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LES ÉLECTIONS DE PARIS EN ISIW

M. Tliiers il ne se sentait pas le goût de soutenir la lutte à Paris ; il préférait se porter à Valencienues où on lui avait offert une candidature ; M. Tiiiers avait exprimé le désir de voir figurer à sa place sur la liste un des plus brillants écrivains de la jeune école libérale, M. Prévost-Paradol. M. de Girardin combattit cette candidature avec la plus grande énergie : Nous » ne voulons pas, dit-il-, opposer' un gouvernement à » un gouvernement, mais seulement la liberté au gou- » vernement». L'adoption du nom de Prévost-Paradol était, paraît-il, la condition que le Journal des Débats mettait à son concours; ce nom ayant été repoussé, le représentant du journal se retira immédiatement.

Au nom de M. Thiers, on substitua celui de M. Laboulaye qui avait déjà figuré sur des listes antérieures. On adopta la candidature de M. Pelletan qui avait de profondes racines dans la huitième circonscription composée des communes de la banlieue de la rive gauche.

11 restait à pourvoir à la candidature de la neuvième circonscription. Plusieurs noms avaient été mis en avant. Mais au moment où on allait procéder à un choix définitif, M. Havin demanda la remise de la discussion au lendemain, il croyait savoir que des efforts étaient faits pour décider une des grandes notabilités du parti démocratique, qu'ils étaient sur le point de réussir, et que l'effet produit serait tel qu'il y avait avantage à attendre vingt-quatre heures avant de clore la liste.

La personnalité démocratique à laquelle le directeur du Siècle avait fait allusion, n'était autre que M. Jules Simon. M. Jules Simon avait été jusqu'au

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dernier moment un abstentionniste enragé. Mais, comme il le disait dans une lettre à son ami Charras, qui a acquis une certaine célébrité, on ne rêvait qu'élections, « tout le monde voulait être député ou )' faire des députés », et il avait fini par être pris comme tout le monde àuprunçio électoral. Cette lettre à Charras a mis à nu la duplicité qui fait le fond du caractère politique de M. Jules Simon. Mais pour qui sait lire entre les lignes, il est facile d'y découvrir une démesurable envie « d'"entrer dans cette danse » que menaient les illustres Cinq. » L'auteur du />pro//' avait bien compté que le colonel Charras le relèverait de ses vœux abstentionnistes ; mais le brave et loyal soldat avait refusé de comprendre. Aussi, quand M. Jules Simon se fut décidé à |sauter le pas, il céda à un mouvement bien naturel d'indignation, en livrant à la publicité cette lettre qui formait un parfait contraste avec la nouvelle attitude de son correspondant. La Lettre à Charraa pesait sur la consience de M. Jules Simon. Aussi, on comprend qu'il ait hésité longtemps avant d'accepter d'être, comme il le disait, « quelque chose comme un sous-Darimon », et à figurer à côté de ces Cinq qu'il traitait avec le plus profond mépris. Comment expliquer (ju'il ait consenti à mette sa main dans la main d'Ollivier, après avoir écrit cette phrase incroyable : a II aurait été assez bien de » faire entrer Lavertujon ; ■!] a des chances à Bor- » deaux, et peut-être aurait-il déterminé un courant » opposé à celui d'Ollivier. Car il y a un vrai danger >» de voir la jeunesse entrer dans cette voie qui cherche » à concilier les plaisirs de la popularité avec les avan- » tages de la possibilité. Je leur ai dit, en propres

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« termes, qu'ils demandaient aux républicains de les » faire députés, afin de vendre la République le lende- » main, comme leur patron. »

Si nous avions connu cette lettre ignominieuse, il est certain que nous n'aurions pas consenti à ouvrir nos rangs à M. Jules Simon. Mais il se présentait à nous comme un allié, et il acceptait d'avance toutes les résolutions prises. On ne songea pas un seul instant à lui demander des explications sur une conversion aussi subite qu'inattendue. Son nom devait déconcerter le parti al)stentionniste ; à ce titre, dans la dernière reunion qui eut lieu chez M. Jules Favre, il fut sans contestation inscrit sur la liste.

Le 12 mai, la Presse, le Siècle et Y Opinion luitionale inséraient à la première page, en tête de la première colonne, les noms des candidats de l opposition dêntncrati(pie. Cette publication fat le signal d'un débordement d'attaques violentes de la part des dissidents.

