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LA SCISSION DE J.A GAUCHE

sein ceux de ses membres qui voulaient rester fidèles à la ligne politique qu'ils avaient suivie jusque-là.

La loi des coalitions servit de prétexte. Mais il est à remarquer que c'est seulement au lendemain des élections du 21 mars que les divergences s'accentuèrent sur cette loi et que la lutte prit ce caractère d'aigreur qui devait aboutir à une rupture éclatante.

Au moment où, dans la discussion de l'Adresse, la question des coalitions se présentait devant le Corps législatif, un seul sentiment semblait animer l'opposition; on tenait à ce qu'une réforme aussi profitable aux ouvriers ne rencontrât d'obstacles ni dans le gouvernement ni dans les Chambres. MM. Jules Simon et Emile Ollivier se trouvèrent d'accord pour demander que, dans l'amendement de la gauche, on substituât le mot mof///?cflY /on au mot abrogation qui avait éveillé les susceptibilités de la majorité.

Quand, à la fin du mois de février 1864, la discussion du projet de loi eut lieu dans les bureaux, l'accord continuait à subsister. Il s'en fallut de bien peu que la majorité de la commission fût composée de membres de la gauche. J'avais eu dans mon bureau la majorité au premier tour de scrutin, et il ne me manqua que trois voix, au ballottage, pour l'emporter sur mon concurrent. Dans son bureau, M. E. Picard aurait certainement été nommé, si |nos collègues de l'opposition s'étaient montrés plus assidus. MM. Ollivier et Jules Simon l'emportèrent dans leurs bureaux sur leurs concurrents.

Il se produisit, à propos de la nomination de M. Jules Simon, un incident qui mérite d'être noté. M. Jules Simon avait pour adversaire M. Jérôme Da-

vid; celui-ci soutenait crette fameuse théorie du droit commun, qui allait devenir bientôt le mot d'ordre de l'opposition; M. Jules Simon avait combattu avec une grande vivacité ce système, et ses arguments avaient paru si forts et si péremptoires qu'il avait entraîné de son côté la majorité des suffrages.

Par une singulière interversion des rôles, à ce moment, c'était M. Jules Simon qui voulait maintenir à la législation sur les coalitions son caractère restrictif et comminatoire, tandis que M. E. Ollivier et moi nous nous élevions contre le projet de loi équivoque qui était sorti des élucubrations du Conseil d'Etat. M. E. Ollivier a raconté l'entretien qu'il eut avec M. de Morny lors de la présentation delà loi; il démontra au président du Corps législatif qu'elle était détestable, qu'elle n'était qu'un trompe-l'œil, qu'on avait évidemment cherché à faire illusion à l'Empereur, et il déclara que, quant à lui, il était décidé à dénoncer Fartiflce et à démasquer la tromperie.

A la même date, j'avais reçu une première invitation à dîner aux Tuileries, et je m'y étais rendu avec quelques-uns de mes collègues de l'opposiiion. Après le dîner, l'Empereur m'aborda avec une brusquerie qui me déconcerta légèrement :

— « J'espère, lui dis-je, que Votre Majesté n'a pas » pris en mauvaise part l'opposition que j'ai faite à » son gouvernement.

— » Non, me dit-il, je n'en veux pas aux Cinq; ils » avaient été nommés pour faire de l'opposition, et )) ils ont rempli leur mandat; je n'eu veux qu'aux 9J . » à ces députés qui avaient été nommés pour soutenir » l'Empire, qui ont contrecarré ma politique à Texte-

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» rieur et qui ont cherché à me nuire et à me décon- » sidérer. Les Cinq m'ont fom^nl parfois des indica- » tions utiles. Ce sont eux qui m'o:-\t amené à proposer » des modifications à la législation sur les coalitions. . . » La Chambre est saisie du projet de loi. L'avez-vous » lu? qu'en pensez-vous?

— » Je pense que toute la loi est à refaire; le Con- » seil d'Etat n'a rien compris aux intentions de Votre » Majesté.

— » Comment cela?

