‹ Histoire de douze ansChapitre 48 sur 67 · I.A T.KTTHK W W .1 AN VI Kl', ISdT -2li · texte numérisé non relu

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tous les obstacles. Il expliqua que l'on n'avait pas pour but de constituer un groupe ayant un caractère exclusif: « Qui voudra y venir y viendra, » dit-il. Il ne devait pas y avoir de chef, et afin d'éviter toute apparence de direction occulte, on tirerait au sort chaque soir les noms du président et des deux secrétaires. Les adhésions du reste étaient nombreuses. On pouvait compter sur près de 200 membi"es.

Tout allait bien jusque-là, quand un député, qui avait avec M. Rouher les rapports les plus intimes, fit une communication qui contrastait singulièrement avec les déclarations conciliantes de M. Jérôme David. Les bureaux étaient convoqués pour le lendemain 23 mars, afin d'examiner le nouveau projet de loi sur la presse. Dans la réunion des présidents de bureaux, qui avait lieu pour examiner des questions d'ordre intérieur, M. Walewski avait annoncé que l'Empereur avait manifesté le désir de voir M. E. Ollivier faire partie de la commission. M. Rouher s'était, paraît-il, ému de cette démarche du Président du Corps législatif, et il avait été prendre les ordres de l'Empereur. Le député qui portait la parole, se prétendait autorisé à déclarer que jamais l'Empereur n'avait songé à désigner M. E. Ollivier, que si quelqu'un sur cette question représentait la pensée gouvernementale, c'était M. Mathieu, et que c'était cet honorable député qui se présentait officiellement aux suffrages du 8" bureau.

Cette communication intempestive produisit une impression fâcheuse. L-n certain nombre de députés qui avaient donné leur adhésion la retirèrent. Ils craignirent de se trouver inféodés à une personnalité , qui occupait sans doute une grande place dans le gouver-

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nement, mais dont l'influence paraissait ébranlée. Avant irèmt d'être définitivement constitué, le Cercle de la rue de l Arcade, soupçonné de vouloir faire obstacle aux volontés de l'Empereur, se trouva frappé d'impuissance.

La discussion de la loi de la presse dans les bureaux fut très vive. Dans le 6° bureau, dont je faisais partie, je pris la parole pour combattre le projet qui était en contradiction avec les principes dont jusque-là je m'étais porté le défenseur. Ma critique parut si complète à deux membres de la gauche, MM. Pelletan et Marie, qu'ils déclarèrent n'avoir rien à y ajouter. Je n'obtins que trois voix. Dans le 8° bureau, les choses se passèrent conmie on l'avait annoncé au Cercle de la rue de l'Arcade. M.Mathieu, député de la Corrèze et ami particulier de M. Rouher, se trouva en concurrence avec M. E. Ollivier. On passa au vote; M. Mathieu l'emporta. La majorité n'était que d'une voix (13 contre 1:2). La cabale n'en avait pas moins réussi. Un incident de bureau venait de faire de M. E. Ollivier et de M. Rouher deux ennemis irréconciliables. Cet incident devait avoir du reste des conséquences plus graves au point de vue politique.

On avait remarqué qu'à partir de ce moment, M. Walewski avait cédé le fauteuil à l'un des viceprésidents, M. Alfred Leroux. On racontait tout bas que le vote du 8® bureau avait blessé le Président et qil^il avait été se plaindre à l'Empereur de l'opposition personnelle que lui faisaient certains membres. On parlait même d'une démission qui aurait été donnée, et de la prochaine nomination de M. J. David à la présidence du Corps législatif. Mais si. Walewski avait

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reparu au fauteuil, et tous ces bruits s'étaient évanouis.

Le 28 mars, c'était M. Schneider qui présidait, et les commérages avaient repris de plus belle. A la soirée des Tuileries^ on annonçait la retraite de M. Walewski : ks uns prétendaient qu'il avait donné sa démission, les autres qu'on la lui avait demandée. On faisait connaître la combinaison qui avait prévalu : on ne donnerait pas de successeur à M. AValewski; la Chambre devait être alternativement présidée par M. Schneider et par M. Alfred Leroux.

