‹ Histoire de douze ansChapitre 44 sur 67 · I.A LETTIiK 1)1 li) JANVIER lM(i7 iil · texte numérisé non relu

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M. Clément Duvernois a rempli dans cet imbroglio un véritable rôle de dissolvant. Embusqué derrière les colonnes de la Liberté et recevant les encouragements et les confidences de hautes personnalités sur l'influence desquelles il se faisait de grandes illusions, il avait déclaré à M. Roulier une guerre sans pitié ni merci. Il annonçait des résistances sérieuses à la réalisation du programme de l'Empereur, et il en rendait M. Rouher responsable d'avance. CTest pour cola, disait-il chaque jour, qu'il appelait l'avènement des hommes nouveaux. Les choses en vinrent à tel point que M. Rouher crut devoir protester contre les intentions qu'on lui prêtait; il écrivit le 27 janvier à M. Emile Ollivier : « Au fond, croyez que je cherche à assurer » au programme de l'Empereur l'exécution la plus » sincère et la plus loyale; toute autre solution serait » sans valeur. )>

' En s'exprimant ainsi, M. Rouher était sincère. Mais il commit une faute grave : il ne donna aucune suite aux entretiens que l'Empereur lui avait recommandé d'avoir avec M. Emile Ollivier. Les gens qui avaient intérêt à rompre la bonne harmonie qui avait régné jusque-là entre ces deux hommes eurent dès lors le champ libre ; ils en profitèrent pour aigrir des rapports qui n'avaient eu, pendant quelques jours, qu'une cordialité apparente. On répandit le bruit que M. Rouher, dans le conseil des ministres, avait appuyé le maintien de l'autorisation préalable en matière de presse. M. Clément Duvernois s'empressa de publier, dans la Liberté, un article effaré intitulé : le Minimum, dans lequel on accusait le cabinet de vouloir réduire à rien les libertés promises. Au bout de quelques jours, les

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nouvelles étaient reconnues fausses ; mais le coup était porté. Malgré lui et à son insu, M. Emile OUivier était devenu l'antagoniste obligé de M. Rouher.

Ce n'était pas, à proprement parler, dans le cabinet que se montrait l'esprit de résistance. Les ministres avaient trouvé dans l'Empereur une décision qui décourageait tous les scrupules. Mais il s'était formé dans la majorité un groupe qui paraissait déterminé à faire obstacle aux réformes. Ou faisait dans ce groupe assez bon marché de la suppression de l'autorisation préalable pour les journaux ; mais on avait espéré que le droit de réunion ne s'appliquerait pas aux réunions électorales préparatoires. Or, le ,30 janvier, le conseil des ministres avait décidé que les réunions électorales seraient comprises dans la loi. Aussi la salle des conférences était-elle pleine de figures irritées, et l'on commençait à faire entendre des paroles malsonnantes. M. Jérôme David surtout se répandait en plaintes amères : « Avec ce système, me » dit-il, il sera impossible à un préfet de faire passer » un candidat du gouvernement. » — « Avant six » mois, s'écriait un autre, nous aurons des coups de » canon. L'Empire tombe dans les mêmes erreurs que » la Restauration et la Monarchie de juillet; il périra )) de la même manière. »

Il y avait eu, le 1*"' février, un dîner à la présidence du Corps législatif. Beaucoup de députés de la majorité y assistaient, et M. Walewski avait pu voir quels progrès avait fait l'opposition. M. Granier de Cassagnac assistait à ce dîner. « Il ne faut pas, s'écriait-il, » seulement s'opposer aux mesures ; il faut les em- » pêcher de se produire. » Ces paroles rencontraient

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naturellement de l'écho parmi les hommes qui devaient leur situation à la candidature officielle et qui se sentaient menacés dans leur avenir politique. M. le duc d'Albuféra^ qui se rapprochait pourtant du Tiers- Parti, était un de ceux qui faisaient chorus et qui applaudissaient le plus bruyamment aux paroles de M. Granier de Cassagnac.

Tous ne se montraient pas du reste aussi violents. Beaucoup, parmi ceux qui étaient fort effrayés au début, commençaient à revenir à des sentiments plus raisonnables. Ce qu'ils réclamaient avant tout, c'est que M. Rouher restât ministre. Un grand nombre de députés déclaraient que si on leur démontrait que la raison d'Etat exigeait les mesures proposées, ils les voteraient avec empressement. Pour amener ces esprits flottants et incertains, il avait suffi d'un moyen considéré comme infaillible; on leur avait fait entrevoir la possibilité d'une dissolution, et devant cette menace, ils avaient mis une sourdine à leur mécontentement. Ils comprenaient en effet qu'un appel aux électeurs donnerait au gouvernement le beau rôle, puisqu'il aurait le bénéfice de ses intentions libérales. Aussi, au bout de quelques jours, le parti de la résistance avait vu diminuer ses chances. Une sorte de convention tacite s'était formée pour attendre l'ouverture de la session et le discours de la Couronne.

Mais, si sur le fond des réformes, il s'opérait une sorte d'apaisement, les questions de personnes s'envenimaient. Il y avait dans la Chambre un petit groupe de députés qui annonçaient chaque jour l'avènement prochain de M. Emile Ollivier, Ils parlaient en termes mystérieux des entretiens qu'il avait eus avec l'Empe-

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reur et de la lettre très flatteuse que le souveraiu lui avait écrite. Ils ne montraient pas cette lettre; mais ils assuraient en avoir reçu communication, et ils prétendaient qu'elle faisait à M. Emile Ollivier une situation hors de pair. Ces bruits colportés dans les couloirs, à la Bourse et dans les cercles, y répandaient le doute et l'inquiétude. Le 4 février, aux Italiens, on s'était montré ému «outre mesure. Les frères Isaac et Emile Pereire s'agitaient beaucoup au foyer du théâtre pour rassurer les esprits ébranlés. Ils se déclaraient autorisés à dire qu'il n'y avait pas un mot de vrai dans les commérages mis en circulation .par de prétendus amis de M. Emile Ollivier. « Celui-ci 1' avait eu en effet une entrevue avec l'Empereur; » mais elle n'avait pas la portée qu'on lui attribuait. » M. Walewski avait conduit M. Emile Ollivier aux » Tuileries, afin de lui permettre de développer les » idées qu'il exposait dans un Mémoire remis à l'Em- » pereur. L'Empereur lui avait, à la suite de cet en- » tretien, adressé une lettre fort courte et fort polie, » qui n'était qu'un simple accusé do réception. » La lettre de l'Empereur à M. Emile Ollivier était quelque chose do plus ; mais elle intriguait fort le monde politique et les ministres. Par un motif fort louable de discrétion, M. Emile Ollivier n'en avait donné communication qu'à un petit nombre d'amis intimes. Il n'en faisait voir qu'une copie, de sorte qu'on ne pouvait savoir si la lettre était de la main de l'Empereur ou si elle avait été simplement écrite par son secrétaire particulier, distinction importante, paraît-il, aux yeux de certaines gens. L'Empereur avait écrit à M. Emile Ollivier sans prévenir les membres du

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