— » Votre Majesté a voulu que la coalition fût » libre; elle l'est, d'après le projet de loi. Le fait de » coalition est considéré comme un acte licite ; mais, » par une contradiction étrange, la provocation à la » coalition est considérée comme un acte coupable.

— » Mais c'est absurde !

— » C'est cependant là toute l'économie du projet )) de loi.

— » Que faudrait-il faire à votre avis?

— » Il n'y a qu'un système acceptable, c'est » d'abroger les articles du Code pénal relatifs à la » coalition et à les remplacer par des dispositions » frappant les atteintes portées à la liberté du tra- )) vail.

— « Eh bien ! me dit l'Empereur, cherchez à amé- » liorer la loi en ce sens; je crois, qu'en effet, vous » avez raison, et, qu'en matière économique, il est » impossible de biaiser et de s'arrêter à des termes » moyens; c'est là que la liberté est le meilleur re- » mède. »

En me plaçant au point de vue que j'avais laissé entrevoir à l'Empereur, j'entrepris, dans la Presse, du

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projet de loi rédigé par le Conseil d'Etat, une critique . qui exerça une grande influence sur les travaux de la commission. La loi fut modifiée dans le sens que j'avais indiqué.

L'opposition obéissait à d'autres préoccupations. Il ne s'agissait plus pour elle d'améliorer une loi libérale dont l'Empire avait eu l'initiative ; il s'agissait de faire avorter la réforme, afin d'en enlever le profit au gouvernement. Le Siècle avait demandé que la question fût soumise à une enquête, où les ouvriers seraient entendus. Mais un simple ajournement ne remplissait qu'imparfaitement le but de ceux qui voulaient mettre l'Empire en échec. C'est alors qu'on inventa cet expédient absurde qui consistait à effacer du Code pénal les articles 414, 415 et 416 et à leur substituer ce qu'on appelait le droit commun. On a attribué à M. E, Picard ces paroles significatives : a. En demandant le droit 'commun^ je savais bien que )) je demandais une bêtise ; mais c'était le seul moyen )) de faire échouer la réforme proposée par l'Empe- » reur. Si la Chambre adoptait la loi telle que la » commission l'avait modifiée, nous mettions une » arme puissante aux mains des ouvriers, et l'Empire » voyait s'accroître sa popularité. » J'ignore si le spirituel député de Paris a jamais tenu ce langage ; mais, vrai, au fond, il exprime en quelques mots la pensée secrète de ceux qui réclamaient le retour au droit commun.

M. E. Ollivier se fit, dans le sein de la commission, l'adversaire le plus intraitable de ce système et, par une évolution dans les idées qui n'a jamais été expliquée, il arriva que M. Jules Simon, qui avait été

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nommé dans son bureau pour le combattre, s'en fit, au contraire, le plus chaleureux défenseur. M. E. 01livier fut nommé rapporteur de la loi. Ce fut le signal d'un formidable déchaînement. Avant même que le rapport fût connu, il était condamné. La gauche se prononça contre la loi, malgré les modifications profondes que la commission avait introduites dans le projet primitif; il ne restait absolument rien de ce projet ; la gauche n'en maintenait pas moins son amendement prononçant l'abrogation pure et simple des articles du Code pénal relatifs aux coalitions et l'application du droit commun. Dans une réunion tenue chez M. Marie, et à laquelle nous n'avions été convoqués, ni M. Ollivier ni moi, la minorité déclara qu'elle voterait en masse contre le projet de loi.

En vain M. E. Ollivier essaya-t-il de conjurer l'orage, en soumettant son travail à MM. J. Favre et E. Picard. M. J. Favre lui renvoya les épreuves qu'on lui avait communiquées en les accompagnant de paroles dédaigneuses qui déguisaient mal une rupture prochaine. M. E. Picard se montra tout aussi intraitable. La facilité avec laquelle il se laissa entraîner nous causa une blessure cruelle : jusqu'aux élections de 1863, M. E. Picard avait témoigné à M. Ollivier une confiance aveugle; il était vis-à-vis de lui plein de déférence; il usait de tous les moyens pour le mettre en relief, et il semblait avoir attaché sa fortune politique à la sienne. Comme je l'ai dit ailleurs, j'avais été admis en tiers dans les espérances d'avenir que caressaient ces deux amis inséparables. J'étais loin de me douter que, du jour au lendemain, notre allié de la veille allait passer dans le camp de nos

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adversaires. A quelles coDsidérations M. E. Picard céda-t-il en cette circonstance? Je ne l'ai jamais su, n'ayant jamais eu l'occasion de provoquer une explication. De l'intimité la plus complète, nous passâmes sans transition à l'hostilité la plus absolue.