Le 29 mars, le bruit de la veille était devenu une certitude. Un peu avant l'ouverture de la séance, on avait aperçu M. de rersigny se promenant fiévreusement dans la salle des conférences. Il parcourait les groiipes et annonçait que M. Walewski allait monter au fauteuil pour donner les motifs 4^ sa démission. Comme un député exprimait à M. de Persigny son étonnement sur cette forme insolite de procéder : « Croyez-vous, s'écria-t-il avec emportement, que » M. Wale^vski va se laisser donner des coups de pieil » dans le c... sans rien dire? »

M. Walewski monta on effet au fauteuil. Il lut un petit papier contenant l'annonce de sa démission, donnée, dit-il, dans un but d'union et de concorde. Il appela au fauteuil M. Schneider et se retira par le couloir de gauche, suivi par les députés de la gauche et du Tiers-Parti descendus de leurs bancs pour lui serrer la main et lui faire cortège. La majorité resta immobile et silencieuse.

Après la séance, les secrétaires, à l'exception de M. Welles de La Valette, crurent devoir rendre à

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M. Walewskiime visite de condoléance. Le Président démissionnaire nous reçut dans son cabinet. Il nous donna les motifs réels de sa démission. Il avait été. en effet, profondément blessé Je la communication qui avait été faite au Cercle de la rue de l'Arcade au sujet de la candidature de M. Ollivier. A cause de la qualité de la personne qui portait la parole, il avait vu là une sorte do démenti qui lui était infligé par M. Rouher. Il avait demandé à M. Rouher de retirer ce démenti; M. Rouher s'y était refusé. M. Walewski avait considéré dès lors que sa dignité était amoindrie devant la Chambre, et qu'il ne pouvait pas accepter une pareille situation. Ce n'était là, du reste, ajoutaitil, qu'un incident; il était visible que M. Rouher voulait lui susciter toutes sortes de difficultés. Il préférait se retirer plutôt que d'être une cause de désaccord.

Je suis convaincu que M. Walewski guettait depuis longtemps un prétexte pour s'en, aller et qu'il choisit avec empressement celui-là, comme lui étant le plus favorable. Il était chaque jour témoin des luttes qui s'engageaient entre les groupes de la Chambre; la majorité s'émiettait; l'opposition devenait plus ardente. En haut lieu, on avait compté sur le Président pour refréner les ardeurs de la gauche et en même temps pour arrêter la décomposition de la majorité. Or, M. AYalewski n'avait pas l'autorité nécessaire pour accomplir ce double rôle; il s'était laissé accaparer par le Tiers-Parti, et il comptait dans la Chambre trop d'adversaires personnels pour exercer sur elle une véritable influence. Quoique doué d'un grand esprit politique, il n'avait pas l'habitude des assemblées; il manquait du sang-froid indispensable pour trouver le

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mot juste et pour réprimer les écarts de tribune. Ou il laissait faire et dire, ou il intervenait hors de propos. Il s'était rendu lui-même compte de son insuffisance, et il se retirait spontanément pour n'être pas amené à le faire plus tard forcément.

Dans les circonstances où elle se produisait, la chute de M. AValewski fut considérée comme le premierpas fait dans la voie de la résistance aux réformes du 19 janvier. Un instant on eut l'espoir que le Président démissionnaire resterait député; déjà on formait le projet de constituer un groupe dont il deviendrait le chef. Mais le 3 avril, un décret élevait M. Walewski à la dignité de sénateur; c'était une renonciation à tout rôle politique.

On eut bientôt le mot de tous les efforts qui avaient abouti à la formation du Cercle de la rue de l'Arcade. On n'avait élevé péniblement cet échafaudage politique que pour faire arriver M. J. David soit à la présidence, soit à la vice-présidence du Corps législatif. Les choses n'allèrent pas toutes seules. L'Empereur avait personnellement du goût pour M. J. David et l'Impératrice encore davantage. Mais on trouvait qu'il manquait de la souplesse nécesssaire pour remplir des fonctions aussi délicates. Le titre que lui donnaient les journaux de chef des Arcadiens lui constituait aux yeux de l'Empereur une situation qui le rendait en quelque sorte impossible. Le nommer, c'était encourager la réaction dans sa résistance. En l'élevant à la dignité de président de la Chambre, on semblait faire abandon des réformes du 19 janvier. .

