KA SCISSION DE I,A GAUCHK
» M. Marie. Ils ont pensé que les électeurs, avant » spontanément constitué dans les deux circonscrip- » tions des comités électoraux et que des divisions » de nature à compromettre , l'élection n'étant pas à » craindre, rien en ce moment ne motivait leur » intervention. «
Cet abandon, de la part de l'opposition, d'une initiative qui lui revenait de droit, produisit ses conséquences immédiates. Ce n'est pas à renforcer l'opposition légale et constitutionnelle que s'occupèrent les comités, mais à transformer les élections de Paris en manifestation contre le gouvernement impérial. Pour mieux marquer les tendances nouvelles, on avait offert la candidature à M. Bancel, un des représentants expulsés au coup d"État, qui depuis ce temps habitait^ la Belgique. Le serment de M. Bancel, expédié de Bruxelles, arriva trop tard, et son nom dut être écarté. On se rabattit alors sur deux hommes qui avaient fait partie du gouvernement en 1848, sur M. Carnot et sur M. Garnier-Pagès. Mais même sur ces deux noms l'entente ne put s'établir : pendant que le Siècle inscrivait en tête de ses colonnes les candidatures de MM. Carnot et Garnier-Pagès, YOpinion nationale substituait à ce dernier nom celui de M. Théodore Bac, l'ancien membre de la Montagne; elle le choisissait surtout, disait-elle, comme ami de la Pologne, et parce que son nom signifiait : « Politique des nationalités à l extérieur. »
Pour les comités, il n'y avait de candidatures sérieuses que celles des deux membres du gouvernement provisoire, et c'est à les faire triompher qu'ils employèrent tous leurs efforts. Ils réussirent, grâce à
i\() HISTOIRE DE DOrZE ANS
la maladresse du gouvernement qui fit faire une descente de police chez M. Garnier-Pagès où s'étaient réunis une centaine d'électeurs et qui engagea ce ridicule procès des Treize, où on ne savait qui était le plus offensé du droit ou du bon sens.
Au point de vue de la politique générale, ces deux élections étaient infiniment regrettables; elles mettaient en péril la paix et la liberté. Elles renforçaient le parti de la guerre qui s'agitait autour de l'Empc- ' reur et qui poussait à une lutte contre la Russie. « Ce » n'est pas, disait avec raison la Presse, la guerre » déclarée, mais c'est la guerre mise aux voix et vo- » tée. » D'un autre côté, on pouvait craindre que le parti de la résistance qui était très fort dans les conseils impériaux ne poussât le souverain à faire appel à des mesures exceptionnelles, et, dans tous les cas, à mettre un temps d'arrêt aux réformes libérales.
Le danger de la guerre fut conjuré, grâce à l'attitude de l'Europe; mais la politique intérieure ressentit le contre- coup de la grosse faute commise par l'opposition. Les élections du 21 mars 1864 exercèrent sur l'esprit de l'Empereur une influence funeste; elles le rendirent rétif à toute idée de réformes ; il fallut trois années pour faire disparaître toutes ses défiances. Encore n'est-il pas sûr que, sans l'ébranlement ii'irible causé dans l'opinion par les triomphes de la Prusse en 1866, Napoléon III eût jamais consenti à écrire la lettre du 19 janvier et à entrer dans la voie des concessions libérales.
Quant à l'opposition de 1863, elle descendit très rapidement la pente qui mène à l'opposition révolutionnaire, et elle se trouva conduite à expulser de son