‹ Histoire de douze ansChapitre 27 sur 67 · I.ES KLECTIONS 1)K l'AKIS EN lS;i:^ loi · texte numérisé non relu

I.ES KLECTIONS 1)K l'AKIS EN lS;i:^ loi

à combattre bien des tacli(|ues maladroites. Elle dut son succès d'abord à la résolution qu'avaient prise les Cinq- de rester unis en face des électeurs, comme ils l'avaient été pendant six années en face du pouvoir, et puis à la valeur politique des candidats qu'ils s'étaient adjoints et qu'ils présentaient au choix des masses électorales.

Dans le récit qui va suivre, je tâcherai d'oublier les attaques injustes dont j'ai été l'objet pour ne me souvenir que des dévouements que j'ai rencontrés. Il faudra cependant que je mette ma personnalité en jeu, puisqu'un moment, elle est devenue en quelque sorte le pivot de toute la campagne électorale. Mais je parlerai de moi le moins possible, pour laisser la place aux grands principes qui étaient en lutte. Quant aux combinaisons louches, auxquelles mon nom a servi de prétexte, il y a longtemps que j'ai pardonné à ceux qui les ont essayées.

La période électorale avait précédée de beaucoup la convocation légale des électeurs. Le décret qui appelait les citoyens dans les comices ne devait être publié que le 9 mai, et, dès les premiers jours de janvier, il s'était formé sur plusieurs points de Paris des comités, ayant pour but, en apparence, d'aider les électeurs à se faire inscrire sur les listes, mais, en réalité, se proposant d'exercer une action sur le choix des candidats.

Je fus invité le 12 janvier 1863 à assister à la réunion d'un de ces comités, qui avait son siège rue Saint-André-des-Arts, chez M. Emmanuel Durand, une jeune recrue de la presse libérale, mort depuis sans avoir pu donner la mesure de son talent. Ce fut

dans ce modeste logement d'étudiant que je fis, pour la première fois, la rencontre de M. Gambetta. Quoique pauvre et inconnu, il exerçait déjà sur un certain nombre d'amis de son âge une puissante influence. A enté de lui, se trouvait M. Isambert, qui ne le quittait pas plus que son ombre, et qui paraissait être déjà un disciple fidèle et convaincu. Ces jeunes gens étaient loin de se montrer les irrkonciiiable^ qu'ils sont devenus depuis. M. Gambetta, en particulier, approuvait fort la politique que les Cinq avaient suivie; il était d'avis qu'il n'y avait rien à faire en dehors de l'opposition légale et constitutionnelle, et il engageait ses camarades à se placer sur ce terrain, le seul qui, suivant lui, offrait une base solide.

L''appui de ces débutants dans la vie politique n'était point à dédaigner. On dirigeait, contre quelquesuns d'entre nous, des attaques, dans le but de nous diviser et de nous rendre suspects les uns aux autres. Il était bon que nous eussions des défenseurs dans cette jeunesse ardente, qui marchait à la conquête de la liberté, sans préoccupation du passé et l'œil uniquement fixé sur l'avenir.

C'était particulièrement à M. Ollivier et à moi que s'adressaient les critiques et les reproches. D'abord répandues sourdement, ces attaques prirent bientôt un caractère qui ne nous laissait aucun doute sur les iptentions hostiles de ceux qui les formulaient ou qui s'en faisaient les échos.

On accusait M. Ollivier de se montrer trop crédule sur les intentions libérales du gouvernement. On prétendait que dans ses discours, il prenait plus de soin de marquer les pas en avant faits par l'Empire que

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de signaler ses fautes et ses actes arbitraires. « Ce » n'est pas pour denner des sntififecit au gouvernement » qu'on l'a envoyé à la Chambre», disaient les mécontents. Le discours que M. OUivier avait prononcé à propos du décret du 24 novembre, considéré naguère comme intempestif et maladroit, était de nouveau l'objet des commentaires les plus malveillants. On allait jusqu'à faire un crime au jeune député de Paris des sympathies qu'il rencontrait sur les bancs du Corps législatif et de l'estime que M. de Morny professait hautement pour son talent d'orateur.

