LES ÉLECTIONS DE PARIS EN
C'est par une saine appréciation des choses qu'on a dit des élections de 18G3 qu'elles ont marqué un moment critique dans l'histoire du second Empire.
En 1852, l'opposition, décimée, terrorisée, s'était renfermée dans une abstention presque absolue ; les votes de protestation qui avaient eu lieu à Paris avaient passé presqu'inaperçus ; ni le gomernement ni les populations ne s'en étaient émus.
En 1857, il y avait eu à Paris une sorte de réveil de l'opinion publique. Tandis que les départements se renfermaient dans une abstention où la crainte tenait autant de place que l'indifférence, la Capitale se jetait dans la lutte avec une ardeur qui décontenançait le pouvoir. Le résultat, des plus médiocres, si l'on considère le nombre des élus, fut des plus considérables, si l'on a égard aux conséquences politiques. Pour la première fois, il se formait une opposition légale et constitutionnelle. Les Cinq allaient pendant
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six ans, tenir en haleine le pouvoir, déconcerté par le ton calme et mesuré avec lequel étaient revendiquées les libertés publiques.
En 1863, le courant libéral imprimé par les Cinq a produit son effet naturel. Les populations, mieux instruites sur la portéa de leurs droits, délivrées de la peur que leur causait un pouvoir sans contrôle, habituées à voir discuter les actes du gouvernement par les orateurs de l'opposition, se reprennent du désir d'avoir une part directe au mouvement politique. Les hommes résolus à lutter contre l'action gouvernementale sont encore en petit nombre, les c.nudidats hésitent; mais l'abstention a perdu un immense terrain. L'opposition rentre en lice avec une certaine assurance, et le gouvernement, sentant qu'il joue une partie décisive, use de toutes les armes que la centralisation met entre ses mains pour triompher d'adversaires devenus plus audacieux.
Les élections dans les départements, où des candidats de l'opposition s'étaient présentés, ont donné lieu à des incidents qui ont varié suivant les localités et suivant le plus ou moins d'énergie des préfets et sous-préfets, chargés de combattre les candidatures anti-gouverjiementales. C'est dans les élections de Paris que prédomine l'élément politique; c'est là véritablement qu'est le foyer de la lutte, et si l'on veut découvrir quel est l'esprit qui a présidé au mouvement électoral de 1803, c'est le résultat des élections de Paris qui peut seul en donner la clé.
L'opposition, avant d'aboutir à ce résultat qui fut véritablement foudroyant, eut à déjouer bien des intrigues, à écarter bien des hostilités mesquines et