‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 86 sur 278 · PARTIE i: GHi4>tTRE XX · texte numérisé non relu

PARTIE i: GHi4>tTRE XX

point cont^ d'autre façon^ trouvez bon que jon'aille pas établir de nouvelles cijutumes. Conte donc conj^e tu voudras, dit Don Quijote; puisque Iç sort veut queje t'entende, poursuis : Ainsi mon cher maître, continua $ancho, conune je l'ait dit , ce berger éta^t aipourçux de la bergère Torralba, qui était uile grCtsse fille toute ronde',' revÉche , et qui t«iait ui^ peu de l'homme , car elle avait des moustaches. Il me semble que je la vois encore. L'as-tu donc connue? demanda Don (Quijote. Nod, seigneur, répondit Sancbo; mais celui de qui je tiens*tê conte, m^a dit qu'il était si vtài , que , quand je le ferais âd'autrêii , je pouvais affirmer et jurer que j'avais tout vu. De manière donc que, les jours allant et venant, le diable'qui ne dort point, et qui brouille tout, fit en sorte que l'amour du berger se changea en ioiinitlê et mauvais vouloir. La cause en fut, selon Rs mauvaises lai^ies, une boîme quantité de petites jalousies que la Torralba lui. donnait, lesquelles passaient la raillerie, et aliaieut jusqu'au délvDdu. Dis lors, la haine du berger s'accrut si bien, que , pour ne la jamais v(nr,'il résolut de s'en aller si loin, que se^yeux ne pussent jamais la rencontrer. Torralba,. se voyant méprisée de Lopès Ruys , J'aima a,uasit6t plus qu'elle n'iVait jam^ fait: Voi|à bien le naturel des femmes! dit Don Qqijote; elles méprisent qui les aime, et aiment qui les hait. Poursuis, Sancho. H arriva donc , continua Sancho , que le berger accomplit soif prqjef, et touchant ses chëvre's défaut lui, s'achemina> paf les çhamp&del'&itranl&dure, pour gagner le royaume de T^ortqgil. La.TbrraU» , qui erï fut avo'tie, le suivit k pied , sans soàlietg, 'un>ourdon â la iqain, vji bissac à son cou, dans lequel il y avait , kxe qu'on dit ,' un morceau de miroir, un dâirw de ftAgHC/^'rJe K sais quelle p^e boite de fard. Ma»»: i)y avait ce qu'ilykvait, jenevaispasm'ibqnîétermaîntaïunt df le vérifier. Je voas ^r^ sfeulement que le bei^r, avec «m in^u peau de chfefrn , 'Oniijit surle bord du Giiaâiana , gros»! taufi et iirët àswtirdeÀplit: dansVendroitobsetniuvatr i' un g», il n'y avait iUhi;, dî bateau, ni perstsme puu-' b; (Maivlui et son troapeâa. D s'en affligeait beaocoup , Lparunin i m-i.

W4^ DONiQlJIJbfE.