Les attaques qu'on dirigeait contre moi étaient empruntées à un autre ordre d'idées. On prétendait que j'étais l'allié du Palais-Royal et que j'allais prendre le mot d'ordre chez le prince Napoléon. Cette accusation était absurde ; il suffisait d'examiner mes discours et mes votes pour s'assurer que j'avais constamment marché d'accord avec mes collègues de l'opposition et que ma conduite n'avait été à aucun moment entachée de complaisance. Quelques-uns de mes amis s'émurent, et je dus, pour les rassurer, leur fournir des explications.

En fait, mes relations avec le prince Napoléon étaient bien antérieures à mon élection comme député au Corps législatif. Elles n'impliquaient aucune alliance politique, par cette raison bien simple que le prince n'affichait à ce moment aucune ligne de- conduite bien tranchée. Les questions extérieures l'absorbaient complètement, et, sur ce point, si une discussion s'était engagée entre nous, nous nous serions trouvés bien certainement en dissidence. Là où il y aurait eu un accord possible, c'était sur les questions

économiques et sociales, où le prince apportait une grande largeur d'esprit et pour la solution desquelles il faisait comme nous appel àla liberté. Mais là même, il prenait des idées un peu de toutes mains, «"inspirant de M. Michel Chevalier ot de M. Le Play et repoussant les doctrines du socialisme libéral ; un disciple de Proudhon ne pouvait accorder son adhésion à cette sorte d'éclectisme semi-saint-simonien.

J'avais trouvé le prince Napoléon toujours disposé à venir en aide aux condamnés politiques et aux victimes du coup d'Etat, et je n'avais usé des bons sentiments qu'il me témoignait que pour tirer mes amis de la prison ou de l'oxil. C'est ainsi que, par son entremise, j'avais obtenu le retour à Paris, puis la mise en liberté de M. Victor Pilhes, de M. Amédée Langlois et de M. Louis Vauthier, condamnés par la Haute Cour de Versailles pour Téchauffourée du 13 juin ; un autre condamné de la même catégorie, M. André Pasquet, fut mis en liberté par la même influence. A la suite de l'amnistie du i5 août 18o9, le prince, sollicité par moi, avait fait tous ses efforts pour y faire comprendre Proudhon qu'une absurde condamnation pour outrage aux mœurs plaçait, ainsi que M. Ledru- RoUin, dans une situation exceptionnelle ; c'est à jnes démarches que Proudhon dut de voir sa peine effacée par un décret spécial et de pouvoir rentrer on France, à h^ veille même des élections de 1863.

Un de mes amis politiques, qui était mon collaborateur à la Presse, et qui a occupé, depuis le 4 Septembre, de hautes situations dans le gouvernement de la République, M. Jules Ferry, se montra moins facile que les autres. Il arriva un moment où nos rapports.

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tournant à l'aigre, étaient menacés do se terminer par uno rupture. Je trouvais qu'il était indigne de moi de me disculper de relations qui étaient publiques et que personne 'jusque-là n'avait songé à me reprocher. Je ne consentis à m'expliquer que lorsqu'il eut invoqué notre amitié. Il m'écrivit une lettre qu'il m'autorisa à montrer et qui fit taire pour un temps les mauvaises langues. J'en cite les principaux passages :

(( Votre lettre est noble et m'a vivement touché. » C'est pénétré des sentiments qu'elle confirme en » moi qu'avant de clore cet incident, je veux protes- » ter à mon tour contre les dispositions d'esprit où » vous avez pu me croire. Je n'ai jamais conçu le » moindre doute sur le point en question... Ce que la » mauvaise foi vous reproche n'est pas seulement )) inofi"ensif, mais par la tenue que vous y avez gardé )) particulièrement honorable. Je n'en ai jamais jugé » autrement. J'ai trop grande horreur de la malveil- » lance et du dénigrement démocratiques pour accep- » ter les points de vue bas et mesquins en honneur » dans un certain monde, et je suis trop naturelle- » ment porté vers l'équité pour que l'ensemble de vos » actes si fermes et si limpides, ait laissé poindre » dans mon esprit le besoin d'une réfutation quel- » conque. »

