‹ Histoire de douze ansChapitre 46 sur 67 · I.A I.ETTIiK i)i: If» .lANVIF.U \i<i>' 2H · texte numérisé non relu

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bérales concédées par l'Empereur. Beaucoup, de députés ne demandèrent pas mieux que de le croire, et on sut gré à M. Walewski d'avoir ainsi rassuré les consciences trop scrupuleuses.

Mais les questions de personnes avaient pris une trop grande place depuis deux mois pour que la paix pût durer longtemps. La guerre recommença à propos d'une simple difficulté de procédure. Il s'agissait de savoir si, aux termes du décret qui réglementait le droit d'interpellation, les auteurs d'une demande d'interpellation pourraie)it la déposer en séance publique et en indiquer les motifs, ou bien s'ils devraient se contenter de l'envoyer directement et par écrit au Président. Le règlement était formel, et c'est dans le sens de la seconde alternative qu'il devait être interprété ; on avait voulu éviter que l'interpellation servît de prétexte à des développements qui rendraient inutile l'autorisation préalable des bureaux. Mais un certain nombre de députés étaient d'avis que la Chambre no pouvait se prononcer en connaissance de cause, si on ne lui indiquait pas les raisons qui avaient dicté l'interpellation. Les signataires étant dans l'impossibilité de se transporter dans les neuf bureaux, il était nécessaire, suivant eux^ qu'ils pussent accompagner l'interpellation d'une sorte d'exposé des motifs.

La question fut discutée entre le Président et les secrétaires. Quelques-uns d'entre eux penchaient vers l'interprétation la plus large; mais en consultant les textes, nous les trouvâmes tellement clairs qu'il n'était pas possible de les éluder. Il fut décidé qu'on suivrait strictement le règlement.

Malheureusement pour lui, à la première demande

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d'interpellation qui fut présentée, M. Walewski perdit littéralement la tète. M. Lanjuinais, qui voulait interpeller le gouvernement sur la suppression de l'Adresse déposa sa demande en séance publique, au lieu de la remettre au Président. M. "Wale\vski donna de la procédure à suivre une interprétation tellement embrouillée, que M. Ernest Picard en prit texte immédiatement pour interpeller à son tour le gouvernement sur les ordres en vertu desquels le secret des lettres n'était plus respecté. Le règlement s'en allait à vau-leau; le Président essaya vainement de le repêcher ; il contribua à l'enfoncer davantage.

Cet incident fut le signal d'un grand déchaînement contre M. Walewski. On n'était pas bien loin de l'accuser de trahison. On racontait que, dans un conseil des ministres auquel il assistait, il avait été décidé que le règlement serait rigoureusement appliqué, et qu'aucune demande d'interpellation ne devait se produire en séance publique avant d'avoir été autorisée par les bureaux.

Dans le monde officiel, on déclarait que le règlement avait été violé, et on se mit à rechercher gravement les moyens d'effacer les traces du précédent qui venait d'être créé. On comptait pour cela sur la fermeté delà majorité. Mais la majorité, outre quelle ne comprenait rien à ces subtilités, ne se montrait pas disposée à se laisser conduire. On trouvait d'ailleurs que le Président ne pouvait agir autrement qu'il ne 1 avait fait. De quelque façon qu'on s'y prît, les demandes d'interpellation ne pouvaient échapper à la ■ publicité. Les signataires n'avaient-ils pas la ressource des journaux? Avec la procédure réglementaire, il

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arriverait que le public aurait connaissance des interpellations avant les députés. C'était inadn:iissible. Et puis, on entrevoyait le dessein des ultras d'enterrer les questions indiscrètes et de réduire le droit d'interpellation à ses plus étroites limites, et pourquoi ne pas le dire? à rien. Tout cela paraissait illogique et absurde. Le précédent resta acquis ; mais on commença à élever des doutes sur les capacités prôsidentielles de M. Walewski.

Quand l'interpellation Lanjuinais fut soumise à la discu>5sion des bureaux, elle fut combattue très vivement par les ultras. Mais on put s'apercevoir que ceux-ci obéissaient à un mot d'ordre qui ne partait pas des régions officielles. Ainsi, c'est M. de Montjoyeux , un des amis de M. le marquis de La Valette, qui avait parlé dans son bureau en faveur de l'interpellation et qui avait contribué à la faire admettre.

M. E. Ollivier nous apprend qu'à la veille de la discussion sur l'interpellation Lanjuinais, il soutint,dans une réunion qui eut lieu chez M. de Janzé, que les signataires de l'amendement des 42 devaient voter l'ordre du jour pur et simple, « quoique, dit-il, le » droit d'interpellation ne parût pas au plus grand » nombre un équivalent du droit' d'Adresse. » Il eût été à désirer que tout le monde fût animé des mêmes sentiments de conciliation. Mais M. de Girardin s'était emparé du nom de M. E. Ollivier pour le mettre continuellement en opposition avec celui de M. Rouher. Les lois- destinées à régir la presse et le droit de réunion n'avaient pas encore été élaborées par le conseil d'État que M, de Girardin opposait aux lois- Rouhev ce qu'il appelait lois-Ollivier. De vives discus-

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sions s'engageaient dans la presse. Il y avait évidemment des hommes politiques intéressés à amener entre M. E. Ollivier et M. Rouher une rupture éclatante.