tait'la Torralba déjà bîea))rès, et qiJ^Oe allait ^importuner par ses prières et par sesjarmes. Enfin, il regar(^ si J)ien, qu'il aperçut un pécheur ^vec unèateau, mais si petit qu'il ne pouvait contenir (pi'un homme et une chèvre. Cependant il fit'mar- * . ché^ve<?ce pécheur pour le passer lui et les^fcis ^nts^îhèwes qu'il conduisait. Le p^heur<entre donc dans lé'l^ateau, et passe une chèvre; il revient, en p^se une autre, il revient eacore et en passe uvSb troisième. Rappelez-vous bien, seigneur, le compte des chèvres que [fiissa le pêcheur; car, s'il vous en échappe seulement une ^ la ifiémôîre, le conte finira, et if ne sera plus possible d'en retrouver un seul mot. Je continue donc : le rivage de l'aùflre côté était glissant et plein âe boue, ^t le pécheur, perdait, beaucoup de temp&à aller et venir. Pouftant il revint prentire une autre chèvre, puis une .autre, piKs une autre encore. Eh ! mets qu'il les passa toiites/diî Don Quijijte, sans le faire aller et venir de cette manière : tu n'achèveras <Fun an, si tu continues. «Combien y en a-t-il de passées jbsqu'à présent? demanda Sancho.lEt quitliable le sait? répondit Don Quîjote. N^ voilà-t-il pas ce que j'avais dit? reprit Sancho\«je vous serais recommandé de bien compter, voilà mon conte achevé; il n'y a pas-moyen de passer outre/Compent cela? dit Don Quijote; est-il si nécessaire à ton histoire de savoir en détail le compte des chèvres qui sont passées., que, si l'on en manqve une, tu ne* puisses poursuivre? Je lie le pyis en 'aucune façon, seigneur, répondit Sîyaicho; Var^ au nlmi^nt oùje yous ai demandé combien il y avait de^chèvres poissées, et que vous m'avez répondu que vous n'çu savej rien , tout .ce qi^i me restait à dire est sortide mà-méçioire, e"t c'était chose (bft belle et de beaucoup d'agpément. Ai/isi; dit Don Quijotef l'histoire est nnre-? Finie comme ma mère, dit Sancho. En- vérité, continua le chevalier, tu m'as donné le plus étrangecorifte,^ ^le ou histoire que l'on puisse imiaginér; et cette manière de iconter et de terminer ne s'estjamais vue ^ et ne se'verra jamais. Au surplus je njat-

1 Çe burlescpie cooté h'jQjpartient pas à Cervantes; il est imité d'une histoire à

,, •**" PARTIE 1. T^HAPITRG Xît..

tendais guère autre chose de Io»'«spritr*)e Ç£ï(IA|^ point : sans doute ce bruit continuel ^a troublé la ccr\^t^|| peut être, répondit Sandio; mais, pour le tante, il o'y aritnjt ^{^ ajouter, il finit' toujours M où ^n maQi^ le cûmptc des ' • cliiRrés. Qu'jl fiojpp où îlpOHiTa,à la boane' heure, dit D6n ' Quijote, et voyons si Rossinante voudra ûiarctLËr. Il lui dcÂoe de nouveau des éperons, et le dicyal repvead $es bonds, et reste en place , tant Sancho l'avait tiien lié, . f ;.

■ Sur ces entrefaijes , soit qfte et fût un effet de la fr^ieur ■ . du matin, soit que. Sandio etft.mangAquetquértSiose de ^atif,-;*. oiipvu^etause toute nat)H'èlte,-ce quiq^plug^irobaU^il^ '■ sentit^es»é de fairecequ'un-autrene poAaîi faipemmr.Jdi; mais'il Vvaif,UDe si grande peur, mu'ini'o^ sVloi^ër tant ' soik4)eù> oeson maître. Pourtant^diEPécerde sf saitsfai|p . n'étut»^ possibles ceq^u'iU'flntlgiBadem}^ui*futil^ retirer Ta.. , ibain^roitedoQt îl^teQaitledernèreâelasejlé,,e^st)tfeiïiept et sqis bruit^*}! dnaqha Taigi^Uitt; unique qif ^rait ses «taahsËes, âfc. sorte «qg^fles lùi.tbi;|tb{T^t«fiir ^ talons, et , 1'enb^^aifijt'«oini{i£ s'iffl^ eu les fers aux ^I^k'U feleya eu- ' . sifi^ ^.yjleiEiseMu .miew qu'il put, et iaît.i l'air, ses deux fesse» {[Ul 'ii*étiiieKt. pas petites. Cela Fait, et'il peilsait que '\. f'^pAt lé plq^ essentiel pour sortir de ce cru^ embyras Jl Lui . eH^UBvmtun plusgFandeneore.cefutla peorde ne pouvoir /..changer de position sa» fttite de brifit , si bien qy'il coamença '' ■ 3^èfrerl^chKUs«t1es^u1eS| retenant son haleine tant qu'il *'^l«UTait ;'inaiâ, m^r^ tout^ ces préçauttODS, il fut si mal- 'hç'g^us qu'ir ^ put* s'empccber de faire un léger bruit, bien dt9Er(nt,de«etiiiquireflTàyait depuis si longtemps. Qu'en- ■ ' t«i^-je?dirifonCiiîjote, Quel es^ce bruit? Je ne sais, répon- ' dit Samiho^e'^tsaiisdoi;te quelque chose de nouveau, caries aveHturesouiqésavetitures ne conmaeucent jamais pour peu. U fit ensuite jiQe nouvelle tentative, et réussit si bien que sans

