I. ÉLECTION DES CINQ
personnages marquants de la Révolution du 24 février. Par une protestation incessante contre le coup d'État du 2 décembre, on espérait réveiller les esprits et ameuter l'opinion contre le gouvernement de Louis- Napoléon. L'un des candidats proposés était M. Goudcliaux, ancien ministre du gouvernement provisoire de 1848. Cette candidature avait un caractère d'autant plus manifestement hostile à l'Elysée que M. Goudchaux avait été choisi pour être le banquier des proscrits du 2 décembre; c'était entre ses mains que se concentraient toutes les sommes qui étaient envoyées à ces malheureux à titre de secours.
A ce moment, Proudhon qui venait de sortir de Sainte-Pélagie, à l'expiration des trois années de prison auxquelles il avait été condamné en 1849, était parti pour la Franche-Comté et pour le Lyonnais. Je reçus un matin la visite de notre ami Beslay. Il venait m'apprendre qu'il s'entendait avec plusieurs personnes, parmi lesquelles se trouvaient MM. Furet et Briosne, anciens compagnons de captivité de Proudhon, pour préparer à celui-ci une candidature à Paris. Proudhon, suivant Beslay, devait être très fortement appuyé par le journal la Presse, et il n'était pas impossible que M. de Girardin se mît, lui aussi, sur les rangs. On adopterait la ligne de conduite qui avait été tracée dans le livre : La Révolution sociale démontrée par le coup d'Etat du 2 décembre; on romprait avec le parti jacobin ; Proudhon, s'il était nommé, prêterait le serment ; il profiterait de son mandat pour commencer, vis-à-vis de l'Elysée, une politique de mise en demeure en faveur des aspirations du Prolétariat.
Bien que cette tactique me parût en parfaite confor-
mité avec la politique que nous avions constamment suivie, je n'accueillis les ouvertures de Beslay qu'avec une certaine défiance. Beslay, bien qu'il ait été étrangement mêlé aux choses de la Commune, était au fond un brave homme ; il a toujours été animé d'excellentes intentions, mais la manie qui le possédait de vouloir jouer un rôle l'a livré toute sa vie aux intrigants. M. Furet n'a jamais été qu'un aventurier politique ; en ce moment il était l'homme de M. de Girardin ; il s'était attaché à sa fortune politique, depuis que la Presse avait révélé les ignobles traitements qu'on lui avait fait subir en prison. Je connaissais peu M. Briosne qui n'avait pas encore la notoriété qu'il s'est faite en 1868 par ses discours dans les réunions publiques; mais je savais qu'il était mis en suspicion par ses camarades, qui l'accusaient, peut-être à tort, de se montrer peu scrupuleux sur les moyens d'arriver à ses fins.
Dans ces projets, je ne voyais qu'une chose qui me parût claire, c'est que M. de Girardin ,brûlait d'envie de redevenir député, et que, pour étayer sa candidature, il cherchait un appui dans le parti sociahste. Proudhon semblait avoir rompu pour toujours avec les républicains formalistes; ses idées mettaient à l'aise la conscience de M. de Girardin qui attachait peu d'importance à la forme du gouvernement. De là sans doute les avances qu'il faisait faire à Proudhou et l'offre qu'il lui adressait de le soutenir dans la Presse, s'il acceptait une candidature.
C'était à M. Goudchaux que ces messieurs se proposaient d'opposer Proudhon. Cette combinaison accentuait plus fortement le sens de la manifestation