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cabinet; de sorte qu'ils ne savaient pas quelle était la valeur de cette missive. M. Auguste Chevalier, mon collègue, me dit dans un coin que tous ces commentaires arrêtaient les affaires et troublaient les ministres. Ressaya de tirer de moi quelque éclaircissement ; mais je ne pus le satisfaire. J'avais, comme tout le monde, entendu parler de la lettre ; je n'en a^ais pas pris connaissance, et les personnes qui l'avaient lue en avaient reçu les impressions les plus contradictoires.
Je crois que tout le bruit à propos de cette lettre provenait de ce que les personnes qui en colportaient des fragments se taisaient sur la date où elle avait été écrite; la lettre portait la date du 1:2 janvier, et on lui attribuait une origine plus récente. C'était là une manoeuvre répréhensible, car elle créait des divisions et des rivalités dans le moment où la conciliation et l'apaisement étaient le plus nécessaires.
Est-ce à dire que les bruits de modifications ministérielles fussent absolument faux ? Il avait été, en effet, un moment question de remplacer M. de La Valette que le rétablissement de la tribune effrayait fort. « Je » suis malade, et déplus bien vieux», m'avait-il dit dans une visite que je lui avais rendue. On avait parlé d'appeler M. Henri Chevreau au ministère de l'Intérieur; mais le projet n'avait pas tenu. M. de La Valette s'était résigné à rester, en attendant que l'oc casion se présentât pour lui de se retirer ou de prendre un autre portefeuille.
Une tentative qui paraissait toute naturelle, c'était de constituer le Tiers-Parti à l'état de groupe séparé et marchant en dehors de la majorité. Elle fut faite; mais elle échoua. M. Buffet, avec qui j'eus l'occasion
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de m'entretenir quelques jours avant l'ouverture de la session, me déclara qu'il n'y avait jamais eu un groupe de députés à qui ce nom put s'appliquer. « Il y a eu, » me dit-il, l'année dernière, quelques députés de la )) majorité qui se sont entendus pour proposer un ■ » amendement libéral à l'Adresse ; ils sont convenus )> d'une rédaction, et ils l'ont soumise à la signature, ') puis au vote de leurs collègues. Il n'y a eu rien de » plus. Quant à M. Emile Ollivier, je ne l'ai pas vu » depuis six mois, et il n'a jamais été question de )> combinaison ministérielle dans laquelle nous dus- " sions entrer ensemble. »
MM. Chevandierde ValdrômeetdeTalhouëttenaient le mémo langage. Il aurait été impolitique, suivant eux, « de constituer un Tiers-Parti en dehors de lamajorité; » le seul point sur lequel on n'avait pu s'entendre ') l'année précédente^, c'était «ur l'opportunité des ré- » former; mais aujourd'hui les divergences devaient » cesser, et la majorité se réunir dans les mêmes sen- » timents. »
M. Walewski était opposé à tous ces efforts pour constituer un Tiers-Parti. Il se désolait de voir que M. Emile Ollivier se tenait à l'écart. « Il devrait bien, » me disait-il, venirprendre langue quelquefois à la » salle des conférences. Il importe qu'il entre en re- » lations avec la majorité. Son abstention peut être » mal interprétée. D'ailleurs, ne faut-il pas que tôt ou » tard il se trouve en face de ses collègues? Au lieu de » diminuer les points de contact, il devrait s'attacher » à les multiplier. Il serait désirable qu'il assistât à » la séance impériale. »
Malgré les résistances qu'ils rencontraient, quelques
députés persistaient dans leur projet de former un groupe destiné à- manœuvrer entre la gauche et la majorité. L'élection des secrétaires qui devait avoir lieu le premier jour de la session leur parut une occasion propice.
Le coup fut préparé de longue main. Habituellement, il y avait à pourvoir à deux vacances, deux secrétaires sortant par suite du roulement. Mais, cette année-là^ M. Tlioinnet de La Thurmelière, pour des motifs tout personnels, déclara qu'il ne se représenterait pas pour faire partie du bureau, ce qui portait à trois le chiffre des secrétaires à élire. M. Busson-Billault, un des secrétaires sortants, crut qu'en présence de la détermination de M. Thoinnet de la Thurmelière, il n'y avait aucun inconvénient pour lui à poser sa candidature.
Cette résolution de M. Busson-Billault rompait l'ordre du roulement, et remettait en question la réélection de tous les anciens secrétaires. Elle favorisait dans tous les cas, les projets du groupe de députés qui voulait faire de la réorganisation du bureau le point de départ d'une nouvelle stratégie politique.
Les candidats mis en avant étaient MM. Brame et Martel. Ces deux députés étaient à tous égards dignes des suffrages de la Chambre. Mais ils devenaient à leur insu des instruments de désorganisation. On voulait surtout écarter M. A^'elles de La Valette, afin d'atteindre M. Rouher, son beau-père. On cherchait également à m'éliminer, parce que j'avais cessé, disait-on, de faire partie de l'opposition, prétexte étrange de la part de gens qui aspiraient à entrer, soit par eux-mêmes, soit par leurs amis, dans les conseils du gouvernement.