peu pré« temb^e qui te Itoutc dam tm rkocU de Cenio noitiia iceiir, publié i VeniM.enlJTl.

' L'i<spagiKil dit : un lugro it uHo, du noir de l'ongle.

►46* DONQUIJOTE.

ivijau bpuît > il âc; trouva*çlélÎYré du fardeau qui le gênait si tit&îhtf Don'QaUote n'avait pas le sens de Fodorat moins vif oeu^Me Tornef et Sancho était, si rapproché, et comme ma lift; que certaines vs^peurs montaient presque en ligne ite 'et .arjçîyèfent jusqu'en haut. A peîmven fut-il frappé, qM coynit au^emède, et se serrant le nez avec les doigts : Il nie^JenlUe , dit-il,. Sancho , qjae tu as grand'peur? Oui, répon- • dit l^pcUo f-ni^is, seigneur, pourquoi vous en apercçvez-vous à ■ci^teÂâire 'plutôt qu'auparavant? C'est, reprit le chevalier, ;qùV^teJ)eure^tu«sens^us fort qu'auparavant, et ce o'est pas ffSbre. délia peut être , dit Sancho, et ce n'£st pas ma fàutfV giais^iCellé dfe votre seigneurie qui me tient à une telle heure4l|u Qej'lieàx c(^e je^ne cpnnais point. Retire-toi à trois o^quatrè'Qas, mon ami , r^it Don; Quiiiote (sans cesser dç se presser Je 9ez),-et désorm^ obserye-toi ds^vantage, et*çe.que tu meilois; La tj^qp grande liUbrté (pie je te donnent cause (}e ce manqi^ç îde respect. Je#gage,4*épliqti^ Saqicho, que .vous vous iihagiiÂz que j'ai fait quelque «hosç qui i|^ se doit pas faire. Ilsul^fît, dit DonQuijote, laîssœpcfÂa^ Ils.p^sèrept lanuit en de semblables discours; Sancho, voyant que fe jour allait bientôt paraître , releva ses chausses et ^é^ tout doucement les^ambeâ de Rossinante. Aussitôt qu'il se sentit lilwe ^ il s'en montra joyaux, car quoique tout-à-fait modeste de son naturel, il commença à frapper du pied.; pour d^ courbetfes, avec sa permission , il n'en savait pas ftiire. Son maître s'ap«pcevant de ces mouvements , en augura bien^.et crut que c'était • le signal pour entreprendre cette épouvantable aventure. '

Cependant le jour achevait de paraître, et les oJ)jfets se»montraient distinctement. Don Quijote vit qu'il^étart au miKeuZde grands châtaigniers dont Fbmbrage épais avait reo^u la ntiit plus obscure ; le grand bruit continuait toujours, mais ilne découvrit point ce qui l'occasionnait. Sans plus attendre, il donna des éperons à Rossinante, et, s'adressant à son écuyer pour lui dire une seconde fois adieu, il lui ordonna, comme il avait déjà

Ul y a dans l'espagnol : peor es menecUlo , c'est encore pis de remuer cela.

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