Il y eut à ce sujet de grandes hésitations. Un instant on put croire que M. .1. David avait perdu toutes

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ses chances. Le lendemain, il paraissait les avoir regagnées. L'Empereur avait été frappé de cette considération que M. J. David avait été nommé trois fois secrétaire par la Chambre, et ce fait témoignait à ses veux de l'estime dont il jouissait auprès de ses collègues. Mais ce motif ne suffit pas pour triompher des objections que soulevait la candidature de M. J. David. De guerre las, l'Empereur s'arrêta à une transaction : M. Schneider, vice-président, fut choisi pour remplacer M. Walewski ; on nomma, à la place de M. Schneider, M. Gouin, un député que ses antécédents parlementaires mettaient à l'abri de tout soupçon rétrograde; M. J. David fut nommé troisième vice-président.

La nomination de M. J. David enleva au Cercle de la rue de l'Arcade toute son importance politique. Il n'y fît plus que de courtes et rares apparitions. On avait eu vent que le Cercle était vu d'un œil peu favorable par l'Empereur. Dans un article intitulé la Réartion, le journal Y Etendard, qui passait pour refléter la pensée impériale, avait donné à la majorité un avertissement auquel elle s'était moatrée très sensible. Le Cercle devint peu à peu une sorte de rendez-vous pour les députés qui ne savaient où passer leurs soirées. On y jouait au billard, et on y faisait force parties de piquet; mais on y causait très peu politique. 11 y eut encore quelques réunions où, sur des questions spéciales, on discuta de la conduite à suivre ; elles attirèrent peu de monde, et petit à petit se réduisirent à rien. Quand, quelques mois plus tard, une campagne fut ouverte par des journaux du Tiers-Parti contre le Cercle de la rue de l'Arcade, on peut dire qu'ils s'achar-

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liaient sur un ennemi absent; le groupe des Arcndiens s'était dispersé.

Cela veut-il dire que les idées de résistance s'étaient évanouies? Elles étaient au contraire devenues plus fortes que jamais. A la commission de la loi sur le droit de réunion, on ne parlait rien moins que d'enterrer la loi. Les amendements à la loi de la presse se succédaient plus excentriques les uns que les autres : tous avaient pour but de revenir aux mesures restrictives. L'amendement de M. Mathieu eut un succès de fou-rire et est resté légendaire. Par contre, les députés de la gauche et du Tiers-Parti, devenus méfiants, se montraient pressants et mettaient à chaque instant les commissions en demeure d'achever leur travail et de déposer leurs rapports.

La majorité était fort embarrassée. Les journaux la menaçaient d'une dissolution, si elle se séparait avant d'avoir voté les deux lois libérales. On faisait courir le bruit qu'une intrigue s'ourdissait dans l'entourage de l'Empereur pour se débarrasser du même coup de la Chambre et du ministère. On devait dire à l'Empereur : « Si la majorité était réellement dévouée, elle » n'aurait pas marchandé, comme elle le fait, le vote » de la loi sur l'armée : elle s'est fait tirer l'oreille ; » elle a exigé des modifications de toute sorte ; ce » n'est pas une majorité dévouée qu(3 celle qui fait «passer ses intérêts avant ceux du pays..)» Pour avoir raison de . M. Rouher, on se proposait de dire : « On n'a pas relevé l'Empire pour changer les )) lois économiques qui ont fondé la prospérité de la » France ; on ne demandait ni traités de commerce » ni libertés commerciales ; le pays réclamait avant

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') tout d'être relevé de la déchéance qu'il avait subie » depuis 1815 ; la raison d'être de l'Empire, c'est de I) rendre à la nation son prestige aux yeux de l'étran- » ger ; la politique de M. Rouher est essentiellement » anti-impérialiste ; on doit y renoncer au plus vite.»

C'était là des combinaisons ridicules. Mais elles révélaient tout ce qu'il y avait d'équivoque dans la situation. La majorité voyait bien qu'elle avait cessé d'être le point d'appui du gouvernement. Sans doute, les hommes qui lui étaient chers occupaient les ministères ; mais c'est la politique de la minorité qu'ils étaient forcés de suivre, u La majorité se sent empoi- » sonnée, » me disait M. de La Valette. Le mot était fort juste ; on avait fait avaler à la majorité les réformes du 19 janvier, et comme un homme empoisonné, elle faisait tous ses efforts pour les vomir, sentant bien que si elle se les assimilait, elle était perdue et que l'heure de sa mort ne tarderait pas à sonner.