On sait en quels termes brutaux, M. J. Favre, dans la discussion de la loi sur les coalitions, dénonça la rupture. « Il faut, s'écria-t-il, qu'on nous dise com- » ment on a abandonné d'anciennes opinions en pro- » posant ce qui les contredit absolument. » M. de Morny protesta contre cette prétention de demander à un collègue compte de son opinion. M. E. Ollivier déclara qu'il n'était pas de l'avis du Président : « Le » privilège de la vérité, dit-il, est de communiquer à » ceux qui la défendent le calme qui est en elle. Aussi » quelqu'étonnement douloureux que m'aient causé » certaines paroles que vous venez d'entendre, je ré- » pondrai comme ^ l'ai fait jusqu'ici, c'est-à-dire en » prouvant que j'ai raison et que mes adversaires ont » tort. »

La scission était accomplie. Elle emprunta une couleur tragique aux circonstances qui l'accompagnèrent. A la suite de la discussion, M. J. Favre et M. E. Ollivier se rencontrèrent dans l'hémicycle; M. J. Favre tendit la main à l'ami qu'il venait de cribler d'épigrammes sanglantes et d'accuser publiquement d'avoir renié ses anciennes opinions. M. E. Ollivier repoussa la main qui lui était tendue : « Nous no » sommes pas ici au Palais, » dit-il dédaigneusement. Puis, cédant au sentiment que lui inspirait une amitié ancienne, il courut vers M. J. Favre, avec l'espoir de lo ramener à lui. Mais le grand orateur s'était éloigné,

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emportant de cette poignée de mains refusée une rancune à laquelle il n'obéit pas toujours, mais qu'assurément il n'oublia jamais.

L'effet de cette rupture fut, non point, comme on l'a dit, de nous rejeter vers le gouvernement, mais de nous raffermir davantage dans la politique que nous avions adoptée et qui consistait à pousser le gouvernement dans la voie des réformes, sauf à revenir à l'opposition toutes les fois que nous nous trouverions en face de la résistance au progrès -et à la liberté. A user de ce système, nous avons souvent prêté le flanc à ces critiques sans cervelle qui n'admettent pas que la politique de mise en demeure soit, après tout, la plus féconde et la plus sûre ; mais nous avons obtenu des résultats que nous aurions certainement compromis par une hostilité systématique. Après la loi des coalitions, sont venues les lois sur les sociétés coopératives, sur les logements insalubres, sur l'enseignement secondaire spécial, sur l'enseignement technique, sur l'enseignement primaire, sur la suppression de la contrainte par corps, sur la liberté du courtage, sur l'abrogation de l'article 1781 du Code civil, sur la suppression des livrets, etc., etc., toutes lois inspirées par l'idée d'améliorer le sort des masses. Il est probable que si l'opposition était parvenue à faire rejeter la loi des coalitions, le gouvernement impérial, qui avait beaucoup de peine à obtenir pour les réformes économiques l'adhésion de ses députés dévoués, se fût arrêté dans cette voie et que les progrès ac complis auraient subi un ajournement indéiini.

A partir de ce moment, on ne nous convoqua plus aux réunions de la gauche, et nos démarches les plus

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innocentes devinrent des actes de ralliement au gouvernement.

