CHANT DE CHRYSOSTOME
Puisque tn veux, cruelle , que tes rigueurs impitoyables se répandent de bouche en bouche et soient connues de jous , puisse Fenfer lui-même prêter à mon tris^ cœur un accent douloureux qui dénature jusqu'à ma voix.
Cette Yoix lamentable fera entendre des sons en harmonie avec ma doubleur et tes cruautés , et avec eux jailliront confondus les lambeaux de ce misérable cœur.
Écoute donc, pré^une oreille attentive , non aux sons mesurés, mais aux éclats confus, qu'un délire furieux arrache pour ton désespoir et mon
soulagement du fond de mon cœur déchiré.
Le rugissement du lion « le hurlement effrayant du loup féroce, le sifflement plein d'horreur du serpent, le cri hideux du 'monstre le plus épouvantable, le croassement sinistre ie la corneille , le fracas des vents heurtés sur une mer en fureur :
Le mugissement désespéré du taureau vaincu, l'accent plaintif de la* tourterelle abandonnée, la voix lugubre de l'oiseau de nuit, les sanglots de toute la troupe infernale s'échappent avec mon ame gémissante , et finissent en un son inconnu , écho de toutes mes douleurs ; la torture dont je me sens dévoré a besoin d'une langue nouvelle pour se faire comprendre.
Les sables du Tage, les oliviers du Bétis, n'auront jamais frémi d'un si horrible concert ; là le cri de mes douleurs pénétrera les rochers et les cavernes. Il y retentira vivant encore, quand la voix sera déjà éteinte et morte; il parcourra les vallées, les plages nues que l'homme n'a jamais habitées , les lieux que le soleil n'éclaire jamais de sa lumière ; il se fera entendre au milieu des bêtes sauvages dont le désert recèle les poisons. Et s
■ Les vers espagnols >de ce chant sont en décasyllabes, par stances de seize vers, et à rimes croisées d'une manière particulière. Ils sont au nombre de cent trentetrois. Duhournial a jugé convenable de les supprimer ; et en général , il a tronqué tout cet épisode de MarceIIe%.âe manière à le rendre méconnaissable.