C'était toujours la loi sur le droit de réunion qui inspirait le plus de répugnance aux députés de la Droite. On parlait de faire une démarche collective auprès de l'Empereur pour le supplier de ne pas donner suite au projet. Mais au moment de se mettre en route pour les Tuileries, on hésitait, on sentait qu'une pareille démarche eût été le signal de la débâcle. Je trouve, dans mes carnets, à la date du 24 mai, la note curieuse que voici :

(( Je causais hier avec M. Paulmier, ua des mem- » bres de la commission du droit de réunion. Il était de )i fort mauvaise humeur : « Nous avons fait, disait- » il, tous nos efforts pour montrer au gouvernement )) combien cette loi est dangereuse ; mais que voulez-

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» VOUS dire à un homme qui veut absolument se jeter » par les fenêtres ? — M. Peyrusse, chargé de faire le » rapport, disait de son côté : « Je commencerai mon » rapport en déclarant que si nous acceptons la loi, » c'est par déférence pour la volonté de l'Empereur. » » Je ne crois pas que la résistance aille jusqu'à un » vote de rejet ; mais l'irritation est grande. On en- » tend des propos comme celui-ci : « Si l'Empereur » ne sait plus gouverner, qu'il s'en aille. »

Par une étrange contradiction, cette Chambre, qui paraissait vouloir laisser protester les promesses du 19 janvier, ne souffrait pas que les journaux lui reprochassent ses hésitations. Elle avait accueilli par des murmures M. E. Ollivier caractérisant la politique suivie par ces mots : le piétinement sur place. Deux aiticles publiés par la Presse et la Liberté avaient causé une telle émotion à la salle des conférences qu'on avait songé à réclamer des poursuites. La question avait été agitée en conseil des ministres. Mais la Chambre avait reculé devant l'idée d'être obligée de traduire des journalistes à sa barre. On s'était contenté de grogner dans les couloirs ; Taifaire en était restée là.

Le moment était venu pour le gouvernement d'éclairer l'opinion sur ses véritables intentions autour desquelles on cherchait à épaissir les nuages. M. Rouher saisit la première occasion pour déclarer que le gouvernement désirait vivement que les lois politiques fussent discutées et pour protester contre les projets de dissolution qu'on lui attribuait. Afin de dissiper toutes les incertitudes, les rapporteurs des lois de la presse et du droit de réunion furent invités à déposer leurs

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rapports. Les commissions s'exécutèrent immédiatement. Le rapport sur la loi relative aux réunions publiques fut présenté le 12 juin ; le rapport sur la loi concernant l'imprimerie et la presse fut déposé trois jours après.

Mais quand il s'agit de placer ces lois à Tordre du jour, une nouvelle difficulté s'éleva. La session était très avancée, et il paraissait impossible que la discussion put aboutir avant la réunion des conseils généraux ; on serait donc forcé de l'interrompre et d'ajourner la Chambre. ]Se valait-il pas mieux dès lors renvoyer la discussion de lois politiques à une session supplémentaire qui aurait lieu au mois de novembre ou d'octobre ? Un grand nombre de députés se montraient favorables à cette combinaison, et par des motifs tout opposés ; les uns espéraient qu'un incident quelconque ferait rentrer le gouvernement en lui-même et que les lois seraient retirées ; les autres craignaient que le temps manquât pour les soumettre à un examen sérieux et pour en faire disparaître les dispositions restrictives. Il n'y avait qu'un point qui faisait hésiter ces derniers, c'est que l'ajournement ne cachât une arrière-pensée de rétrogradation.

Il y avait foule le 18 juin à hi réception dii ministère de l'Intérieur. Aux députés qui l'interrogeaient, M. de La Valette faisait la même réponse : « Sila Cham- » bre désire renvoyer à une session supplémentaire » le vote des lois politiques, elle en est la maîtresse ; » l'ordre du jour lui appartient. Mais le gouverne- )) ment déclare qu'il est prêt dès à présent à soutenir » la discussion. »

Il était évident (jue le gouvernement voulait laisser

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