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Il y avait là un danger qu'il fallait conjurer. La manifestation qui se préparait devait avoir pour résultat d'irriter la majorité qui y verrait l'intention de former une petite église destinée à la remplacer ou à la dominer. C'était ramener par une voie indirecte les questions de personnes et préparer une crise plus ou moins prochaine.
Il y eut, le 13 février, la veille de l'ouverture de la session, un dîner auquel assistaient les principa,ux membres de la majorité et les membres de l'ancien bureau. Il fut décidé que des mesures seraient prises pour déjouer la manœuvre qui s'organisait et pour former de la majorité un tout solide et compact.
Si je n'avais consulté que mes convenances personnelles, je me serais très volontiers retiré. Les fonctions de secrétaire que j'occupais depuis deux ans exigeaient une grande assiduité aux séances. Or, l'année 1867 se présentait à moi avec des devoirs multiples qui absorbaient presque tout mon temps: j'étais, à l'Exposition universelle, le président de la classe du travail manuel qui exigeait de ma part une surveillance continuelle ; j'étais membre du jury international ; à la Chambre, j'étais le secrétaire de la commission de la loi des sociétés, et j'avais à préparer la discussion qui menaçait d'occuper de longues séances ; il m'était bien difficile de ne pas prendre part à l'étude et à la préparation de lois sur la presse et sur le droit de réunion. Dans ces conditions, il m'eût été fort agréable de céder la place soit à M. Brame, soit à M. Martel. Mais j'aurais eu l'air d'accepter une exclusion injuste à tous égards ; j'avais, en effet, voté avec les 42, et si je m'étais rapproché de la majorité, je n'avais pas,
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à proprement parler, cessé d'être un homme d'opposition. Le retrait de ma candidature eût donné lieu à une foule d'interprétations fâcheuses et eût amené le triomphe de la coterie qui cherchait à se constituer. Je me décidai donc à accepter la lutte.
Elle fut très vive. A l'issue de la première séance, un certain nombre de membres de la majorité se réunirent dans le local du premier bureau pour arrêter la liste des candidats qui devaient être présentés aux suffrages de la Chambre.
Il fut décidé : 1° qu'on maintiendrait ceux des secrétaires que le roulement n'avait pas fait sortir ; 2° qu'on dresserait la liste des candidats qui se présenteraient pour occuper les places vacantes ; 3°que ces noms seraient placés dans une urne et qu'on tirerait au sort les candidats que la majorité soutiendrait de ses votes. L'urne étant absente, on eut l'idée malheureuse de larem.placer par un chapeau. Le sort désigna MM. Mège, de Conegliano et de Guilloutet.
Quoique la plus grande impartialité eût présidé au chqix de cette liste, elle ne rencontra pas un assentiment . unanime. On trouva que le procédé employé était un peu trop expéditif. Dans la salle des conférences, les candidats portés sur la liste avaient reçu le nom de candidats du chapeau. Aussi les dissidents, qui avaient été sur le point d'abandonner la partie, reprirent-ils courage. On faisait une propagande acharnée dans les couloirs en faveur de la liste Brame-Martel . M. AValewski n'appuyait que très mollement la liste de la majorité ; les noms qui la composait n'avaient pas toutes ses sympathies. Mais M. E.Ollivier était très net; il blâmait hautement l'idée de faire une manifestation
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à ijropos de l'élection des secrétaires et il conseillait à ses amis d'j renoncer ou du moins de s'abstenir. Le moment lui paraissait mal choisi pour faire une démarche qui, de quelque côté qu'on l'envisageât, ne pouvait être qu'un acte d'hostilité.
On procéda au vote. La liste du premier bureau passa tout entière au premier tour, ou peu s'en faut. M. Martel obtint moins de voix que l'année précédente. Quant à M. Brame, il n'était arrivé que dixième, aA'ec 38 voix seulement.
Au fond, M.Walewski n'eût pas été fâché que la liste échouât. Outre que ses instincts le rapprochaient des gens du Tiers-Parti, il se rendait parfaitement compte que la direction de la majorité lui échappait peu à peu et qu'il n'était déjà plus l'homme de la Chambre. Il n'avait pu déguiser ses antipathies pour certaines personnalités dont les noms figuraient sur la liste. Ses amis avaient manœuvré avec tant de maladresse, que l'élection des secrétaires fut pour lui un véritable échec personnel. J'en fus, pour mon compte, très désolé, car nos relations avaient toujours été excellentes.
Le discours de la Couronne amena un certain apaisement. Le Tiers-Parti se déclarait satisfait du paragraphe relatif aux questions intérieures. La Chambre avait fortement applaudi la péroraison du discours où l'Empereur faisait appel à son concours pour l'aider « dans l'œuvre difficile de gouverner un peuple, » et oùiljetaitledédainccsur les utopies dangereuses et sur )) les excitations des partis ». M. Walewski eut aussi un grand succès le lendemain ; il trouva le m'oyen d'attribuer à l'influence de la majorité les réformes li-