M. Ollivier et moi, nous avions tort de nous émouvoir si fort de ces attaques. Elles ne dépassaient pas les limites étroites de cercles politiques excessivement restreints. Elles ne pénétraient point dans les masses électorales; si l'on avait essayé de les y lépamlre, elles n'auraient rencontré que do l'indifférence. On

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aurait difficilement entamé le prestige des Cinq, qu'on avait vus constamment sur la brèche et qui étaient déjà, suivant une heureuse expression de M. Jules Ferry, a entrés dans l'histoire ». Mais nous eûmes connaissance vers la fin de février d'un projet formé de longue date et à notre insu, qui, s'il n'avait pas été déjoué à temps, aurait certainement, bien plus que les calomnies, compromis le résultat des élections de Paris.

Les insennontistes ne nous avaient jamais pardonné leur défaite de 1857; mais ce dont ils nous voulaient le plus, c'était d'avoir créé un mouvement d'opinion dont nous étions devenus le centre et d'avoir amené au 24 novembre le gouvernement impérial à faire un pas vers la liberté. A présent que le succès avait couronné nos efforts et que notre politique avait produit des fruits, ils voulaient rentrer dans la lice, non pour nous aider à poursuivre notre tache, mais pour confisquer à leur profit les résultats obtenus.

Le plan auquel ces messieurs s'étaient arrêtés était vraiment diabolique. Le décret du 20 décembre 1862 qui avait fixé les nouvelles circonscriptions de la Seine, avait fait subir aux anciennes de profondes modifications. Par suite de ces remaniements, le département de la Seine, qui, jusque-là, avait nommé dix députés, n'en comptait plus que neuf. On prétendait qu'à cause de cela, les députés sortants de Paris n'avaient pas le droit de réclamer comme leur appartenant des circonscriptions que les changements apportés par l'administration avaient transformées et rendues méconnaissables. On en conclut qu'une nouvelle répartition des candidatures devait être opérée,

LES ÉLECTIONS DE l'AKIS EN ISI» I(Ki

et qu'elle ne pouvait être que l'œuvre d'un comité investi de ce rùle par la confiance des électeurs.

Cette idée n'était pas venue toute seule aux insermentistes. Elle leur avait été soufflée par M. Havin qui, dans un but tout personnel, voulait se rendre le maître des élections de Paris. M. Havin appelait à son secours ceux-là même dont il avait été l'adversaire en 1857. Il avait inventé une combinaison qu'il croyait très fine, mais qui péchait par la base; c'était de former un comité où l'élément abstentionniste dominait pour présider au choix des candidatures. Quand on a recours aux moyens louches, il est tout naturel de prendre pour auxiliaires des esprits mesquins. Pour triompher de l'ascendant des Cinq, ce n'était pas de trop que de s'appuyer sur les envies et sur les rancunes.

L'affaire avait été menée fort secrètement, mais j'en avais eu vent dès le mois de février 1863. Je fis part de ce que je savais à M. de Girardin. M. de Girardin avait eu d'abord l'intention de se désintéresser des élections de 1863. Il n'aimait pas à se mêler à ces luttes où les questions de personnes prennent trop souvent la place des idées. Mais il vit tout de suite qu'il s'agissait bien moins de nous que de l'avenir de cette opposition légale et constitutionnelle dont il s'était porté le promoteur en 1857. Aussi se résolut-il à nous accorder son puissant appui. Il m'écrivait à la date du 6 mars :

(' .J'étais instruit de tout ce que vous m'écrivez. Il » y a plusieurs mois que je sais que MM. Havin et » Guéroult se sont^entendus pour se porter à Paris, et

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» l'un par l'autre, à votre exclusion, et même à celle » de M. Emile Ollivier.

» Les motifs allégués ne sont que de faux prétextes.

