‹ Histoire de douze ansChapitre 47 sur 67 · I.A l.ETTRK Ur I'» .lANVIKR I.SH7 H · texte numérisé non relu

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Il n'attendit pas aussi longtemps; car, dès le 28 février,il prenait sa meilleure plume pour défendre contre les attaques des journaux officieux celui dont il s'était séparé la veille avec tant d'éclat. Mais la rupture n'en était pas moins définitive. M. E. de Girardin, déçu dans l'espoir, longtemps caressé, de voir arriver au pouvoir un homme représentant ses idées, s'était lancé dans une opposition violente contre l'Empire. La Liberté avait été saisie, et l'éminentpubliciste avait été s'asseoir sur les bancs de la police correctionnelle. Celui qui se donnait le nom de Condamné du 6 7nars pouvait, pour son compte, procéder à ce qu'il appelait YAînputation. Il n'y avait plus d'entente possible entre lui etM. Emile Ollivier.

Au reste, une réaction en faveur de ce dernier s'était produite au bout de quelques jours dans le sein de la Chambre. On disait que l'Empereur l'avait fait appeler pour le complimenter sur son attitude. Devant les députés qui faisaient partie de sa Maison, le souverain s'était exprimé en termes sévères sur l'hostilité qu'on paraissait témoigner au député de Paris. Il avait chargé M. de La Valette de blâmer fortement un article violent publié dans le Pai/s par M. Granier de Cassagnac. On avait eu vent de tout cela dans la Chambre. Aussi les sentiments des députés se mirent à l'unisson, et on entendit M. Mathieu, un futur compétiteur, dire en pleine salle des conférences qu' «il V était impolitique de repousser M. Emile Ollivier » puisqu'il venait à la majorité. » Le 10 mars, les bureaux nommèrent la commission chargée d'examiner le projet de loi ayant pour objet de décerner une récompense à Lamartine, et en témoignage de

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bon vouloir, M. E. Ollivier fut choisi comme membre et rapporteur de la commission.

Pendant que le Corps législatif s'épuisait en débats stériles sur des rivalités personnelles, le gouvernement avait réussi à faire adopter un sénatus-consulte qui permettait au Sénat d'annuler ou de suspendre une loi votée par les députés du pays. C'était un moyen de contrebalancer l'action directe du Corps législatif. Le Sénat avait voté sans bien se rendre compte de l'importance de l'innovation. Les parlementaires y avaient vu un acheminement vers le système des deux Chambres et y avaient applaudi. M, Ernest Picard seul crut y apercevoir un amoindrissement de la Chambre issue du suifrage universel. Il demanda à interpeller le gouvernement ; mais sa demande fut repoussée par les bureaux (jui bien certainement n'en comprirent pas la portée.

La Chambre était du reste préoccupée de deux faits qui l'empêchaiefit de porter ailleurs son attention : le gouvernement venait de déposer sur le bureau les projets de loi concernant la presse et le droit de réunion; d'autre part, les bureaux avaient admis une interpellation de M. Thiers « sur les affaires extérieures. » On n'avait soumis aux bureaux cette interpellation que pour la forme; car, au lendemain du 19 janvier, le Moniteur avait publié la note suivante dont le texte avait été fourni par M. Emile Ollivier :

« Le gouvernement a le vif désir de soumettre à » l'appréciation des grands corps de l'État les motifs » qui ont déterminé sa conduite dans la politique exté- » rieure. La suppression des débats de l'Adresse ne » retardera pas ces explications, car lo gouvernement

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» est décidé à accepter dès le début de la session les » demandes d'interpellation qui lui seront adressées » sur les affaires étrangères. »

Cette discussion sur les affaires extérieures fut un véritable tournoi oratoire; M. Thiers y prononça le fameux discours qui se terminait par ce trait venimeux : Prenez garde, il n'y a plus une senle faute à commettre. Cette fois, M. E. Ollivier trouva le moyen de prendre sa revanche. Il répliqua à M. Thiers et remporta un triomphe complet. M. Rouher eut beau le lendemain se surpasser lui-même ; il ne parvint pas à effacer l'impression produite par l'orateur que les circonstances lui avaient donné pour rival. Le 14 mars, on ne parlait aux Tuileries où il y avait une grande réception que du discours de M. Thiers, et les critiques sanglantes dirigées contre la politique impériale dans les affaires de 18()6 avaient allongé les visages. Le lendemain, à la soirée de la Présidence du Corps législatif, les mêmes personnes étaient rayonnantes. On déclarait qu'après le discours de M. E. Ollivier, il n'y avait plus rien à dire et que M. Rouher avait reçu u la monnaie de sa pièce ». On s'élevait contre les interruptions dont l'Extrême-Droite avait éraaillé ce discours qu'on considérait comme un grand acte politique; on les trouvait d'autant plus maladroites qu'aux yeux des esprits inattentifs, elles pouvaient passer pour des adhésions aux allégations de M. Thiers. Les amis de l'homme d'État de la place Saint-Georges et les gens du Tiers-Parti se montraient consternés. On avait remarqué que M. Buffet, qui avait ponctué de Très bien le discours de M. Thiers, avait haussé les épaules à plusieurs reprises nendant le discours de

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M. Ollivier. Le 16 mars, M. Clément Duvernois, s'inspirant de ses rancunes, publiait un article très violent dans lequel il appelait M. E. Ollivier le nouveau membre de la majorité.

Le 18 mars, comme je prenais ma place au bureau, un de mes collègues, M. Mège \ qui était de service avec moi, médit : « Nous fondons un cercle, voulez- V vous en être ? — Je répondis : Quelle en sera la » composition ? — On ne fera exclusion de personne. » me dit M. Mège; seulement on fera surtout appel )) aux membres de la majorité; tous les membres du " bureau ont déjà donné leur adhésion. Vous ne pou- » vez, sans faire injure à la majorité qui vous amain- » tenu à votre poste de secrétaire, refuser votre >■> adhésion. — Eh bien, dis-je à M. Mège, inscrivez- » moi. Au lendemain du jour où l'Empereur donne les » libertés que j'ai si souvent réclamées, j'aurais en » effet mauvaise grâce à me séparer de mes collègues ; » j'aurais l'air de me réserver. J'ai toujours été très » net. Dites à vos amis qu'ils ne me trouveront jamais » parmi les partisans de L'équivoque. »

Il s'agissait de la réunion qui a acquis une certaine célébrité sous le nom de Cercle de la rue de l'Arcade. Les députés qui devaient en faire partie avaient été convoqués pour le 22 mars. J'appris qu'il y avait eu quelque difficulté pour la formation du Cercle. Les ministres ne voulaient pas en entendre parler, et le Préfet de police avait reçu pour instruction de refuser l'autorisation. Mais M. Jérôme David qui avait eu l'idée de cette réunion, était parvenu à triompher de

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