Napoléon III, pendant son séjour en Angleterre, avait été frappé des avantages que le commerce et le. crédit retiraient de l'usage des chèques et des clearijujhouse, et il avait voulu doter la France de ce mode si économique de payement. Mais, comme toujours, le conseil d'Etat, se renfermant dans des considérations purement fiscales, n'avait traduit que d'une façon imparfaite la pensée impériale, et avait rédigé un projet de loi qui restreignait bien plus qu'il n'étendait les facilités du payement par chèques. J'avais, par un amendement, essayé d'améliorer ce projet de loi si peu pratique. Au moment où je me levai pour développer mon amendement, M. de Morny, qui était au fauteuil, me cria à demi-voix et en souriant : gare li'chec ! Ce jeu de mots me déconcerta, et me fit perdre un instant toute contenance. Mais je me rassurai bientôt, en voyant que la Chambre prêtait la plus grande attention à mes explications. Quand j'eus terminé, je m'aperçus que M. de Morny avait disparu du fauteuil et qu'il était allé s'asseoir sur les bancs des députés. 11 arrivait bien rarement à M. de Morny de prendre une part directe aux discussions des projets de lois. Cette fois, il s'y engagea à fond de train, et c'est bien certainement grâce à son intervention, que la Chambre se montra favorable à mon amendement. L'ajournement du projet de loi fut prononcé, et à quelques jours de là, le gouvernement le retira, en annonçant qu'il allait de nouveau mettre la question à l'étude.

Une commission fut formée, à l'effet, disait l'arrêté

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du ministre des finances, « d'étudier les dispositions » à insérer dans le projet de loi relatif au timbre des >> chèques. » Il était tout naturel, qu'on nommât, pour en faire partie, les membres du Corps législatif qui avaient trouvé insuffisant le projet du conseil d'Etat. C'est à ce titre que M. E. Ollivier et moi, nous fûmes designés. Mais quoi ! M. de Morny était membre de la commission, et de plus M. Rouher, ministre d'Etat, en était le président ! Il n'en fallut pas davantage pour qu'on tirât de ces faits des conclusions à perte de vue : « L'accouplement, disait le Prof/rès de » Lyon., des noms de MM. de Morny et Rouher dans » une commission non politique, est nn symptôme » qu'on ne laissera point passer sans commentaire. » Cela dépassait les limites de l'absurde et de l'odieux. Il était de notoriété publique que certains membres de la gauche avaient avec le gouvernement des rapports plus ou moins suivis. M. Jules Simon entr'autres ne négligeait aucune occasion de conférer sur les questions d'instruction publique avec M. Duruy, qui était son ami de longue date, et quand il s'agissait d'une institution économique qui pouvait rendre les plus grands services au commerce et au crédit, on nous déniait le droit d'apporter au gouvernement le tribut de nos conseils et de notre expé-

rience

Quand s'ouvrit la session de 1S65, les choses étaient arrivées à l'état aigu. M. E. Ollivier avait parfaitement accepté la situation nouvelle qui lui était faite, et il était résolu à accentuer davantage la politique des Cinq, que la gauche avait décidément abandonnée.

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L'élection des secrétaires vint fournir la preuve du système d'exclusion que voulaient nous appliquer nos amis de la veille. M. de Morny avait eu, en 1864, l'idée de rétablir l'usage, constant, dans toutes les assemblées délibérantes, d'appeler à faire partie du bureau un membre au moins de la minorité. Il en avait conféré avec des membres de la majorité, et il m'avait désigné à leurs suffrages pour un des postes de secrétaires. Mais la Chambre ne partageait pas toutes les tendances libérales de son président. J'avais obtenu un nombre de voix honorable ; ma candidature n'en avait pas moins échoué.

L'expérience fut renouvelée à l'ouverture de la session de 1865. Cette fois elle réussit. Je fus un des quatre secrétaires nommés au premier tour de scrutin. Ce fut le signal d'un déchaînement général de toute la presse opposante. Je fus traité comme lé dernier des transfuges. J'eus bientôt le secret de tous ces emportements ridicules. La gauche, dans le but de faire échec à l'opposition constitutionnelle, avait présenté au choix de la majorité le nom de M. Magnin ; elle avait en même temps encouragé les prétentions de M. Planât, député de la Charente, qui s'était fait fort d'obtenir toutes les voix du Tiers-Parti. MM. Magnin et Planât n'avaient pas été nommés. J'étais dès lors devenu l'élu de la majorité, et ce n'était, disait-on, qu"avec sa connivence, que j'étais parvenu à faire partie du bureau.