)) Nous avons à nous concerter pour examiner ce » que la Presse devra faire pour déjouer la raanœu- » vre et pour la leur faire abandonner.... Il y a tout » un programme à débattre. Je suis d'avis de conver- » tir l'objection en moyen et de inarquer un pas do » plus en avant dans la voie que l'opposition a ou- » verte en acceptant l'élection et la candidature.

» Tout à vous,

» Emile de Giuaholn. »

Il était en effet temps d'aviser. En quelques jours, les conjurés avaient rallié à eux toutes les hostilités que les Cinq avaient soulevées, et on commençait à mettre en avant une répartition des circonscritions qui les privait du droit de rendre compte de leur mandat aux électeurs qui les avaient envoyés à la Chambre. Dans cette combinaison, M. Havin se présentait dans la 5° circonscription qui était celle de M. Ernest Picard ; on donnait à M. Ernest Picard la 7* circonscription qui était la mienne, et on me réservait la 1''^ circonscription où j'étais complètement inconnu et où je ne comptais pas un seul de mes électeurs de 1857.

Les prétentions du comité qui patronnait cet arrangement étaient insoutenables. On ne comprend pas que M . Carnot, qui avait ouvert ses salons aux membres qui en faisaient partie, eut pu un instant se faire illusion sur la réussite d'une aussi misérable manœuvre. Les remaniements qu'avaient subis les circonscriptions n'étaient pas tels qu'on ne put facilement

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les reconnaître. Or, en déplaçant les candidatures, on déplaçait les responsabilités. On nous empêchait de rendre compte à nos électeurs de 18o7 de la façon dont nous avions rempli notre mandat. On substituait les questions de personnes aux questions politiques. On compromettait toute l'œuvre accomplie depuis six ans par les Cinq,

M. E. de Girardin se rendit compte immédiatement de la situation et entama une de ces merveilleuses campagnes qui ont affirmé sa réputation de politique délié et de polémiste incomparable. Ma collaboration à la Presse le gênait un peu; il avait à éviter le reproche de combattre bien plus pour un ami que pour un principe. Avec cet art qu'il possédait, il laissa ma personnalité de côté pour ne s'attacher qu'à celle de M. E. Picard. Au fond, c'était à M. E. Picard que M. Havin s'attaquait le plus directement, puisque le directeur du Siècle voulait lui prendre sa circonscription sous le fallacieux prétexte que c'était celle où il avait le plus de chances d'être nommé. Cette raison grotesque offrait trop de prise à la raillerie pour que M. de Girardin se privât des avantages qu'elle lui offrait. Le pauvre M. Havin sortit de là meurtri, écrasé, amoindri. Au bout de quelques jours, il fut forcé de se rendre et de déposer les armes. Une note insérée dans le Siècle le 28 mars constata sa défaite :

(( En réponse aux attaques dont, ,1e Siècle a été » l'objet, je déclare que jamais mon vieux patriotisme » ne s'exposera à rendre douteux le succès de notre » cause par une prétention personnelle et par une )) compétition de circonscriptions.

» LéOiNur Havi\. »

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On promit à M. Havin une candidature dans une des circonscriptions de Paris, le Siècle ayant le droit, comme il l'avait dit, « de faire juger sa politique par " le suffrage universel, » et M. Havin se tint dès lors en repos et ne suscita plus aucun embarras.

Quand on recherche à quels sentiments avait obéi M. Havin sn entreprenant cette campagne qui devait avoir une issue aussi piteuse, voici ce qu'on découvre : d'abord une rivalité d'influence entre lui et M. E. Picard, avec qui il avait eu des démêlés à propos de la direction à\i Siècle: en second lieu, la préoccupation qui le poursuivait depuis 18o7 de se présenter dans la circonscription où le Siècle comptait le plus d'abonnés. En 1857, il n'avait pu réussir, parce que la circonscription était devenue le lot du général Cavaignac : en 1803, il lui paraissait tout simple de revendiquer un collège électoral qui lui était acquis d'avance, les abonnés du Siècle étant à ses yeux ses électeurs naturels.

