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ES ÉLECTIONS DE PARIS EN

« les hommes de 1815, de 4830, de 1848 comme coa- » lises dans im effort commun et essayant de sur- » prendre la bonne foi du pays pour tourner contre » l'Empereur les libertés même qu'il avait données. •» Ce langage trahissait trop visiblement les inquiétudes du pouvoir pour avoir la moindre influence sur l'esprit des électeurs de Paris. Il fut pour eux un encouragement de marcher au scrutin avec la ferme résolution de vaincre.

Je n'ai pas à raconter ici les différentes phases du scrutin des 31 mai et 1" juin 1863. Le résultat causa sur le gouvernement un véritable effet d'effarement : tous les candidats de la liste avaient passé, sauf M. Guéroult qui était soumis à un ballottage, mais dont l'élection était assurée au second tour; les quatre députés sortants avaient été réélus avec des majorités écrasantes.

Qui ne se souvient de l'aspect que présentaient le^ boulevards le 1" juin au soir? De la Madeleine à la Bastille, une foule énorme se pressait, s'arrachant les journaux et s,e communiquant les résultats du vote à mesure qu'ils étaient connus. Parti à dix heures du soir des bureaux de la Pi esse, rue Montmartre, pour aller porter une dépêche destinée à apprendre à ma famille que mes électeurs m'avaient de nouveau confié le mandat de les représenter, je n'arrivai qu'à onze heures et demie au bureau télégraphique du Grand- Hôtel. Pendant ce trajet, il avait fallu m'arrêter cent fois pour donner à la foule qui se pressait autour de moi les chiffres détaillés du scrutin.

Même élan autour des sections de vote. « Dans mon » quartier, m'écrivait un de mes électeurs, il y avait

>•> une joie, un enthousiasme qui rappelaient les beaux )) temps de la Monarchie de juillet et de la Républi- )) que. Des gens qui ne se connaissaient nullement » causaient avec animation des résultats obtenus dans » les diverses sections, se serraient les mains, et pour » un peu se seraient embrassés. »

Dans les régions officielles, les élections de Paris produisirent une grande irritation. Un instant, il fut question de frapper la Presse, qu'on considérait, non sans raison, comme ayant mené toute la campagne. Il est certain que M. de Girardin y avait déployé des qualités stratégiques de premier ordre; c'est à son esprit de décision et à la sûreté de son coup d'œil qu'était due la victoire. On le fit venir au ministère de l'Intérieur sous un prétexte quelconque ; on le pria de ne plus parler de la prépondérance de la classe ouvrière dans les élections, ce qui était une façon indirecte de l'inviter à montrer plus de prudence.

Dans la conversation qu'il eut avec M. le comte Treilhard qui était alors chargé du service de la presse, M. de Girardin put s'assurer que, dans l'entourage de l'Empereur, on était disposé aux résolutions extrêmes. On ne parlait rien moins que d'un coup d'Etat. L'Impératrice se montrait particulièrement irritée des élections de Paris. C'était surtout l'élection de Thiers qui l'avait exaspérée; elle voyait dans la victoire remportée par l'ancien ministre de Louis-Philippe, un triomphe pour le parti orléaniste. Ces premières impressions ne tardèrent pas à s'effacer et on en revint à une plus saine appréciation de la situation. Mais il est bon de constater une fois de plus cette nervosité qui régnait dans le monde gouvernemental et qui a

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fait prendre souvent ex-abrupto des mesures regrettables.

M. Guéroult n'eut pas de peine à passer au second tour, grâce au désistement de la plupart de ses concurrents. Il o*btint cette moyenne de 17,000 voix, qui avait été accordée à presque tous les candidats de la

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