Un entrefilet signé JJavin, inséré dans le Siècle, amena une polémique qui fournit la note comique dans ce petit drame parlementaire. « La Presse, disait )) le Siècle, a tort d'avancer que MM. Ollivier et Dari-

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)) mon n'ont pas été convoqués aux réunions de l'oppo- » sition : l'honorable M. Glais-Bizoiu, chargé des » convocations, est là pour démentir cette assertion. )> Je rectifiai cette note dans une lettre adressée au Siècle. Mais j'eus le tort de vouloir épargner M. Glais- Bizoin avec qui j'avais eu jusque-là d'excellents rapports et que j'étais loin de soupçonner de manquer de droiture. Il en résulta une longue correspondance qui fit rire la galerie à nos dépens et qui ne fournit aucun éclaircissement au public.

Ce qui s'était passé, le voici :

Le jour de l'ouverture de la session, j'avais rencontré dans la salle des conférences M. Glais-Bizoin. Après les paroles de politesse banale qu'on échange entre gens qui ne se sont pas vus depuis longtemps, M. Glais-Bizoin me dit, en mâchonnant ses mots, suivant son habitude: « Il est bien fâcheux qu'il y ait » des divisions entre nous. Il serait à désirer qu'elles » ne se renouvelassent pas à cette session. — Cela ne )) dépend pas de nous, répondis-je. — Il faut faire cesce serces divisions au plus vite; elles sont déplorables; >' nous prêtons le flanc à nos adversaires, » Là-dessus, M. Glais-Bizoin m'avait quitté brusquement, sans m'avoir parlé une seule minute des réunions de la gauche et sans m'avoir pressenti à ce sujet.

La note du Siècle était donc mensongère. Mais elle avait un but, c'était de mettre les torts de notre côté. Ce n'était plus la gauche qui s'était séparée de nous, c'était nous qui nous étions séparés de la gauche.

Toutes ces roueries ne pouvaient rien contre un fait désormais irrémédiable. Sans désapprouver ma polémique avec M, Glais-I3izoin, M, E], OUivier me dit

que, pour son compte, s'il avait été convoqué à la réunion de la gauche, il aurait refusé de s'y rendre, jugeant qu'il était de sa dignité de ne pas laisser se prolonger plus longtemps une équivoque. C'était à la gauche à revenir à nous; nous étions restés fidèles au pacte contracté avec nos électeurs. Nous n'avions plus rien à faire avec des gens qui voulaient nous entraîner dans une ligne de conduite que nous avions répudiée en entrant dans la Chambre.

Après un pareil éclat, il ne restait plus à M. E. 01livier qu'une chose à faire, c'était d'affirmer hautement et énergiquement la politique qu'il suivrait à l'avenir. Ce fut l'objet du discours du 27 mars 1865. Ce discours produisit dans les régions gouvernementales un effet prodigieux. Les partisans de la politique de résistance en furent désarçonnés du premier coup; les amis des réformes libérales reprirent confiance, et ils purent espérer de rencontrer plus de faveur pour les projets qu'ils caressaient en secret. A la Chambre, l'effet produit ne fut pas immédiat; la majorité se trouva plus étonnée que ravie; la modération de M. |E. OUivier lui faisait peur. Mais dans le Tiers-Parti, parmi les députés qui avaient traversé les Chambres sous la monarchie constitutionnelle, on se trouvait heureux d'avoir rencontré un pareil auxiliaire. Le discours de M. E. Ollivier fut' considéré comme la préface d'un mouvement en avant. [L'élan qui fut donné alors ne s'est plus arrêté depuis.

La scission de la gauche fut donc en soi un événement considérable. Elle eut sur les événements qui suivirent une énorme influence. On sait quel rôle important joua M. Ollivier dans tous les changements

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