Je croirais manquer à un devoir, si je ne témoignais pas ici ma gratitude à ceux de mes collègues qui me prêtèrent leur appui dans cette circonstance délicate. Le 14 mars, M. E. Ollivier m'écrivait :

« Nous ne sommes pas libres de nous déplacer. On )) doit des comptes à qui vous a donné le mandat. Favre « que j'ai vu continue à être parfait. »

M. Jules Favre m'écriva,it de son côté à la date du 11) mars :

« Ollivier a dû vous dire combien nous étions d'ac- » cord sur ces tristes discussions qui m'affligent » comme vous. C'est pour nous tous un point d'hon-

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» neur de ne pas plus nous séparer aujourd'hui » qu'hier; et si les électeurs ne comprennent pas qu'il » y a un devoir à nommer les ('//(r/, les Cinq ne doivent » pas leur donner l'exemple de la faiblesse et de la » division. Soyez donc sûr que je ne donnerai jamais » les mains à un arrangement qui vous enlèverait » votre cil conscription. Vous lui appartenez, et nul, » si ce n'est vos électeurs, ne peut disposer de vous.

» Votre bien dévoué,

» Jules Favre. »

Je ne rencontrai pas la même fermeté dans M. E. Picard. L'idée d'avoir à lutter contre M. Havin, dont il s'exagérait l'influence, lui avait fait perdre littéralement la tête. A diverses reprises, pour obtenir grâce auprès du terrible directeur du Siècle, il fut sur le point de m'abandonner. Il attribuait aux propos qui se répandaient sur mon compte des proportions exagérées. S'il avait osé, il m'aurait conseillé d'accepter ma transportation dans la première circonscription. Dans tous les cas, il se rendait à des conférences à ce sujet, qui se tenaient chez M. Jules Simon, et où M, Havin avait pour truchement M. Henri Martin. H m'en voulait d'esquiver ces convocations qui étaient des pièges et dont il espérait voir sortir une combinaison acceptable. H lui répugnait de devoir quelque chose à M. de Girardin, dont l'intervention lui paraissait plus compromettante qu'utile. Nous l'avons en quelque sorte sauvé malgré lui.

Nous eûmes aussi à nous préoccuper d'un groupe d'abstentionnistes qui avaient inventé une tactique nouvelle: il ne s'agissait plus de se borner à ne pas

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prendre part au vote; on devait se rendre au scrutin et déposer un bulletin blanc en signe de protestation. Ce groupe avait pour promoteur M. Gustave Chaudey; M. Proudhon avait consenti à se faire son interprète. C'est du moins ce qui résulte des nombreuses lettres que renferme, sur la campagne électorale de 1803, la correspondance du grand écrivain.

L'assassinat de M. Gustave Chaudey parles membres de la Commune de 1871 a entouré son nom d'une auréole que je n'essaierai point de ternir. M. G. Chaudey est mort victime de ses convictions, immolé par des hommes qu'il avait jusque-là considérés comme des alliés. Cela suffit pour qu'on ne parle de lui qu'avec une grande déférence. Mais ce n'est point manquer de respecta sa mémoire, que de le dépeindre, tel qu'il se présentait au public en 1863.

M. G. Chaudey avait traversé bien des vicissitudes politiques. Il avait débuté, vers 1845, en se déclarant le partisan de la politique étroite de M. Guizot. Il avait affirmé ses opinions ultra-conservatrices dan? une brochure où il prenait à partie les doctrines de Louis Blanc. Dans un voyage que j'avais fait à Besançon en 1849, j'avais rencontré M. G. Chaudey; il était devenu républicain, et il tendait à se rapprocher des idées de Proudhon. Son attitude au moment du coup d'État avait attiré sur lui l'attefition de l'autorité et il avait dû chercher un asile en Suisse. Rentré à la suite de l'amnistie, il était venu s'établir à Paris, et il s'était attaché au groupe parlementaire dont le Courrier du Diinanche était l'organe. On le rencontrait dans tous les salons orléanistes, où il cherchait à se faire bien venir des notabilités de ce parti. Je l'ai en-

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