L'interpellation de M. Lanjuinais sur la suppression de l'Adresse eut lieu lo i^o février. La discussion fut conduite de la façon la plus maladroite. On avait recommandé à M. Walewski d'appliquer complètement les dispositions du sénatus-consulte du 6 juillet 1866 et d'empêcher que la Constitution fût discutée. Il exécuta les instructions qu'il avait reçues avec une rigueur intempestive. M. Lanjuinais qui voulait prouver que les modifications apportées au décret du 24 novembre 1860 n'étaient pas dans l'esprit de la Constitution, futforcé d'interrompre sa démonstration. Après un discours de M. Jules Favre, parlant au nom de la gauche, on avait réclamé la clôture ; mais M. Emile Ollivier avait demandé la parole et M. Walewski tenait beaucoup à ce qu'il parlât. Il avait raison; car M. Emile <)llivier était, paraît-il, décidé à faire une déclaration favorable aux réformes du 19 janvier et à en finir une bonne fois avec la gauche. Mais pour obtenir la continuation de la discussion, il n'était pas nécessaire d'avoir recours à un subterfuge ; il était visible en effet que, sien lui donnait de bonnes raisons, la majorité n'insisterait pas sur la clôture. La clôture fut mise aux voix, et sans consulter les secrétaires sur le résultat du vote, qui paraissait douteux,?'!. Walewski décida que la discussion continuerait.

Les membres du bureau furent, à leur sortie de la salle, l'objet des interpellations les plus vives. Le

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garde des sceaux, M. Baroclie, déclara que cette façon de procéder mettait le gouvernement dans l'embarras. Les secrétaires, placés dans une situation fausse, parlaient de donn(;r leur démission. Mais le lendemain, à la suite d'une longue explication sur l'incident, le Président avoua qu'il avait eu tort en omettant de consulter le bureau. Devant cette déclaration, les secrétaires n'insistèrent pas.

La journée du 26 février 1867 a été le point aigu de la crise ^ouverte par le décret du 19 janvier. C'est de ce jour-là que date réellement la rivalité fâcheuse qui s'est établie entre M. E. Ollivier et M. Roulier. Jusque-là, ils avaient paru marcher d'accord, ne tenant aucun compte du tapage qui se faisait autour de leurs noms, et écartant toutes les tentatives de division qu'on voulait établir entre eux.

Au début de la séance, il était naturel que M. E. Ollivier prît le premier la parole, puisqu'il était inscrit. Mais M. Rouher réclama le bénéfice du privilège qui accorde la priorité à un ministre sur tout autre orateur. Il parla et longuement. Son discours fut un hommage éclatant renduaux réformes du 19 janvier. Après ce discours, il ne restait à M. E. Ollivier que l'alternative, ou de se taire, ou de prendre acte des déclarations de M. le ministre d'Etat. Il réclama la parole. Aussitôt des clameurs s'élevèrent des bancs de la majorité; on demanda avec insistance la clôture. La manœuvre se laissait trop apercevoir. Aussi M. E. Ollivier n'eut aucune peine pour ramener la Chambre au sentiment de la justice. La clôture ne fut point prononcée, et la parole lui fut maintenue. Il n'en usa que pour donner en peu de mots une adhésion sans

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réserve au discours de M. Rouher et pour inviter ses ses amis « à se réunir à ceux qui exprimeront leur » satisfaction et leur confiance en A'otant l'ordre du » jour. »

M. Rouher avait évidemment pris pour lui le beau rôle, et, bien qu'il eût usé pour l'obtenir d'une tactique un peu brutale, le beau rôle lui restait. M. Emile 01livier en paraissait légèrement amoindri. En réalité, il avait obéi, comme il lui est arrivé souvent, à sa nature prime-sautière. Mais le monde politique, qui ne juge le plus souvent les actes que sur les apparences, se montra impitoyable. M. Emile de Girardin donna le signal par son fameux article : Leti réserves qui n'ont pas été faites, dans lequel, parodiant le mot du Journal des Débats à M. Guizot. il disait à son allié de la veille : « Vous pouvez avoir encore notre estime , mais >■> vous n'aurez plus notre concours. »

Cet incident parlcinentaire eut un long retentissement. Le lendemain 27 février, avait lieu au Vaudeville, la première représentation des Brebis galeuses, de Théodore Barrière. On s'entretenait bien moins de la pièce dans les couloirs que de l'attitude prise par M. Emile OUivier. L'article de M. de Girardin servait de thème aux commentaires. On racontait que la veille, en sortant de la séance, le directeur de la Liberté avait dit : <■ Ou M. Ollivier a un portefeuille dans sa » poche, bu il est devenu fou. » M. de Girardin était fort entouré et fort interrogé. En passant devant sa loge qui était ouverte, je l'entendis qui disait à M. Paul de Saint- Victor : « Je ne l'ai jeté si brutalement à la » mer que pour avoir occasion de le repêcher dans » deux ou trois mois. «

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