‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 58 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XIV

les échos répètent aa sein des déserts le bruit âe les rigueurs , le monde entier aura été ayerli de mes infortunes.

Le mépris tue, le soupçon vrai ou faux lasse la constance. La jalousie fait mourir avec plus de douleur. La longueur de l'absence trouble la yie ^ Tespoir du bonheur ne garantit pas contre la crainte de Toubli. Tout porte arec soi une cause inévitable de mort, et moi, jaloux, absent, dédaigné, convaincu de mon malheur, je vî!^ par un miracle inouï. Au sein de ces dédains, de ces tourments où s'alimônte mon ardeur, je n'ai jamais entrevu la moindre lueur d'espérance, je n'ai pas cherché à l'obtenir, j'y renonce à ja^ mais pour ne pas cesser mes plaintes^

Peut-on au même instant craindre et espérer, pu faut-il rester dans le ' doute, quand les causes de crainte sont le plus certaines? Si la jalousie se tient là devant moi , puis-je fermer les yeux pour ne pas la voir se faire jour dans l'ame par mille blessures ouvertes? Qui repoussera la défiance, quand se montrent à découvert les mépris ; et le soupçon, amer changement, converti en certitude ; et la vérité devenye mensonge? 0 jalousie, cruel tyran de l'empire d'amour, mets un fer en mes maips ; dédains , fournissez-moi ( una soga,une corde) l'arme qui donne la mort! iMais, malheureux que je suis, la victoire quavous remportez sur la souffrance est trop cruelle.

Je meurs enfin , et pour que la mort me soit aussi funeste que la vie , je persiste dans mon délire. Je dirai que l'amour est sagesse, et que l'ame la plus Soumise à la tyrannie de l'amour est la plus libre. Je dirai que ma constante ennemie possède une ame aussi belle que son corps , que le mépris qu'elle a pour moi n'est dû qu'à ma faute , et que l'amour affermit sor empire.par les maux qu'il nous fait. Dans cette opinion , et armé du lien fatal, je hâterai la misérable fin à laquelle me conduisent ses dédains , et j'offrirai aux vents mon corps et mon ame sans attendre d'autre récompense de l'avenir.

Toi qui fais éclater avec tant d'injustice la raison qui me porte à mettre fin à la vie que je déteste, tu rois si la plaie profonde de mon cœur te prouve assez la joie avec laquelle je m'offre à ta rigueur. Si tu viens à re- C(mnattre que la sérénité de tes beaux yeux peut être troublée par ma mort ^ cherche à t'en défendre ; je ne veux pas que tu récompenses ce don que je te fais de mes derniers soupirs. Fais voir au contraire que ma fin fut une fête pour toi. Mais n'est-ce pas à moi trop de simplicité de t'en prévenir? Je sais que tu mets ta gloire à voir finir promptement ma vie. :

Vienne maintenant du plus profond de l'abtme, Tantale airec sa soif, Sisyphe sous le poids terrible de son rocher ; que Titye se montre avec tson vautour, Ixion avec sa roue, viennent les sœurs coi^damnées à un travail sans fin, que leurs gémissements se réunissent, et qu'ils chantent tout bas de tristes obsèques (s'il en est dû à celui qui meiiit -désespéré) à l'infortuné qui ne peut même obtenir un linceul : que le ppitier infernal, accompagné de mille motfistres fantastiques, fasse sortir d<;^«a triple gueule un accord

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funèbre, la mort d'un amant méprisé ne me parait pas mériter d*aulre pompe.

Chant de désespoir, ne cesse de faire entendre de douloureuses plaintes , et lorsque la cause qui te fit naître augmente son bonheur de mon infortune , ne porte pas la tristesse jusqu*au sein du tombeau.

Les assistants parurent approuver ces vers de Ghrysostôme; cependant Vivalde observa que ces soupçons et ces jalousies s^accordaient mal avec ce quil avait entendu dire de la sagesse et de la bonne réputation de Marcelle; Ambrosio, qui avait connu jusqu'au! plus secrètes pensées de son ami , lui dit : Ilfaut que vous sachiez, seigneur, pour sortir de ce doute, que quand ce malheureux composa ces vers, il n'était pas auprès de Marcelle dont il s'était éloigné pour voir si Tabsence ferait sur lui son effet ordinaire; et comme îln^y a ploint de soucis qui n'assiègent Famant éloigné de ce qu'il aime, point de craintes qui ne l'atteignent , il se tourmenta de mille soupçons sans fondement qu'il tenait; pour véritables : ainsi ses plaintes et ses reproches ne sauraient porter atteinte à la vertu de Marcelle, à qui, à part sa fierté, ses dédains et sa cruauté /l'envie ne saurait reprocher aucune faiblesse. Vivalde fut satisfait de la réponse, et il se préparait à lire un autre papier quand il eh fut empêché par une merveilleuse apparition, ainsi peut -on appeler l'objet qui s'offrit tout à coup à leurs yeux. G était Marcelle elle-mtaie, plus belle encore que la renommée ne le publiait, qui parut sur le sommet de la roche au pied de laquelle on creusait la sépulture. Ceux qui ne l'avaient jamais vue la regardaient en silence avec admiration, et ceux qui étaient accoutumés à la voir l'admiraient comme s'ils' là voyaient pour la première fois. A peine Ambrosio l'eut aperçue, qu'il lui dit avec indignation : Tu viens voir sans doute, monstre le plus dangereux de cjes montagnes % si les plaies du malheureux que ta cruauté met dans le tombeau saigneront en ta présence ? Viens -tu te glorifier

' 0 flero ba^ilico destas monta/las.

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