I. Voir Papiers des Tuileries
un nouvel aliment, c'est la justifier par une apparence de versatilité et de faiblesse, sans contenter le moins du monde ceux qui, au fond, visent au renversement des institutions impériales. Nous ne sommes plus à l'époque où un déplacement de majorité parlementaire provoquait une crise ministérielle. Les changements de personnes sont autrement interprétés aujourd'hui, et celui que Votre Majesté médite ne peut avoir, ce me semble, qu'une interprétation bien contraire à l'esprit de suite qu'on aime à voir dans son gouvernement. »
C'était là le manifeste insolent d'un parti qui voulait s'imposer. L'Empereur ne s'y trompa point. Cette lettre du général Espinasse se terminait par une offre de démission. Cette démission fut acceptée (14 juin 1859).
On eut bientôt la preuve que la chute du général-ministre correspondait à un changement de système. Le général Espinasse fut remplacé par M. Delangle. qui se contenta de prendre le titre de ministre de l'Intérieur, et qui renonça à cette direction suprême de la sûreté générale que son prédécesseur avait considérée comme la principale de ses attributions. Mais ce qui donna son caractère à la nouvelle politique, ce fut la création du ministère de l'Algérie et des colonies en faveur du prince Napoléon qui fut ainsi appelé à prendre place dans le conseil.
Le prince Napoléon avait été, jusque-là, tenu à l'écart par les hommes de coups de main. On savait qu'il s'était prononcé hautement contre les mesures arbitraires qui avaient été prises au lendemain de l'attentat du 14 janvier. La loi de sûreté générale avait rencontré en lui, comme on l'a vu, un adversaire persévérant. 11 avait invité les députés sur lesquels il avait de l'influence à la repousser. Quand le moment lui avait paru propice, il avait montré les dangers que faisait courir au gouvernement impérial, le régime
iSi iiisroiMK i>i-: DorzK ans
de compression qui avait été adopté. L'avènement du prince Napoléon pouvait être considéré comme la revanche de l'esprit libéral sur le régime de la répression à outrance.
Mais pour triompher des préjugés enracinés, il fallait du temps. Il fallait surtout que les événements montrassent au gouvernement impérial la nécessité de changer de système. Ce qui aurait du se faire le 14 juin 1808, au lendemain de la chute du général Espinasse, se fit le io août I8u9. Napoléon III accorda à cette date une amnistie pleine et entière à tous les individus qui avaient été condamnés pour crime* et délits politiques ou qui avaient été l'objet de mesures de sûreté générale.
C'était la condamnation de toute la politique suivie depuis dix-huit mois. Mais par une inconséquence qu'on ne s'expliqua pas dans le moment, le gouvernement qui proclamait ainsi l'inutilité de la loi de sûreté générale la laissait subsister dans ses principaux articles.
Je saisis la première occasion qui se présenta pour signaler cette inconséquence. En 1860, je déposai un Amendement au budget du ministère de l'Intérieur qui me permit de mettre le gouvernement en demeure de renoncer à une loi dont le maintien était en opposition évidente avec l'amnistie. On me répondit par une fin de non-recevoir. Pendant les années qui'suivirent, par des amendements à l'adre.'ise et par des am-endements au budget, les Cinq renouvelèrent leurs réclamations, et demandèrent l'abrogation de la loi de sûreté générale. On leur fit toujours des réponses évasives.