C'est le Courrier du Dinumche qui commença le feu. Il avait à venger l'exclusion dont avait été frappé M. Prévost-Paradol, son principal rédacteur. L'article, qui portait la signature de M. J.-J. Weiss, était d'une extrême violence. Il n'épargnait même pas les Cinq à qui ce journal n'avait cessé de prodiguer les éloges. Il produisit dans le parti libéral un effet contraire à celui qu'en avait espéré son auteur. Nouï> eûmes le lendemain communication d'une lettre de M. Target, administrateur du Courrier du JJimanche) qui désavouait énergiquement les attaques de son collaborateur. « Jamais, disait M. Target, il ne nous est » venu et il ne nous viendra à la pensée de combattre » les quatre députés qui depuis six ans ont rempli leur

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» mandat au profit de la liberté. — Je crois qu'il )) n'aurait pas fallu non plus attaquer la candidature de » M. Havin, dès qu'il ne se présentait plus dans la i^cir- » conscription ; mais ce qu'il importe surtout d'affirmer, » c'est que nous désapprouvons tout ce qui peut nuire » au succès de votre candidature, ainsi que de celle de » vos trois collègues; — Il faut dans ce monde avoir » avant tout une position nette et franche et j'entends )) la conserver à vos yeux. »

Les observations de M. Target étaient d'autant plus justes que la liste ventiit de subir une modification importante. M. Thiers avait enfin consenti à accepter la candidature dans la 2° circonscription , et nous n'avions pas hésité une seule minute à substituer son nom à celui de M. Laboulaye, qui du reste s'était retiré de bonne grâce.

Malgré les observations des hommes importants de son propre parti, le Courrici' du /Jimanclte continuait néanmoins à pousser sa pointe : il appuyait dans la 6° circonscription les candidatures dissidentes de MM. Cochin et P. de Jouvencel, et il opposait la candidature de M. J.-J. Weiss à la mienne, dans la 7^ circonscription.

Toutes les taquineries dont j'avais été l'objet depuis deux mois avaient fini par m'exaspérer. Comme je savais que les rédacteurs du Courrier du Dimanche et du Journal des JJrbnts étaient en rapport fréquent avec M. Thiers, je pris le taureau par les cornes. J'étais le voisin de l'homme d'Etat de la place Saint- Georges et par conséquent son électeur; j'avais le droit de le prier de mettre fin à une situation tout à la fois ridicule et intolérable. Je lui écrivis en termes

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qui ne.laissaient de place à aucune échappatoire. Ma lettre était un peu vive; mais au point où étaient arrivées les choses, je n'avais pas le choix des expressions ; et puis, nous étions placés côte à côte sur la même liste, et cela effaçait les distances. Je disais à M. Thiers :

« Je suis l'objet des attaques les plus vives de la » part de vos amis... Approuvez-vous cette conduite? » Vos amis me refuseront-ils leur appui, quand les » miens vous accordent le leur? J'ai besoin d'être fixé » complètement à cet égard. Si pour des motifs que » vous n'êtes point forcé de me donner, vous croyez » devoir persister en ce qui me concerne dans une » réserve qui déconcerte et décourage tous ceux qui )) ont de la sympathie pour moi, je vous le déclare » très nettement : vous aurez mon vote; mais je vous » refuserai mon influence. »

C'était brutal. Mais la lettre produisit un effet immédiat. M. ïhiers me fit demander une entrevue. Il protesta de son bon vouloir pour moi : « J'ai toujours » admiré, me dit-il, la parfaite modération dont vous » avez fait preuve, et le libéralisme correct que vous » avez professé ; on pouvait s'attendre à toute autre )) chose de la part d'un homme qui a des antécédents » comme les vôtres. » Il m'affirma qu'il était sans action sur les « enfants perdus » de la presse libérale, et, qu'au lieu de se soumettre à ses conseils, ils cherchaient à l'entraîner plus loin qu'il ne voulait aller.

Que faire après de pareilles déclarations de la part d'un homme illustre que le ton de ma lettre avait dû certainement froisser ? 11 ne me restait qu'à accepter ses explications et à laisser les choses suivre leur

cours. C'est ce que je fis. Mes collègues suivirent mon exemple, et bien nous en prit de nous être arrêtés à ce parti. Après tout, les électeurs étaient nos seuls juges; rien ne pouvait désormais changer le verdict qu'ils avaient déjà prononcé dans leur conscience; nous n'avions plus qu'à attendre avec le calme que "donne la certitude du devoir accompli.

Une tâche nous restait cependant à remplir, c'était de tracer un compte-rendu détaillé de la conduite que nous avions suivie pendant les six années de la législatm^e. Ce compte-rendu nous était réclamé avec beaucoup d'insistance par un grand nombre d'électeurs, qui le regardaient comme l'unique moyen de fermer la bouche aux criailleries des dissidents. Je me chargeai de ce travail, qui exigeait des recherches minutieuses. Je fis un résumé clair et concis de nos actes et de nos votes. M. Ollivier rédigea le préambule et la conclusion. Le compte-rendu des Cinq parut dans les journaux sous ce titre :

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