié , et quelle fin doivent attendre ceux qui courent sans retenue dans la route qu'-un amour délirant offre à leurs yeux. Nous apprîmes hier au soir la mort de Chrysûstôme , et qu'on le devait enterrer en ce lieu ; la compassion et la curiosité nmis firent détourner de notre chemin pour voir de nos propres yeux ce qui nous avait tant émus à l'entendre. En récompense de notre sensibilité et du désir que nous aurions de soulager vos maux si nous le pouvions, nous vous supplions , fidèle Ambrosio , du moins je vous conjur/e pour ma part , de ne point brûler ces papiers, mais de m'en laisser emporter quelques-uns; et sans attendre la réponse du berger, il étendit la main, et prit les papiers les plus proches. Je veux bien consentir, dit Ambrosio, à vous laisser ceux que vous avez pris ; mais , pour le reste, on espérerait en vain m'empècher de le brûler. Vivalde, impatient de voir ce que CQntenaient les cahiers, en ouvrit un aui^itôt, et vit qu'il avait pour titre CJiant désespéré* C'est,' dit Ambrosio, le dernier ouvrage de l'infortuné; et afin que vous vojiez, seigneur, en quel état l'avaient réjduît ses malheurs, lisez-le, je vous prie, de jmanière à être eïitendu, vous en aurez bien le temps avant qu'on ait creusé la sépul-

* Virgile , qui avait ordonné q[a'on brûlât son Éoéida^

lure. Je le veux de bon cœur, dît Vivalde ; et tous les assistants qui partageaient son désir s*étant rangés autour de lui, il lut ce qui suit :

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