IIISTOIUK DE DOUZE ANS
l'esprit de Napoléou III, puisqu'il avait obtenu nonseulement que l'Empereur prît la défense de son plan financier, mais encore qu'il recommandât au Corps législatif son projet de conversion, l'une des mesures les plus sujettes à contestation qui soit sortie du cerveau d'un ministre des finances.
Le système de M. Fould ne poiivait marcher qu'à la condition de renfermer l'imprévu dans les limites les plus étroites. Mais il ne dépend pas d'un ministre, si puissant qu'il soit, de supprimer l'imprévu. Or, au moment où M. Fould faisait prévaloir ses réformes, l'imprévu faisait sa rentrée dans la politique française sous la forme d'un incident dont personne alors ne pouvait soupçonner la portée : le 21 novembre 1861, le Moniteur publiait un décret portant promulgation de la convention conclue le 21 octobre précédent entre la France, l'Espagne et la Grande- Bretagne pour une expédition contre la Mexique.
Au mois de mars 18G3, devant les exigences de la guerre du Mexique, on avait dû mettre de côté les règles établies par le sénatus-consulte du 31 décembre 1861. M. Magne, ministre de la parole, en fit l'aveu dans des termes qui atteignaient directement M. Fould : « Les ministres, dit-il, ayant agi seuls de leur propre » mouvement, sans l'avis du ministre des finances, sans » le contrôle du Conseil d'État, sans la publicité d'un » décret, on se trouve avoir perdu à la fois et les » garanties qu'offrent les virements et celles qui s'at- >) tachaient aux crédits supplémentaires. »
C'était avouer que les réformes du 14 novembre avaient échoué. M, jNIagne fut sévèrement puni de sa franchise. Un décret du MO mars lui enleva le minis-
l.liS UKI'Oli.MKS l)i; M. KOI 1,1) iri,")
tère (10 la parole et l'envoya au Conseil privé. Afin qu'il n'y eut aucun doute sur les motifs de sa disgrâce, une lettre de l'Empereur qui accompagnait le décret disait « qu'un incident avait fait ressortir les diver- » gences existant entre M. Fould et le ministre démis- » sionnaire sur les questions de finances. »
C était la fin d'une lutte sourde qui durait depuis plusieurs années.