‹ Histoire de douze ansChapitre 13 sur 67 · I.A LOI l)i; SLKETK Gl-i.MJi.VM · texte numérisé non relu

I.A LOI l)i; SLKETK Gl-i.MJi.VM

Le mot de cette comédie a été dit par M. Baroclic. Comme un de ses amis prolestait devant lui contre toutes ces rigueurs intempestives, il laissa échapper une parole qui mérite d'être recueillio: «Nous savons » bien que le parti républicain ne conspire pas; mais >. il reprend de l'importance, et cela suffit pour que )) nous nous croyions obligés de le frapper. »

Le rapport sur la loi de sûreté générale fut déposé par M. de Morny le 13 février. Le Corps législatif en exigea la lecture. ÎNl. de Morny avait, à ce qu'il paraît, insisté beaucoup pour être nommé membre de la commission et pour être chargé des fonctions de rapporteur. Esprit essentiellement conciliant, il essaya de l'aire de son rapport une sorte d'appel aux légitimistes et aux orléanistes qu'il invitait à se grouper autour de l'Empire pour combattre « les ennemis implacables de la société)), les socialistes. C'est contre, ces derniers qu'il invitait « les honnêtes gens » à se coaliser. M. de Morny avait la connaissance parfaite (les éléments dont se composait la Chambre ; il savait que les anciens partis y comptaient un grand nombre d'adhérents secrets ; la discussion qui avait eu lieu dans les bureaux avait laissé entrevoir de grandes difficultés. Il avait cru pouvoir triompher des* scrupules des uns et des répugnances des autres ; il n'avait réussi qu'à épaissir davantage les ténèbres qui paraissaient envelopper les intentions du gouvernement impérial.

La discussion révéla l'existence d'une opposition qui jusque-là ne s'était pas manifestée. Elle se composait d'hommes qui avaient été-élus avec l'appui du gouvernement, ou bien qui, dans les élections, n'avaient

lIISTOlUt: DE DOUZE ANS

manifesté aucune tendance hostile. Les critiques les plus vives dirigées contre la loi venaient de MM. d'Andelarre, Plicbon, Legrand, de Pierres et Gareau. La déclaration de ce dernier produisit une profonde émotion dans la Chambre. M. Gareau siégeait sur les bancs de l'extrême droite ; au moment où on allait passer au vote, il se leva, et d'une voix où la tristesse s'alliait à la fermeté, il prononça ces paroles significatives :

a Autant que personne je désire le maintien de » l'Empire, et c'est précisément pour cela que je ne " puis accorder mes suffrages à une loi qualifiée de » douloureuse par ceux qui l'ont appuyée et de funeste " par ceux qui l'ont combattue. ))

Malgré notre petit nombre, nous fîmes notre devoir en cette circonstance, M. Emile OUivier prononça au début de la discussion un discours qui produisit une grande impression. On s'attendait à des paroles violentes; on fut étonné de voir un orateur qui savait se contenir, et qui, tout en flétrissant des mesures attentatoires à la liberté individuelle, se renfermait dans les limites de la modération et soumettait la loi proposée à la incsure inflexible de la justice et du droit. Le discours de M. Ollivier épuisait la matière; les orateurs qui parlèrent après lui furent réduits à lui emprunter ses arguments. C'est avec raison que les Cinq ont pu dire dans le Compte-rendu à leurs électeurs, en parlant de la loi de sûreté générale : « Nous » avons eu l'insigne honneur de formuler les premiers " toutes les critiques qu'on a dirigées depuis contre ■' cette loi d'exception. »

Au vote, il se trouva 24 bulletins bleus. Mais il est

LA LOI Dli SURETE GENERALE

juste d'ajouter à ces 24 voix, les 14 membres qui s'étaient abstenus, ou comme on disait alors, qui étaient absents au moment du vote. De cœur, ces députés étaient avec les opposants. Si l'on ajoute à ces chiffres les députés qui avaient demandé des congés pour n'avoir pas à se prononcer ou pour invoquer un alibi à l'occasion, on trouvera que près de cinquante membres de la Chambre étaient contraires à la loi.

Au Sénat, la loi ne rencontra qu'une voix d'opposition; mais celle-là en valait mille, c'était celle du général Mac-Mahon, le futur vainqueur de Magenta. Les séances du Sénat n'étant pas publiques, le discours du général Mac-Mahon ne fut connu que d'un nombre de personnes très restreint. Des journaux étrangers essayèrent de le faire pénétrer en France ; mais ils furent arrêtés à la frontière. Si ce discours avait reçu une grande publicité, il eût produit sur l'opinion publique un effet considérable. L'Empire se fût certainement arrêté sur la pente périlleuse où il était lancé.

Après le procès d'Orsini et de ses complices, surtout après leur exécution dont les journaux avaient fait connaître les moindres détails, il était impossible au gouvernement de persister dans cette invention odieuse d'une grande conspiration des expectants. Les arrestations qui avaient eu lieu sur tous les points du territoire avaient indigné tout le monde. On arrêtait partout, dans les rues, sur les places publiques, dans les ateliers. Toutes les classes de la société se trouvaient frappées. Dans la seule nuit du 23 au 24 février on avait arrêté plus de cinq cents personnes. On commençait à murmurer. Pour peu qu'il se dessinât un mou-

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vement d'opposition, on allait être obligé de renoncer à exécuter la loi que les pouvoirs publics avaient votée.

Pour reconquérir l'opinion, on eut recours à ces procédés vulgaires qu'emploient habituellement les gouvernements pressés de sévir. Le 8 mars, le Moniteur annonça à sa deuxième page qu'un soulèvement avait eu lieu à Chalon-sur-Saône aux cris de « Vive » la République ! la République est proclamée à Paris ! » La république est partout ! Chalonnais aux armes ! »• On fit grand tapage autour de cette affaire. Les habitants de Chalon signèrent une adresse pour protester de leur fidélité à l'Empereur et pour flétrir « les misé- '( râbles qui avaient levé l'étentard de la révolte. ■>< Quand, plusieurs mois après, le tribunal correctionnel de Dijon eut évoqué l'affaire, on reconnut qu'il s'agissait là d'une échauffourée, dans laquelle des agents provocateurs avaient réussi à entraîner quelques pauvres diables. Il j eut une vingtaine de condamnations; les chefs avaient disparu, et il ne fut plus jamais question d'eux.

En cherchant bien on découvrit des sociétés secr-ètes, à Paris, à Lyon, à'Bordeaux, et dans d'autres villes. C'était pour la plupart des groupes de disciples de Cabet qui se cotisaient entre eux pour envoyer des secours aux Icariens, qui essayaient de réaliser à Xauvoo dans l'IUinois les utopies du maître. Mais on ne parvint pas à donner le change au public. On était parfaitement convaincu que c'était là de pures inventions de la police.

C'est surtout dans les premiers jours du niuis de mars, que les arrestations prirent un développcnieni

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